Alzheimer : le déremboursement des médicaments est "un coup bas", dénonce France Alzheimer

Benoît Durand, directeur délégué de l'Association France Alzheimer, a demandé, jeudi sur franceinfo, "un moratoire" pour mettre en place une concertation après les annonces de la ministre de la Santé sur le déremboursement prochain des médicaments contre la maladie d'Alzheimer.

Dans cette photo prise le 18 mars 2011, une femme atteinte de la maladie d\'Alzheimer se promène dans un couloir dans une maison de retraite à Angervilliers, Essonne.
Dans cette photo prise le 18 mars 2011, une femme atteinte de la maladie d'Alzheimer se promène dans un couloir dans une maison de retraite à Angervilliers, Essonne. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé le déremboursement prochain des médicaments contre la maladie d'Alzheimer (Aricept, Abixa, Exelon, Reminyl) jugés "inefficaces" par la Haute autorité de santé. Benoît Durand, directeur délégué de l'Association France Alzheimer, a dénoncé "un coup bas", jeudi 31 mai sur franceinfo. "Cette annonce est très nocive vis-à-vis des familles et de certains professionnels de santé", a-t-il ajouté.

franceinfo : Que pensez-vous du déremboursement annoncé par la ministre ?

Benoît Durand : Nous trouvons que cette annonce est très nocive vis-à-vis des familles et de certains professionnels de santé. Je pense à beaucoup de neurologues et de gériatres qui sont en désaccord avec cette décision. C'est un coup bas pour eux. Si efficacité signifie guérir, il n'y a en effet pas encore aujourd'hui de médicament qui guérisse la maladie d'Alzheimer. Nous savons que l'efficacité est modeste, mais en fonction des prescriptions et des cas cliniques, il y a quand même une petite avancée. Il faut savoir que les familles se raccrochent à peu de choses pour accompagner les malades. L'efficacité n'est pas à long terme, quand on suit les prescriptions des spécialistes, l'efficacité des médicaments, même modeste, existe. En plus, il a été prouvé que les arrêts des médicaments engendrent une accélération du déclin cognitif.

Pour vous, c'est totalement prématuré d'annoncer le déremboursement de ces médicaments ?

En effet, même s'ils ne sont aujourd'hui remboursés qu'à hauteur de 15 à 20%, l'impact est quand même fort, car le montant à la charge des familles est déjà de 1 200 euros par mois. Le déremboursement revient à rajouter des frais supplémentaires pour des familles qui, peut-être, n'auront pas les moyens de les financer. Ce serait très bien qu'il y ait un moratoire, que l'on se concerte autour d'une table afin de revoir les évaluations de la Haute autorité de santé. Le mot à la mode semble être "une société bienveillante", mais il met à part les personnes confrontées à cette maladie.

La ministre a prévenu qu'elle consacrerait l'argent qui n'irait plus sur les remboursements à un renforcement de l'accompagnement. Est-ce que cela vous semble être une mesure importante ?

Naturellement, nous prônons depuis longtemps un accompagnement non-médicamenteux, mais en complément des médicaments. Cette annonce est très positive, mais ce que nous ne comprenons pas à France Alzheimer c'est comment la ministre va s'y prendre pour réutiliser ces 90 millions d'euros d'économies, qui s'en occupera et quand est-ce que cela sera mis en place. Cette somme permettra-t-elle vraiment un meilleur accompagnement alors que ce sont des demandes que nous émettons depuis plusieurs années ? Elle nous paraît totalement insuffisante ? Nous n'avons pas de chiffres officiels mais la France compte aujourd'hui autour de 900 000 malades avec une projection d'atteindre le million d'ici 2020, tout en sachant que ces chiffres relèvent d'un sous-diagnostic, d'une estimation.