Pesticides et cancers : la colère d'une mère

Pourquoi les enfants de Preignac sont-ils plus touchés par le cancer que les autres ? Est-ce imputable à l'utilisation, à proximité de l'école du village, de pesticides pour traiter les vignes ? Retour sur cette affaire avec Pascale Mothe, ancienne habitante de Preignac et maman de Lucas, atteint d'une leucémie lorsqu’il avait 5 ans.

Un rapport publié en août 2015 par l'Institut de Veille Sanitaire (InVS) montre qu'à Preignac, petit village de 2.200 habitants dans le Bordelais, le taux de cancers chez les enfants est six fois supérieur à la moyenne nationale. Au cours des quatorze dernières années, l'autorité sanitaire note trois cas de cancers chez les enfants contre 0,5 attendu. 


Reportage à Preignac (2 octobre 2015)

Pascale Mothe, ancienne habitante de Preignac, est la maman de Lucas, atteint d'une leucémie lorsqu'il avait 5 ans. Elle était l'invitée du Magazine de la santé le 28 octobre 2015. 

  • Votre fils Lucas a eu une leucémie à l'âge de 5 ans et demi. Il a aujourd'hui 21 ans - comment va-t-il ?

Pascale Mothe : "Lucas est guéri de sa leucémie, mais a développé une maladie neuro-dégénérative liée aux traitements, notamment les ponctions lombaires, qu'il a subies en nombre."

  • La maladie de votre fils remonte à une quinzaine d'années. Pendant tout ce temps, vous n'avez jamais fait le rapprochement entre son cancer et l'utilisation des pesticides ?

Pascale Mothe : "Absolument pas. Je m’étais posé la question au début quand il est tombé malade, puisqu'à Preignac on était entouré de vignes et que l’on connaît la nocivité des produits utilisés dans l'activité viticole. Mais c'est très récemment, et totalement par hasard, que j'ai appris l'existence d'un rapport des autorités sanitaires, constatant qu'il y avait six fois plus de cancers chez les enfants à Preignac qu'ailleurs. Et je n'ai jamais été contactée, ni avant ni après la publication de ce rapport…"

  • Dans ses conclusions, le rapport de l'INVS ne dit pas si le nombre de cancers en excès à Preignac est lié à une fluctuation aléatoire des maladies, ou à un facteur de risque environnemental - en l'occurrence, l'utilisation des pesticides. Vous reprochez à ce rapport de ne pas aller plus loin…

Pascale Mothe : "Le rapport ne dit pas qu'il y a un lien direct entre ces cancers et l'utilisation de pesticides. Pour autant, il ne le conteste pas… Il faudrait approfondir les investigations : faire des recherches toxicologiques - sur les urines ou les cheveux par exemple, pour voir si les habitants sont effectivement contaminés par les pesticides - et épidémiologiques sur une population plus élargie, jusqu'aux communes avoisinantes. Mais pour l'instant rien n'est fait."