Retards dans les livraisons des vaccins contre le Covid-19 : "Les nouvelles ne sont pas si mauvaises que ça", tempère l'autrice d'un rapport

Johnson&Johnson a annoncé un nouveau vaccin fin février et les retards annoncés par Pfizer-BioNtech ne sont que "de 2 semaines ou 3 semaines", souligne Anne Bucher, ancienne directrice générale de la Santé à la Commission européenne.

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Des doses de vaccin anti-Covid-19 Pfizer-BioNtech (illustration). (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

Après le laboratoire Pfizer-BioNtech, AstraZeneca a annoncé à son tour, avant même le feu vert de l'Agence européenne du médicament, un retard de livraisons des doses de son vaccin contre le Covid-19. Le laboratoire anglo-suédois n'en livrera que 31 millions au premier trimestre, au lieu des 80 millions prévus. "C'est inévitable" à cause des "grandes incertitudes", a expliqué samedi 23 janvier sur franceinfo Anne Bucher, ancienne directrice générale de la Santé à la Commission européenne et autrice d'un rapport pour le think tank TerraNova "Production de vaccins : quels enseignements tirer de l'expérience Covid ?". D'après elle, "les nouvelles ne sont pas si mauvaises que ça" avant le "régime de croisière qui serait plus atteint aux deuxième et troisième trimestres 2021".

franceinfo : Est-ce qu'on découvre là, d'après vous, des faiblesses de l'Union européenne qui s'avèrent dangereuses ?

Anne Bucher : Je mets le doigt sur certains aspects. D'abord, je pense qu'il faut garder à l'esprit qu'on est dans une situation tout à fait exceptionnelle et que dans cette situation exceptionnelle, l'arrivée des vaccins dans un temps très court, avec une capacité de production immédiate, c'est un succès scientifique et industriel majeur. Mais c'est vrai que l'Union européenne doit réfléchir à sa stratégie industrielle en matière de vaccins. Les États-Unis ont été très, très actifs depuis les années 2000. L'Union européenne a moins financé, s'est relativement désengagée dans le financement public de la recherche en vaccins, et a été relativement passive face à certaines décisions industrielles de relocaliser la filière des vaccins. Il est donc souhaitable, notamment en perspective de crises futures, de réfléchir à ce que l'ensemble de l'Union européenne ait sur son sol des très grands acteurs de l'industrie qui puissent réagir facilement.

Concernant les retards des laboratoires annoncés ces dernières semaines, est-ce inacceptable, ou inévitable ?

C'est inévitable. On sait qu'on opère dans de grandes incertitude. Grandes incertitudes sur la date d'autorisation des vaccins, AstraZeneca sera probablement autorisé fin janvier.

"On a des mauvaises nouvelles effectivement sur certaines livraisons, mais dans l'ensemble, les fournisseurs avaient indiqué que lors du premier trimestre, les capacités de production impliqueraient des volumes limités et que le régime de croisière serait plus atteint aux deuxième et troisième trimestres 2021."

Anne Bucher, ancienne directrice générale de la Santé à la Commission européenne

à franceinfo

Donc, la situation ne peut que s'améliorer. Il y a aussi quelques bonnes nouvelles. Johnson&Johnson a annoncé qu'il serait peut-être prêt en février avec un nouveau vaccin. Il y a aussi des espoirs de ce côté-là, puis il y a des manières de gérer la pénurie. Il y a eu cette discussion sur la sixième dose du vaccin Pfizer-BioNtech, par exemple. Certains, mais ça n'est pas encore autorisé par l'Agence européenne du médicament, ont envisagé d'espacer l'administration de la deuxième dose. Les décalages de livraisons d'AstraZeneca semblent assez importants, mais Pfizer-BioNtech, c'était quand même un retard de livraison de 2 semaines ou 3 semaines pour un volume limité de vaccins. Donc les nouvelles ne sont pas aussi mauvaises que ça. Même si quand elles tombent, elles exigent de réajuster les cibles et la distribution des vaccins.

La succession de ces mauvaises nouvelles inquiète pas mal de gens, y compris des soignants et des élus. Certains disent que chaque pays membre de l'Union aurait peut être dû passer des commandes de son côté, en plus de celle à l'échelle européenne, le gouvernement dit le contraire. Qu'en pensez vous ?

C'est un engagement. C'est une négociation difficile. Et quand l'Union européenne a proposé cette négociation collective, les États membres se sont engagés à ne pas faire de négociations parallèles avec les mêmes fournisseurs. Donc c'est un engagement qui a été pris, qui a été fait dans un esprit de solidarité et de discipline de l'ensemble des pays. Je pense que si on imagine une situation dans laquelle les 27 États membres auraient négocié individuellement, il est possible qu'un grand nombre de pays, y compris la France, n'ait pas accès aux vaccins maintenant.

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