Vaccin contre le Covid-19 : qu'en est-il de la vaccination des femmes enceintes au premier trimestre de leur grossesse ?

Quelle que soit l'étape de la grossesse, la vaccination des femmes enceintes est possible et même recommandée, assurent les autorités sanitaires. Les règles ont en effet évolué. 

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La vaccination pour les femmes enceintes est possible, voire encouragée, et ce dès le premier trimestre de leur grossesse. (Photo d'illustration) (BSIP / COLLECTION MIX: SUBJECTS RF)

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, la protection des femmes enceintes contre le virus est source d'interrogations. Mardi 20 juillet, Olivier Véran a toutefois rebattu les cartes des règles en matière de vaccination des femmes durant la grossesse.

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Le ministre de la Santé a déclaré aux députés que "ni la grossesse (au) premier semestre, ni la grossesse (au) dernier trimestre" n'étaient des contre-indications à la vaccination contre le Covid-19.

Jusque-là, les autorités sanitaires ne recommandaient la vaccination qu'à partir du deuxième trimestre de grossesse. Depuis décembre dernier, et les premières injections de vaccin administrées aux personnes prioritaires, la communauté scientifique s'est ainsi montrée vigilante vis-à-vis des femmes enceintes, notamment celles dans leur premier trimestre de grossesse. 

Un principe de précaution jusque-là

"Par principe de précaution, nous essayons d'éviter toute action médicale dans cette période", précise la professeure Joëlle Belaisch-Allart, présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), à franceinfo, soulignant les risques plus élevés de fausse couche spontanée durant les trois premiers mois de la grossesse. "De 15% chez les femmes jeunes, ce risque augmente à 30% chez les plus âgées et dépasse 50% chez les femmes de plus de 40 ans", détaille la gynécologue. Face à ces tendances générales, il avait donc été décidé de ne recommander la vaccination qu'à partir du quatrième mois de grossesse. 

"Jusqu'à présent nous n'avions pas communiqué sur une vaccination lors du premier trimestre par manque de recul scientifique et pour éviter l'amalgame entre fausse couche spontanée et vaccination, ce qui aurait freiné la campagne vaccinale."

Joëlle Belaisch-Allart, présidente du CNGOF

à franceinfo

Interrogé récemment par franceinfo, Jacky Nizard, gynécologue à la Pitié-Salpêtrière, à Paris, abondait en ce sens : "On évite le premier trimestre, comme pour tout autre médicament ou intervention d'ailleurs en général, et on encourage les patientes à se faire vacciner dès le projet de grossesse, comme ça c'est plus simple".

En mars, la Haute Autorité de santé (HAS) soulignait pourtant dans ses recommandations de vaccination que l'administration des vaccins contre la Covid-19 chez la femme enceinte n'était "pas contre-indiquée", sans préciser à quel moment de la grossesse la vaccination était davantage recommandée. A l'époque, seules les femmes enceintes entrant dans leur deuxième trimestre de grossesse (à la 16e semaine d'aménorrhée) étaient toutefois devenues prioritaires dans l'accès aux vaccins à ARN messager.

Aucun risque avéré

Une règle qui semble avoir évolué. La vaccination "doit être priorisée dès que possible, selon l'accord passé entre le médecin et la patiente", assure aujourd'hui l'un des porte-parole de la HAS, contacté par franceinfo. Pourquoi une telle évolution ? Parce qu'à ce jour, la littérature scientifique internationale, essentiellement américaine et israélienne, ne met pas en évidence "de risque lié à la vaccination chez la femme enceinte, y compris lors du premier trimestre de sa grossesse", rapporte Joëlle Belaisch-Allart.

En France, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) s'appuie notamment sur une étude réalisée aux Etats-Unis (en anglais), parue mi-juin dans The New England Journal of Medicine. Elle relève que sur plus de 35 000 femmes enceintes ayant déjà reçu une première injection d'un vaccin à ARNm, "la fréquence des effets indésirables locaux et systémiques chez les futures mères est similaire à ce qui est observé dans la population générale". L'ANSM précise d'ailleurs que si une première dose a été administrée en début de grossesse, alors que celle-ci n'était pas encore connue, "il n'existe aucun élément inquiétant à ce jour pour la mère et pour l'enfant à naître, quel que soit le vaccin". Et que, par conséquent, rien ne s'oppose à l'injection d'une deuxième dose si nécessaire.

De son côté, le centre de référence sur les agents tératogènes (Le Crat) rappelle que sur le suivi en cours de 4 000 femmes enceintes vaccinées, 25% l'ont été lors de leur premier trimestre et qu'actuellement leur grossesse se poursuit. Ces communications scientifiques confortent la position du CNGOF. "Les pays étrangers ont vacciné beaucoup plus tôt les femmes enceintes, notamment dès le premier trimestre de leur grossesse, et leurs études montrent qu'il n'y a pas de risque", détaille encore sa présidente Joëlle Belaisch-Allart. 

"Comme le vaccin contre la grippe, qui peut être fait n'importe quand durant la grossesse, celui contre le Covid-19 peut également être administré à tout moment, y compris au premier trimestre."

Joëlle Belaisch-Allart

à franceinfo

"C'est un avis également partagé par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale d'Alain Fischer et le conseil scientifique", assure encore la directrice du CNGOF. 

"Toutes les femmes enceintes doivent être vaccinées"

Jusqu'à présent, le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale (COSV) recommandait "la vaccination de toutes les femmes enceintes, avec ou sans comorbidités, et ce à partir du deuxième trimestre de grossesse", selon son dernier avis sur le sujet mis à jour le 7 mai. Mais de nouvelles recommandations corroborant les déclarations d'Olivier Véran sur l'élargissement de la période de vaccination pour les femmes enceintes ne devraient pas tarder, affirme Le HuffPost

Car si "l'augmentation d'un risque de fausse couche n'est pas avéré pour les femmes vaccinées lors du premier trimestre de leur grossesse" selon la directrice du CNGOF, les publications scientifiques ont en revanche mis en évidence un sur-risque de développer une forme sévère de Covid-19 pour les femmes enceintes dans les trois derniers mois de grossesse. "Toutes les femmes enceintes doivent être vaccinées bien en amont, afin de garantir une couverture maximale contre le virus au cours du dernier trimestre de grossesse, insiste ainsi Joëlle Belaisch-Allart. D'autant que la situation sanitaire s'aggrave avec le variant Delta."

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