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Covid-19 : face au variant Omicron dans les hôpitaux, "c'est le jeu des chaises musicales", constate la présidente des infirmiers de réanimation

Face au nombre de contaminations Covid et d'hospitalisations qui augmentent, les soignants hospitaliers sont obligés de rechercher sans cesse de nouvelles places pour transférer leurs patients dans des unités où il reste des lits disponibles.

Article rédigé par France Info
Radio France
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Face à l'augmentation du nombre de cas, "c'est le jeu des chaises musicales", constate la présidente des infirmiers de réanimation. Illustration (DELPHINE MAYEUR / HANS LUCAS VIA AFP)

Pour faire face à la flambée du variant Omicron et à la poussée des hospitalisations, "on a dû jouer le jeu des transferts", a affirmé samedi 1er janvier sur franceinfo Sabine Valera, infirmière en réanimation à l’hôpital Nord de Marseille, présidente de la Fédération nationale des infirmiers de réanimation (Fnir). "C'est un véritable jeu de chaises musicales avec une recherche de placements pour les patients hospitalisés dans l'unité au quotidien." Sabine Valera souligne "la fatigue" des soignants et la nécessité de "former les infirmiers en réanimation qui ont de vraies compétences". Et au-delà de la prime annoncée par le gouvernement, la présidente de la Fnir demande des recrutements pour "une augmentation du ratio soignant-patient".

franceinfo : Comment vous organisez-vous pour faire face à une éventualité d'une poussée des hospitalisations ?

Sabine Valera : C'est un peu le jeu des chaises musicales. Dans le service dans lequel je travaille, il y a énormément de patients Covid. On a dû jouer le jeu des transferts. On a des patients qui ont été transférés en dehors de notre région pour pouvoir toujours libérer de la place pour prendre en charge les nouveaux patients qui se présentaient dans notre région. On est un centre d'accueil de certaines technologies, notamment la circulation extracorporelle. Et pour cela, on récupère les patients de toute la région. C'est un véritable jeu de chaises musicales avec une recherche de placements pour les patients hospitalisés dans l'unité au quotidien.

Est-ce que malgré ce taux d'occupation important, vous arrivez à prendre en charge tout le monde sans trop de tension ?

Pour les personnels, non, ce n'est pas satisfaisant. On a tout matériel. Au bout de deux ans, on est vraiment équipé pour accueillir. On a les médecins, déjà très présents et très efficaces. Par contre, au niveau paramédical, il nous manque clairement du monde. L'ouverture au recrutement est faite dans tous les hôpitaux. Pour autant, plus personne ne se présente et on n'arrive pas à recruter. Et donc, on n'a pas le temps de former les soignants qui nous rejoignent. Les infirmiers en réanimation ont vraiment des compétences précises que l'on n'acquiert pas à l'école. C'est vraiment sur le terrain, avec des temps de formation dédiés. On dit qu'il faut à peu près un an pour être autonome en réanimation. Les gens qui viennent nous prêter main forte ont des formations qui vont de trois à dix jours. Donc, forcément, cela crée un inconfort et une mise en jeu de la sécurité des soignants et des patients. Donc non, ce n'est pas satisfaisant.

Vous sentez-vous psychologiquement armés face à ces vagues d'hospitalisation ?

Cela participe à la fatigue. On fait notre métier. Que ce soit les infirmiers, les aides-soignants, on a l'habitude de ces situations critiques et compliquées avec un taux de mortalité qui est quand même important en réanimation. Pour autant, il y a un certain "turnover" au sein des équipes. Donc, les gens qui arrivent sont plus jeunes. Ils n'ont pas le temps d'être formés de la même façon. Il n'acquiert pas les mêmes compétences, y compris pour accompagner les patients dans des moments aussi difficiles. Et du coup, bien sûr, cela s'en ressent sur leur moral à eux. Parce que c'est compliqué d'accompagner ce genre de situations. Et on a besoin de formation pour ça.

Jean Castex a annoncé une prime mensuelle de 100 euros pour les infirmiers en réanimation. Est-ce un peu de baume au cœur ou est-ce dérisoire ?

Ce n'est pas dérisoire parce qu'on trouve que c'est un signal. Et on espère que c'est un signal du gouvernement de s'engager dans une discussion sur les dossiers des soignants en soins critiques. Pour autant, l'argent, cela ne suffit pas. Il nous faut vraiment plus de personnels formés. Pour cela, une formation qui soit reconnue et la même pour tous. Que l'on ait tous les mêmes compétences, quel que soit notre lieu d'exercice. Et puis, il faut fidéliser nos soignants. Il faut vraiment garder l'expertise des soignants, faire en sorte qu'ils ne s'en aillent pas. Et ça, cela va sécuriser les soins. Cela passe aussi par une augmentation du ratio soignant-patient. Actuellement, une infirmière, c'est pour deux et demi patients en France. Cela veut dire que certaines fois vous avez deux patients, certaines fois vous en avez trois. On souhaiterait vraiment, pour améliorer notre expertise, que l'on passe à un pour deux. Ce sont des sujets que l'on aborde avec le gouvernement.

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