Fièvre de Lassa : une épidémie sans précédent au Nigeria

Une épidémie de fièvre de Lassa a fait 110 morts au Nigeria depuis le début de l'année 2018 sur 353 cas confirmés, selon un bilan communiqué début mars par les autorités sanitaires du pays.

Fièvre de Lassa : une épidémie sans précédent au Nigeria
Fièvre de Lassa : une épidémie sans précédent au Nigeria (Virus de Lassa à côté de débris cellulaires. (crédits : CDC))

Personne, ni les autorités nigérianes, ni les scientifiques, ne s'attendait à une telle propagation du virus de Lassa. En trois mois, celui-ci a déjà fait 110 morts depuis le début de l'année sur 353 cas confirmés (contre 143 sur l'ensemble de 2017), selon un nouveau bilan communiqué le 6 mars par les autorités sanitaires du pays. La semaine précédant l’annonce, l'Organisation mondiale de la santé n’avait identifié que 72 morts et 317 cas confirmés.

Si le virus a été détecté dans 18 des 36 États du Nigeria, une très importante partie des cas sont recensés dans le sud du pays, dans l’état d'Edo, selon le Centre national nigerian de contrôle des épidémies (NCDC).

L'OMS décrit la fièvre de Lassa comme une infection virale appartenant à la même famille de virus que celui de Marburg et d'Ebola. Elle tire son nom d'une localité du nord du Nigeria où elle a été identifiée pour la première fois en 1969. La transmission se fait par les excrétions de rongeurs ou par contact direct avec du sang, des urines, des selles ou d'autres liquides biologiques d'une personne malade. Contrairement à Ebola, les risques de contagion entre humains étaient jusqu’à présent considérés comme limités.

Un institut spécialisé surchargé de patients

À Irrua, dans l’état d’Edo, les responsables d’un institut spécialisé sur la fièvre de Lassa a décrit aux journalistes de l’Agence France Presse une situation inédite. Alors que seuls "quelques dizaines de cas" sont habituellement recensés chaque année, plus de 150 personnes ont déjà été admises depuis début janvier.

"Nous avons une trentaine de patients actuellement", explique le directeur de l'Institut, le Dr Ephraim Ogbaini-Emovon. "Jamais nous n'avions eu un tel nombre." 

Selon l’AFP, le gouvernement local de l'état d'Edo a dû acheter en urgence des machines de dialyse et du matériel de protection, face à la lenteur du ministère de la Santé à Abuja. L’hôpital d’Irrua est le seul au Nigeria, pays de 190 millions d'habitants, à pouvoir soigner et diagnostiquer cette fièvre hémorragique.

Avant la construction de l'Institut en 2008, les échantillons de sang étaient envoyés en Afrique du Sud. "Mais quand les résultats arrivaient, il était déjà trop tard", explique son directeur. Désormais, des 4x4 arrivent de tout le pays pour apporter des échantillons, qui sont ensuite analysés dans un laboratoire climatisé. Si la maladie est diagnostiquée, les patients sont évacués dans les 24 heures à Irrua par ambulance, sur des routes souvent peu praticables. 

Pour l'instant, une dizaine d'employés nigérians et une poignée de médecins européens spécialisés en maladies tropicales tentent de réguler l'épidémie. Mais tant que les statistiques finales n'ont pas été étudiées, "on ne sait pas pourquoi nous faisons face à une telle accélération", reconnaît le Dr Chikwe Ihekweazu, directeur du Centre national de contrôle des épidémies (NCDC) à Abuja. "Est-ce qu'il y a eu une modification de l'environnement, ou est-ce que les campagnes de prévention et de détection des patients sont plus efficaces et que la maladie est davantage diagnostiquée ?", s’interroge-t-il.

avec AFP