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Virus égarés et sécurité défaillante : trois questions sur les dérives de l'Institut Pasteur

Le célèbre laboratoire français fait l'objet d'une enquête judiciaire sur les conditions de transport de dangereux virus, selon "Le Parisien". 

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France Télévisions
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 L'unité des bactéries pathogènes de l'Institut Pasteur, le 18 novembre 2013. (MAXPPP)

L'Institut Pasteur, qui doit célébrer ses 130 ans en juin, n'est pas à la fête. Selon les informations du Parisien publiées mercredi 8 mars, une enquête préliminaire est ouverte depuis décembre 2016 concernant des défaillances de sécurité lors du transport d'un dangereux virus de la Corée du Sud vers l'Institut Pasteur. Un simple retard de "déclaration" ne présentant aucun risque, selon le directeur général de l'Institut, interrogé par le quotidien. Une défaillance qui vient s'ajouter à de nombreux épisodes délicats pour le laboratoire.

Pourquoi une enquête préliminaire a-t-elle été ouverte ?

Selon les informations du Parisien, cette enquête préliminaire a été ouverte le 19 décembre 2016 à la suite d'un signalement de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). L'Institut avait oublié de lui signaler un incident lors du transport d'un virus.

Le 11 octobre 2015, un chercheur de l'Institut Pasteur de Corée a transporté clandestinement trois tubes de Mers Coronavirus, responsable du syndrome respiratoire du Moyen-Orient, à bord d'un vol Séoul-Paris. Pire, ce virus est resté ensuite une semaine sur une étagère du bureau d'un chercheur de l'Institut sans aucune précaution... Tout cela en dépit des règles du Code de la santé publique. Finalement, la direction de l'Institut a décidé de détruire en douce les trois échantillons, sans en informer au préalable l'autorité sanitaire, et sans déclarer l'incident sous les 48 heures, comme l'impose la loi.

Le virus transporté clandestinement présentait-il un risque ?

Le Mers Coronavirus est un virus potentiellement mortel chez les personnes fragiles. Il serait transmis à l'homme par des dromadaires ou des chameaux infectés, explique l'OMS, et est apparu pour la première fois en 2012 en Arabie saoudite. Pour autant, "les échantillons qui sont arrivés avaient subi un traitement d'inactivation et ne présentaient donc pas de risque de contamination, se défend Christian Bréchot, directeur général de l'Institut, interrogé par le Parisien. L'erreur est de ne pas avoir effectué de déclaration auprès de l'ANSM."

Une défense qui ne semble pas avoir entièrement satisfait l'ANSM. L'autorité sanitaire a indiqué dans son rapport que "l'absence de déclaration n'a pas permis la mise en œuvre de mesures de police sanitaire immédiates permettant d'évaluer avec certitude le danger de la situation, ni le déploiement éventuel de mesures de protection des populations". 

Y a-t-il eu des précédents à l'Institut Pasteur ?

Oui, plusieurs incidents ont déjà été signalés à l'Institut Pasteur. En 2014, 2 349 tubes de virus du Sras, un autre coronavirus qui provoque des pneumopathies, avaient été perdus. Là encore, l'Institut avait mis deux mois pour prévenir l'ANSM. En 2003, une pandémie de Sras, née en Chine, avait touché quelque 8 000 individus et causé la mort de plus de 800 personnes, principalement en Asie. Heureusement, le potentiel infectieux des tubes perdus était "nul", selon les experts indépendants saisis par les autorités sanitaires.

En février dernier, un nouvel incident s'est produit. Après avoir remarqué un problème de cadenas dans un congélateur, un écart d'inventaire de dix tubes d'Ebola a été constaté... Des défaillances qui ont poussé l'Inspection générale des affaires sociales à demander un "plan d'action" pour "garantir la traçabilité des échantillons biologiques" à l'Institut Pasteur.

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