Covid-19 : "La remontée des incidences ne va pas signifier forcément une remontée des hospitalisations", estime un épidémiologiste

Pascal Crépey est confiant car la France est "massivement vaccinée", avec presque 89% des personnes de plus de 12 ans qui sont totalement vaccinées. 

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Radio France
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Les quais de Seine à Paris, le 20 mars 2021. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

"Les hospitalisations ne vont pas remonter dans les mêmes proportions qu'elles ont pu le faire sur la vague hivernale de l'année dernière", a affirmé sur franceinfo ce mardi 19 octobre Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie à l’École des hautes études de Santé publique à Rennes, alors que les taux d'incidence repartent légèrement à la hausse en France.

franceinfo : Est-ce le début d'une nouvelle vague ?

Pascal Crépey : Il faut d'abord rappeler qu'on s'attendait à cette vague hivernale, parce qu'il s'est passé exactement la même chose l'année dernière. C'est l'effet saisonnier et le fait que l'hiver favorise les transmissions du virus qui nous amènent dans cette situation de remontée des incidences. Mais la remontée des incidences ne va pas signifier forcément une remontée du même type des hospitalisations, parce que la France est massivement vaccinée. Les hospitalisations ne vont pas remonter dans les mêmes proportions qu'elles ont pu le faire sur la vague hivernale de l'année dernière. Il y a, a priori, peu de chances que cette vague éventuelle submerge notre tissu hospitalier.

En ce moment, en Angleterre, on assiste à une flambée de l'épidémie, avec 40 000 cas par jour. Est-ce que cela peut nous arriver aussi ?

La situation est différente entre le Royaume-Uni et la France. Le Royaume-Uni a eu un pic très important de cas qui a atteint son maximum vers la mi-juillet, puis ils ont réussi à contrôler ce pic, pour le faire redescendre. Mais à partir de fin juillet, ils sont restés sur un plateau très haut. De plus, les mesures de contrôle de l'épidémie sont différentes, les taux de vaccinations sont plus faibles que ceux que nous avons en France. Sur la population des plus de 12 ans, ils sont autour de 80%. Même si c'est beaucoup, c'est un peu moins que les 89% de personnes totalement vaccinées que nous avons atteint.

On est à quelques jours des vacances scolaires de la Toussaint, est-ce qu'elles vont plutôt amplifier le rebond ou l'atténuer ?

Jusqu'à présent les vacances scolaires ont contribué à aplatir les courbes. Les écoles sont fermées, beaucoup de gens prennent des vacances, ne vont plus travailler, ne prennent plus les transports. Il y a beaucoup de brassages de la vie quotidienne qui sont absents et qui visiblement ne sont pas compensés par les brassages familiaux. On peut s'attendre à ce que cette remontée que nous voyons aujourd'hui soit un peu aplatie par les vacances scolaires et que, après les vacances scolaires, il y ait de nouveau ce phénomène d'augmentation des incidences.

Les tests "de confort" sont devenus payants pour les non-vaccinés. Cela a immédiatement fait chuter de moitié leur nombre. Est-ce que pour vous c'était risqué de prendre une telle mesure au moment où l'épidémie redémarre ?

Si on rend un peu plus difficile l'accès aux tests, cela signifie que certaines personnes ne se feront pas tester. On ne verra pas qu'elles sont positives et donc on n'évitera pas un certain nombre de chaînes de transmission qui auraient pu être évitées si l'accès aux tests était plus facile. La question que tout le monde se pose, c'est est-ce que cette mesure, qui a pour but d'essayer de convaincre les derniers hésitants vaccinaux à se faire vacciner, va compenser cette perte d'efficacité du système de dépistage. Difficile, à l'heure actuelle d'avoir une réponse.

La campagne de vaccination contre la grippe va être avancée de quelques jours. En quoi est-ce lié à l'épidémie de coronavirus ?

On a observé que les différents pathogènes hivernaux qui circulent chaque année à cette saison, et qui n'avaient pas circulé l'année dernière sont de retour. Et cela s'explique assez facilement par le fait qu'aujourd'hui on contrôle l'épidémie de Covid-19 non pas par la réduction de nos activités mais par l'immunité acquise contre le coronavirus. Ce que l'on ne voudrait pas voir arriver, c'est d'avoir cet effet de double voire triple épidémie à la fois de Covid-19 mais aussi de grippe ou de bronchiolite. C'est-à-dire "emboliser" notre système de santé. Si tout arrivait en même temps, cela pourrait forcer le gouvernement et les autorités de santé à prendre des mesures un peu plus fortes pour éviter la submersion.

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