Violences "organisées" en Guadeloupe : un sénateur PS "pas étonné" car l'Etat "a laissé prospérer les gangs"

Après la mise en examen de huit personnes suspectées d'avoir "organisé" les violences en Guadeloupe et "racketté" des entreprises, l'ancien ministre des Outre-mer estime que cela "mériterait une commission d'enquête".

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Victorin Lurel, sénateur PS et ancien ministre des Outre-mer.  (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

"Je ne suis pas plus étonné que ça" car l'Etat "a laissé prospérer les gangs", réagit le sénateur socialiste de Guadeloupe et ancien ministre des Outre-Mer de 2012 à 2014 Victorin Lurel, samedi 22 janvier sur franceinfo, alors que huit personnes, dont un policier, sont mises en examen notamment pour association de malfaiteurs, pour avoir "organisé" et "planifié" les violences pendant la mobilisation contre l'obligation vaccinale en Guadeloupe afin de s'enrichir personnellement. Elles sont soupçonnées d'avoir demandé de l'argent à des entreprises pour que les émeutiers ne s'en prennent pas à elles.

>> "On est sur de la trahison" : ce que l'on sait de la mise en examen d'un policier soupçonné d'avoir "planifié" des violences en Guadeloupe

Franceinfo : Le procureur de la République de Pointe-à-Pitre affirme que la mobilisation sociale était une "opportunité" de s'enrichir pour les suspects. Qu'elle est votre réaction ?

Victorin Lurel : Je ne suis pas véritablement étonné. En 2009, il y avait déjà eu à peu près des actes semblables. On a eu la fameuse affaire de la station-service de Valkanaers Gourbeyre, parce que l'Etat à l'époque avait estimé que le seuil limite de désordre supportable – c'est comme ça qu'on dit en maintien de l'ordre – n'était pas atteint et donc il fallait calmer le jeu pour la tranquillité publique. On a laissé, depuis cette époque-là, prospérer les gangs. Aujourd'hui, ça ne m'étonne pas qu'à la faveur du moindre mouvement social, et en particulier une crise comme celle-là, certains profitent de cette opportunité pour prospérer. Je ne suis pas plus étonné que ça.

À l'échelle locale, que font les élus ?

Il y a hélas beaucoup de laxisme et de complaisance. Il y a encore chez moi en Guadeloupe trop d'élus complaisants avec ce type de choses, au nom d'une certaine jeunesse. Oui, il y a une jeunesse qui est désœuvrée, qui a des problèmes, qu'il faut réinsérer, etc., il faut s'en occuper. Mais il y a manifestement des trafics qui se font. Avec le meilleur sentiment du monde, j'estime que l'Etat dans toutes ses composantes, y compris la composante judiciaire, n'a pas fait le job. Aujourd'hui, l'Etat a décidé de faire ce travail et de mettre au grand jour ce qui se fait déjà depuis un certain nombre de temps.

Pensez-vous que des élus aient intérêt à ces trafics ?

Je ne parle pas d'intérêt, je parle de complaisance. C'est à la Justice de faire la lumière sur tout cela. Mais c'est vrai qu'on voit ici ou là des subventions à des associations qui distribuent ou redistribuent de l'argent public. Moi, j'ai refusé ça en 2009 lorsqu'on m'a demandé un certain nombre de choses. D'autres élus m'avaient demandé de financer des choses après le mouvement social de 2009, j'estimais que ce n'était pas clair et j'avais refusé.

"Il y a une autre forme de pression. Il y a une terreur qui s'exerce, les élus ont peur de parler."

Victorin Lurel, sénateur PS de Guadeloupe

à franceinfo

Ce que je suis en train de faire en vous répondant, il n'y a pas beaucoup d'élus qui pourront le faire parce qu'on a peur pour ses biens, pour sa famille, pour sa personne, parce que le regard de l'autre, etc. Ici, vous êtes dans une société de proximité. Tout le monde connaît tout le monde, donc on a un peu peur, on hésite à dire les choses. En matière de justice, tous les trois ou quatre ans il faut faire tourner certains fonctionnaires.

Comment voulez-vous qu'on ait dévalisé les locaux de la douane ? Il y a probablement des complicités internes dans cette affaire-là. Comment peut-on avoir laissé Pointe-à-Pitre sans protection la veille des émeutes et des incendies ? Comment peut-on avoir laissé dévaliser une armurerie ? Ca mériterait une commission d'enquête. Comment peut-on avoir laissé faire ça ? Je sais bien que c'est très compliqué, le maintien de l'ordre, je ne vais pas faire un procès pour faire un procès. Moi, je dis que l'Etat a pris conscience de cette affaire-là et désormais a décidé de traiter l'affaire.

"Il faut que la justice fasse son job. Les élus [complices], les gangs, les gangsters, il faut les juger."

Victorin Lurel, sénateur PS de la Guadeloupe

à franceinfo

Le PS est le seul parti à avoir demandé à ce que les commanditaires de ce qui s'est passé récemment, notamment au CHU, soient interpellés et jugés.

Que doit faire l'Etat et Emmanuel Macron aujourd'hui selon vous ?

Je demande au président de la République, qui va nous recevoir fin janvier en visioconférence qu'il noue le dialogue. Jouer la politique de la chaise vide n'a jamais rien réglé. Il y a une crise sociale, il faut la régler. L'Etat a commencé à apporter des solutions. Les élus locaux se sont réunis et ont fait des propositions, il faut s'en emparer et que la justice de son côté fasse son travail. La difficulté c'est de le maintenir dans la durée et j'avoue que c'est assez compliqué. Ça peut "burn-outer" des policiers et des gendarmes.

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