En Suisse, la commune d'Aigues Vertes contribue à l'intégration des personnes en situation de handicap avec déficience mentale

Un village unique en son genre en Europe. 

Le village d\'Aigues Vertes, dans le canton de Genève, en Suisse, le 22 octobre 2018.
Le village d'Aigues Vertes, dans le canton de Genève, en Suisse, le 22 octobre 2018. (Jérémie Lanche / RADIO FRANCE)

À l'occasion de la Journée internationale des handicapés, détour par le village d'Aigues Vertes, situé à Bernex dans le canton de Genève, en Suisse. Sa particularité ? Tous ses habitants sont atteints d'une déficience mentale. La fondation a été créée en 1961 à l’initiative de parents d’enfants en situation de handicap. C'est une institution à but non lucratif reconnue d’utilité publique. Dans le village, 137 résidents et 20 compagnons externes peuvent être accueillis. En tout, près de 250 professionnels participent au bon fonctionnement de l’institution. 

L'intégration par le travail

Le but de cette fondation ? Contribuer à l'intégration sociale et économique de personnes adultes vivant avec une déficience intellectuelle. Sur les 21,5 hectares de terrain, on trouve toutes sortes de bâtiments, une ferme, une menuiserie, un atelier textile, une poterie, une boulangerie, un restaurant, un atelier de conditionnement, un service de traiteur, une épicerie, une piscine, une salle de gymnastique, une mairie, une église...Tous les villageois travaillent, et souvent très tôt. C'est le cas d'Aurélie, 28 ans, qui entame sa huitième année dans le village : "Je travaille quatre jours à la serre, et un jour au jardin. Je m'occupe du semi, des plantations, de la récolte de temps en temps", explique-t-elle. 

J'ai découvert Aigues Vertes sur internet et quand j'ai vu les animaux et tout, j'ai tout de suite dit 'je veux aller là-bas !'Aurélie
une résidente
à franceinfo

À Aigues Vertes, les résidents voient "la différence dans les regards"

Lever tôt également pour Amir, qui travaille à la boulangerie. Ça ne fait que quelques jours qu'il est là. Mais il voit déjà la différence dans les regards. "Avec le handicap, on nous met de côté, moi, je ne suis pas d'accord avec ça", déplore-t-il. "On vit en société. J'aime bien ici, c'est social, on fait beaucoup de sport, basket, fitness...", ajoute-t-il. Le village dispose aussi d'un gymnase où sont pratiquées différentes activités sportives, comme un cours de gym pour les résidents retraités.

L'idée de ce cours de gym des aînés, c'est de maintenir leur indépendance le plus longtemps possible.Guillaume Legrand
formateur sportif
à franceinfo

Le cours est dispensé une fois par semaine, mais dans le village "il y a environ 40 heures de sport qui sont proposées à tous nos résidents", ajoute Guillaume Legrand. Mais attention, "ça n'est pas le Club Med" non plus", rappelle-t-il. "Ils travaillent ! Là, ce sont des personnes retraitées et ils ont le droit de faire leur gym pendant la journée"

Un résident d\'Aigue Vertes, pendant une activité basket au gymnase.
Un résident d'Aigue Vertes, pendant une activité basket au gymnase. (Jérémie Lanche / RADIO FRANCE)

Des parents qui viennent de France pour trouver une place à leur enfant

Travailler, pratiquer une activité sportive, vivre tout simplement. À Aigues Vertes, on considère que ce n'est pas la personne handicapée qui est limitée, mais son environnement qui n'est pas adapté. Certains parents viennent même de France pour tenter d'obtenir une place pour leurs enfants. C'est le cas d'Olivier et de sa fille Léa, 23 ans, autiste.

En France, on a fait le parcours du combattant, ça a été une catastrophe, un médecin m'a même dit 'emmenez votre fille à l'hôpital psychiatrique'. Mais ma fille n'est pas folle, elle est autiste !Olivier
père de Léa, 23 ans
à franceinfo

Les pensions d'invalidité des résidents permettent de financer leur prise en charge dans le village. Sans doute le seul en Suisse à avoir une liste d'attente pour pouvoir y habiter.

Le village d'Aigues Vertes, en Suisse, contribue à l'intégration des personnes en situation de handicap avec déficience mentale : le reportage de Jérémie Lanche
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