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Vaccin contre le Covid-19 : "La production de masse n'est pas à la hauteur de ce qui était attendu", constate Sylvie Briand, directrice à l'OMS

"Pour les pandémies futures, c'est sûr qu'il faudra essayer de trouver des systèmes qui permettent justement d'avoir un meilleur équilibrage du marché", affirme sur franceinfo la directrice à l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), chargée des risques épidémiques et pandémiques.

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Radio France
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Sylvie Briand, directrice du département des maladies pandémiques et épidémiques de l'Organisation mondiale de la santé, le 12 mai 2020 à Genève. (FABRICE COFFRINI / AFP)

"La production de masse n'est pas à la hauteur de ce qui était attendu", a déclaré jeudi 28 janvier sur franceinfo Sylvie Briand, directrice à l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), chargée des risques épidémiques et pandémiques, alors que le laboratoire Moderna prévoit à son tour de livrer moins de doses de son vaccin contre le Covid-19 que prévu : environ 150 000 doses promises n'arriveront pas dans les congélateurs en février. Les livraisons des primo-injections sont suspendues dans trois régions, les Hauts-de-France, la Bourgogne-Franche-Comté, et l'Île-de-France.

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franceinfo : Pourquoi est-on dans cette situation, à qui la faute ?

Sylvie Briand : D'abord parce que pour la plupart de ces vaccins, ce sont des vaccins nouveaux donc les chaînes de production étaient limitées. Les entreprises Pfizer et Moderna avaient fait des investissements depuis quelques mois pour essayer d'augmenter cette production, mais ce n'est évidemment pas suffisant pour l'instant. Donc oui, il n'y a certainement pas assez par rapport aux attentes.

Les laboratoires nous ont-ils vendu du rêve ?

Je ne suis pas au courant des contrats qui ont été signés, ni des engagements. Mais ce qui s'est passé, c'est que quand certainement ces contrats ont été signés à l'époque, on ne savait même pas si les vaccins allaient être acceptés parce que les études, les essais cliniques de phase 3 étaient encore en cours. On ne savait même pas quel serait le premier vaccin à arriver sur le marché, donc il y avait beaucoup d'incertitudes. Il y en a eu beaucoup jusqu'à très récemment. Maintenant, il y a eu beaucoup d'espoir à cause des premières doses. C'est vrai que la production de masse n'est pas à la hauteur de ce qui était attendu.

"Beaucoup de pays ont des difficultés, avaient fait des plans de vaccination plus ambitieux et sont obligés de réduire un peu le rythme des vaccinations."

Sylvie Briand, directrice à l'Organisation Mondiale de la Santé

à franceinfo

Mais bon, ces vaccinations continuent quand même. Donc, peut-être qu'on arrivera moins rapidement à la couverture vaccinale qu'on espérait pour les personnes à risque, mais ça va déjà avoir un effet quand même sur la réduction des gens qui vont être hospitalisés et faire des maladies graves.

Faut-il une régulation de ces vaccins, alors qu'AstraZeneca prévoit de baisser de 40% ses livraisons en Europe et qu'aucun retard n'est signalé au Royaume-Uni ?

C'est sûr que c'est un cas de figure qu'on avait déjà envisagé quand on faisait des scénarios de préparation aux pandémies. Il y a cette nationalisation de la production vaccinale où les pays vont avoir tendance à préférer servir en premier leurs concitoyens par rapport à des exportations. C'est un phénomène qui était prévisible. Pour les pandémies futures, c'est sûr qu'il faudra essayer de trouver des systèmes qui permettent justement d'avoir un meilleur équilibrage du marché.

Qu'en est-il des autres vaccins comme le Russe Spoutnik V ou le Chinois Sinopharm, vont-ils arriver en Europe ?

Ces vaccins existent et on peut y avoir accès. Nous à l'OMS, on n'a pas encore donné d'autorisation d'utilisation d'urgence parce qu'on n'a pas reçu les dossiers de ces compagnies. Avant donner ces autorisations, on fait une analyse très poussée des données qui nous sont fournies par l'industrie avant décider si ce vaccin peut être utilisé par nos Etats-membres.

Le vaccin AstraZeneca, lui, a fini les phases 3. Il a été autorisé par l'Autorité de régulation du Royaume-Uni. Si l'Agence européenne l'autorise aussi, je pense qu'il n'y aura aucun problème pour qu'il soit utilisé aussi plus vite. Je crois que déjà, on fait les choses extrêmement vite. Les gens travaillent extrêmement dur depuis plusieurs mois pour accélérer tout ça. C'est quand même quasiment un miracle qu'on ait un vaccin un an à peine après le début de la pandémie. Les processus de régulation et de vérification sont importants et je pense qu'il ne faut pas les court-circuiter. Il faut prendre le temps qu'il faut parce que c'est quand même la sécurité des gens qui est en jeu.

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