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Ebola : faut-il supprimer les liaisons aériennes vers les pays touchés ?

Laurent Fabius a estimé, dimanche, que cette piste relevait du "faux bon sens". Francetv info pèse le pour et le contre. 

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Une passagère se dirige vers un contrôle de sécurité, le 11 octobre 2014, à l'aéroport international JFK de New York (Etats-Unis). (EDUARDO MUNOZ / REUTERS)

Comment éviter que l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest ne se transforme en pandémie sur plusieurs continents ? La France a mis en place, samedi 18 octobre, un contrôle sanitaire à l'arrivée des passagers du vol quotidien Air France entre Conakry (Guinée) et l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle. La température corporelle des voyageurs est désormais surveillée de près, à l'aide de thermomètres laser.

Aux Etats-Unis, la découverte d'un cas d'Ebola sur un patient qui avait séjourné en septembre au Liberia a fait naître un débat sur un éventuel arrêt des liaisons aériennes avec les pays touchés, rapporte The New Yorker (en anglais). Faut-il pour autant annuler tous les vols à risque ?

Oui, cela évite la propagation rapide du virus

"Le rôle du transport aérien dans la propagation d'une infection d'une partie du monde vers une autre est bien établi, assurait, en 2009, lors de l'épidémie de grippe A, le directeur du département de médecine préventive de l'université Vanderbilt (Tennessee). L'avion est un véhicule de transmission." Dès lors, limiter les déplacements depuis les pays touchés est un bon moyen de lutter contre une propagation mondiale du virus.

Pour ces raisons, plusieurs compagnies aériennes, dont Air France, Emirates, British Airways et Korean Air, ont déjà suspendu leurs liaisons avec certains pays d'Afrique de l'Ouest. Plus d'un tiers des vols vers la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone ont été annulés en août, selon une étude citée par The Guardian (en anglais). Plusieurs pays africains ont même décidé de fermer leurs frontières avec les pays touchés.

Non, le virus voyagera malgré tout

Dimanche, le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, a qualifié de "sottise énorme" l'idée de couper les ponts avec les pays victimes de l'épidémie d'Ebola. "S'il n'y a plus aucune possibilité [de prendre l'avion], les gens vont sortir du pays en contrebande. (...) lls iront prendre l'avion dans un autre pays et, s'ils sont porteurs du virus, personne ne les contrôlera", a-t-il justifié.

Dans le cas du patient contaminé au Liberia et diagnostiqué aux Etats-Unis, un arrêt des liaisons américaines avec l'Afrique de l'Ouest n'aurait eu aucune utilité. Arrivé à Dallas (Texas), le voyageur arrivait en effet en provenance de Belgique, et non du Liberia.

Une étude américaine (en anglais) citée par The New Yorker (en anglais) révèle qu'une baisse du trafic aérien de 80% à destination et en provenance de la zone touchée ne permettrait que de retarder de trois ou quatre semaines la propagation mondiale du virus.

Non, cela nuit à la réponse médicale sur place

Depuis août, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de "n'imposer aucune interdiction aux voyages internationaux ou au commerce". Une des raisons ? "Toute perturbation du transport aura un impact sur l'aide humanitaire, les docteurs, les infirmières, le transfert des échantillons médicaux et l'équipement des hôpitaux", explique un membre de l'OMS au Washington Post (en anglais).

Ainsi, la décision de certaines compagnies aériennes de ne plus desservir Freetown, Monrovia ou Conakry a déjà eu "un énorme impact sur la capacité de l'ONU à acheminer du personnel et du matériel", a déploré, fin août, le coordinateur des Nations unies contre l'épidémie d'Ebola.

Isoler les pays touchés par l'épidémie freinerait la lutte contre la propagation du virus à la source, ce qui rendrait le phénomène encore plus incontrôlable. L'économie des pays en ferait également les frais, avec de nombreuses conséquences pour les habitants, notamment en matière d'accès à la nourriture et aux produits d'hygiène.

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