Cet article date de plus de trois ans.

Baclofène : de maigres bénéfices

De nouveaux travaux confirment l'intérêt réel, mais très limité, du baclofène sur certains aspects de l’alcoolisme. État des lieux.
Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.

Le baclofène a gagné une réputation de "traitement miracle contre l’alcoolisme" avec la parution en 2008 d’un livre du cardiologue Olivier Ameisen, corrélant la disparition de son désir compulsif de boire ("craving") avec la prise de fortes doses de ce traitement musculaire. Pour intéressant que fut ce témoignage, il n’avait pas valeur de preuve scientifique.

Près de dix ans plus tard, les études scientifiques rigoureuses menées sur le sujet modèrent fortement l’enthousiasme initial. Des réponses ont été apportées quant à l’efficacité (comparée avec un placebo délivré dans les mêmes conditions) en termes :

  • de réduction de la consommation d’alcool.
  • de maintien de l’abstinence après le sevrage.
  • de limitation du désir compulsif de boire ("craving"). 

Des résultats très décevants

Concernant les deux premières questions, plusieurs études rendues publiques ces derniers mois concluent par la négative pour des dosages importants, et suggèrent une efficacité pour des dosages très importants.

Selon des travaux néerlandais publiés fin 2016, à des doses inférieures à 150 mg/jour [1], aucune différence significative avec un placebo n’est observée en terme de maintien de l’abstinence après le sevrage. Les deux groupes bénéficiaient du même suivi psychosocial [2].

Selon l’étude française Bacloville (menée sans sélection prélable des patients, avec un suivi par des médecins généralistes), à des doses allant jusqu’à 300 mg/jour, le baclofène apparait au moins 15% supérieur au placebo en terme de diminution de la consommation. Cependant, les effets observés sont faibles : moins de 20 grammes d’alcool par jour chez les femmes, et moins de 40 g/jour chez les hommes. Ces résultats sont comparables aux résultats obtenus avec les traitements existants.

Selon l’étude ALPADIR, menée chez des patients sans pathologies lourdes associées à leur alcoolisme, à des doses de 180 mg/jour, aucune différence significative avec un placebo n’est établie ni en termes d’abstinence, ni concernant la réduction de la consommation. Sur ce dernier point, "la différence avec le placebo n’est établie ni pour la population globale, ni pour les grands buveurs", peut-on lire dans l’étude [3].

Concernant l’effet sur le "craving", l’étude Alpadir est parvenue à identifier un effet significatif. Mesurée à l’aide de l’échelle OCDS (qui établit un "score" sur 40), une réduction de plus de près de 3 points a été observée entre les deux groupes de patients. Extrapolée à l’ensemble d’une population analogue, il est possible d’estimer que la réduction du score serait de l’ordre de 0,5 à 5 points [4].

Pour l’heure, l’intérêt attesté du baclofène apparaît donc limité à cet effet sur le craving.

Des effets secondaires non négligeables

Un constat qui n'a rien d'anodin, alors que les risques toxiques ne sont pas négligeables. En effet, selon de récents travaux entre 2008 et 2013, 300 cas de surdosage auraient été signalés, dont neuf mortels.

L’essai Alpadir comme l’essai Bacloville ont par ailleurs mis en évidence quelques effets indésirables liés à la prise de baclofène pour le traitement de l’alcoolisme, comme une augmentation significative des cas d'insomnies, de somnolence et de dépression. Par ailleurs, la prudence est recommandée en cas de prescription de ce médicament à des patients présentant des troubles psychiatriques, en raison d'un risque d'aggravation. Des précautions doivent également être prises chez les patients épileptiques, selon l'ANSM.


[1] A titre de comparaison, les dosages courants de ce myorelaxant dans le traitement de la sclérose en plaques sont compris entre 20 mg/j et 80 mg/j.

[2] Contrairement à l’étude allemande BACLAD (2015), controversée du fait des différences trop marquées entre le groupe sous traitement et le groupe témoin.

[3] De façon surprenante, les auteurs affirment quelques lignes plus loin "[qu’]un nombre plus élevé de grands buveurs [inclus dans l’étude] aurait rendu cette différence significative", ce qui est une opinion – et l’expression d’une conviction – et non un fait scientifique.

[4] Estimation correspondant à l’intervalle de confiance à 95% associé à ces mesures.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.