VIDEO. Retards de livraison des vaccins : "Ce sont malheureusement les aléas de la production de vaccins", estime le professeur Lelièvre

Tant que nous serons dépendants des "aléas" de la production des vaccins contre le Covid-19, l'expert vaccins à la Haute autorité de santé (HAS) s'oppose à la mise en place d'un "passeport vaccinal". 

FRANCEINTER / RADIOFRANCE

Les retards de livraison des vaccins Pfizer, "ce sont malheureusement les aléas de la production de vaccins", a commenté lundi 18 janvier sur France Inter le professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef de service des maladies infectieuses de l'Hôpital Henri-Mondor à Créteil (AP-HP), expert vaccins à la Haute autorité de santé (HAS).

"Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il n'y a pas véritablement de retard (…) Tout ce qui a été modélisé, c'est dans un monde idéal où tout fonctionne. Et il y a toujours des aléas, donc il faut aussi admettre ces aléas. Il faut admettre le fait qu'on ne va pas pouvoir vacciner tous les gens qu'on aurait envie de vacciner. D'où les priorités qui avaient été émises par la HAS", souligne le professeur Lelièvre.

Non au passeport vaccinal, créateur d'inégalités

Interrogé sur l'avancée de la vaccination en France, 420 000 personnes vaccinées soit moitié moins que l'Allemagne et trois fois moins que l'Italie, l'expert des vaccins répond qu'on "n'est pas tellement en retard par rapport à nos voisins. Et puis les objectifs, ce n'est pas de vacciner 400 000 ou un million de chaque côté. L'objectif en France, c'est quand même de vacciner 40 ou 50 millions de Français. Malheureusement, cet objectif, c'est dans plusieurs mois et pendant cette période-là, il faut qu'on soit résilient."

Le professeur Jean-Daniel Lelièvre n'est "pas du tout favorable" au passeport vaccinal. Il estime qu'il "faudrait déjà que tout le monde ait accès au vaccin, sinon vous allez créer des inégalités, simplement parce que vous n'êtes pas capable d'offrir des choses aux gens".  Le passeport vaccinal permettrait aux personnes qui ont été vaccinés contre le Covid-19 de pouvoir entrer dans certains lieux, certains pays ou de pratiquer certaines activités.

"Il faut de la solidarité dans ce pays, aujourd'hui encore plus qu'hier, donc, surtout pas ce genre de mesure."

Le professeur Lelièvre

à France Inter

Jean-Daniel Lelièvre s'interroge également sur l'intérêt d'une éventuelle fermeture des frontières, car "les frontières n'existent pas. Si on ferme les frontières, il faudrait aussi fermer les régions : à quel niveau faut-il mettre une barrière autour des cas ? Ce n'est pas plus intéressant de fermer la frontière française que fermer autour d'une région française." L'idée de pratiquer un isolement de 7 jours pour toute personne entrant dans le pays, "ça pourrait être pertinent", estime le spécialiste des vaccins. 

Interrogé sur l'idée émise par le professeur Alain Fischer de vacciner les enfants plus vite que prévu, Jean-Daniel Lelièvre n'y est pas favorable. "Si on vaccine un jour les enfants, ce sera probablement la dernière population. Les Anglais vaccinent les enfants contre la grippe, parce que les enfants sont le réservoir de la grippe. Mais ce n'est pas le cas avec le SARS-CoV-2. Ce n'est pas une population qui est très atteinte, ce n'est pas une population qui fait des formes graves. Donc peut-être qu'un jour il faudra les vacciner, mais vraiment à la fin, probablement pas avant la fin de l'année."

Professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef de service des maladies infectieuses de l\'Hôpital Henri-Mondor à Créteil (AP-HP), le 18 janvier 2021 sur France Inter.
Professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef de service des maladies infectieuses de l'Hôpital Henri-Mondor à Créteil (AP-HP), le 18 janvier 2021 sur France Inter. (FRANCEINTER / RADIOFRANCE)