Menace d'Ebola en France : trois raisons de s'inquiéter... et de dédramatiser

Il est possible que des personnes porteuses du virus arrivent en France. Pour autant, cela ne signifie pas que d'autres habitants seront contaminés et qu'une épidémie va se propager. Explications.

L\'organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) donne une conférence de presse le 18 septembre 2014, à Paris, après la contamination d\'une de ses infirmières en Afrique de l\'Ouest.
L'organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) donne une conférence de presse le 18 septembre 2014, à Paris, après la contamination d'une de ses infirmières en Afrique de l'Ouest. (ERIC FEFERBERG / AFP)

La menace d'une épidémie du virus Ebola plane-t-elle sur la France ? Avec une aide-soignante espagnole touchée par le virus à Madrid (Espagne), un élève scolarisé dans les Hauts-de-Seine qui revient de Guinée, où l'épidémie sévit, et une étude qui annonce l'arrivée d'Ebola dans l'Hexagone fin octobre, la tentation de céder à la l'inquiétude est grande.

Pourtant, il faut relativiser : ces informations, communiquées dimanche 5 et lundi 6 octobre, sont moins alarmantes qu'il n'y paraît. 

La France est le pays le plus exposé d'Europe

C'est la conclusion d'une étude des chercheurs américains de la Northeastern University de Boston  : ils estiment que l'épidémie d'Ebola aurait de fortes chances de toucher la France dans les prochaines semaines. Attention, comme le précisent les chercheurs, il s'agit de probabilités.

Pour les déterminer, ces scientifiques de l'université de Boston ont croisé la vitesse à laquelle se propage le virus et les statistiques du trafic aérien. La France serait le pays occidental ayant le plus de chances d'être touché dans la mesure où les pays d'Afrique de l'Ouest où sévit le virus Ebola sont francophones, et comptent de nombreuses liaisons aériennes avec l'Hexagone. 

Le risque que la France soit touchée d'ici au 24 octobre serait d'environ 20%, d'après cette étude. Et non pas 75%, comme cela a circulé dans un premier temps : ce chiffre n'est vrai que dans le cas d'un transport aérien maximal et ne prend pas en compte la restriction des dessertes vers les zones infectées, rappelle Le Parisien.

Mais... ces projections ont leurs faiblesses. Les auteurs de l'étude soulignent leur difficulté à trouver des données fiables. "Nous avons par exemple supposé que le nombre réel de cas était le double de ce qu'annonce l'OMS, mais il est possible que ce soit davantage, ou moins", reconnaît Alessandro Vespignani dans Le Figaro. Dans le même quotidien, Alain Barrat, chercheur au CNRS, pointe une autre contrainte de l'exercice : "La modélisation ne peut pas prendre en compte des comportements extraordinaires des populations, comme lorsque l'attaque d'un centre de soins met des dizaines de malades contagieux en fuite."

Un élève qui revient de Guinée est quand même scolarisé

Il est revenu d'un long séjour dans un des quatre pays touchés par la fièvre Ebola. Un garçon de 9 ans est retourné en classe le 3 octobre dans une école élémentaire de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Son cas a créé la psychose : trois parents d'élèves ont refusé de déposer leurs enfants dans cette école, lundi.

L'un d'eux, une mère dont le fils est en CE2, explique au Parisien : "Nous ne comprenons pas qu'on l'ait accepté en cours alors que l'inspection d'académie nous a précisé que le délai d'incubation [de 2 à 21 jours] se termine le 16 octobre. Il aurait suffi d'attendre jusqu'aux vacances de la Toussaint pour l'admettre." "Pourquoi ne nous a-t-on pas prévenus ? On mérite quand même de savoir !" s'agace un père.

Mais... il n'est pas contagieux et il est très surveillé. De fait, la directrice de l'établissement, interrogée par francetv info, a pris les précautions nécessaires. Comme le préconise le ministère de la Santé, dans pareil cas, "sa température, ainsi que celle du reste de la fratrie, est prise chaque jour, plusieurs fois dans la journée, avec un thermomètre à infrarouge, par l'infirmière municipale qui s'occupe de l'école élémentaire et maternelle". "Le personnel de l'école a reçu des instructions de l'Inspection académique et sait comment agir", ajoute-t-elle.

Rappelons que seules les personnes qui présentent des symptômes sont contagieuses et le virus ne peut être transmis qu'au contact direct de fluides contaminés, comme le sang, la sueur ou la salive.

Une personne porteuse du virus peut arriver en France

C'est le premier cas de contamination en Europe : une aide-soignante espagnole a été infectée par le virus, a déclaré le ministère de la Santé espagnol, lundi. Elle est membre de l'équipe qui a soigné un missionnaire mort le 26 septembre à Madrid (Espagne) après avoir contracté Ebola en Sierra Leone. Un cas similaire pourrait tout à fait se produire en France.

Mais... notre pays a les moyens de soigner les malades et l'a déjà fait. "Ce n'est pas parce qu'il y a quelques cas qu'une épidémie se développera en Europe. Notre système de santé sait les détecter et les prendre en charge", affirme dans Le Parisien le professeur François Bricaire, chef du service des maladies infectieuses de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. François Hollande lui-même l'a confirmé lundi : la France est "en situation de pouvoir soigner" des personnes atteintes par le virus d'Ebola, "si des cas se produisaient" dans l'Hexagone. Dans notre pays comme aux Etats-Unisune série d'hôpitaux référents est habilitée à prendre en charge d'éventuels patients.

De fait, la France a déjà accueilli une patiente contaminée par le virus Ebola, une volontaire française de Médecins sans frontières, infectée au Liberia. Rapatriée le 17 septembre, elle a quitté l'hôpital militaire Bégin de Saint-Mandé (Val-de-Marne), le 4 octobre, guérie.