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Traitements contre le Covid-19 par anticorps : "C'est assez compliqué à administrer et c'est assez coûteux", souligne un infectiologue

Le Ronapreve, du laboratoire suisse Roche et le Regkirona, de la firme sud-coréenne Celltrion, ont été autorisés jeudi par l'Agence europénne de médicament. Mais ces produits ont des "limites", prévient vendredi sur franceinfo Gilles Pialoux, infectiologue à l'hôpital Tenon à Paris. 

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Radio France
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Le Ronapreve du laboratoire suisse Roche, un traitement par anticorps contre le Covid-19 a été autorisé jeudi par l'Agence européenne du médicament.   (CHRISTOPHE BOSSET / MAXPPP)

L’Agence européenne du médicament (EMA) autorise pour la première fois, deux traitements par anticorps monoclonaux pour lutter contre le Covid-19. Il s'agit du Ronapreve, du laboratoire pharmaceutique suisse Roche, et du regdanvimab (commercialisé sous le nom Regkirona) de la firme sud-coréenne Celltrion. Ces traitements sont destinés aux patients qui présentent des risques de développer des formes graves de la maladie. Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon à Paris, a pointé vendredi 12 novembre sur franceinfo "les limites" de ces traitements du fait de leur "complexité" à être administrés (par injection) et leur coût. "Cela ne remplacera de toute façon jamais le vaccin", a-t-il insisté. Parallèlement, Merck et Pfizer avaient communiqué il y quelques semaines sur l'arrivée de pilules, annoncées par les laboratoires comme efficaces contre les forme graves, le paxlovid et le molnupiravir. La France a déjà commandé 50 000 doses de ce dernier.

franceinfo : Les deux traitements par anticorps monoclonaux sont différents des simples pilules ?

Gilles Pialoux : On a une autre approche qui est d'attaquer le virus avec des anticorps. Un peu ce que fait le vaccin, finalement, mais qu'on reproduit synthétiquement. Et effectivement, l'Agence européenne a autorisé ces deux traitements. Mais en fait c'est trois. Il y a un composé, le Ronapreve qui cumule deux anticorps monoclonaux en un (casirivimab et imdevimab). On les connaît bien parce qu'on les utilise chez les immunodéprimés et c'était les deux produits qui avaient été pris par Donald Trump. Enfin un autre traitement qu'on ne connaissait pas, qui vient de Corée du Sud, le regdanvimab (commercialisé sous le nom Regkirona). C'est injectable, donc c'est à l'hôpital. C'est assez compliqué à administrer et c'est assez coûteux. On parle de 1 700 euros la dose. C'est un traitement qui s'adresse aux formes très précoces, avant l'hospitalisation, avant le besoin d'oxygène et chez les personnes qui sont à risque de faire des formes sévères.

Ce sont des traitements qui doivent se prendre très tôt ?

Que ce soit ces anticorps monoclonaux ou les pilules [des laboratoire Merck et Pfizer], ce sont des produits qui doivent être administrés dans les premiers jours, dans les cinq jours. C'est ce qui est recommandé actuellement par la Haute Autorité de santé. Dans mon service, on en a administré déjà à une trentaine de personnes. On a une autorisation d'accès précoce pour une population immuno-déprimée chez laquelle le vaccin ne prend pas. On a fait une dose, deux doses, trois doses et ils n'ont pas d'anticorps, donc ils ont une autorisation d'accès à ce produit injectable. Que ce soit après avoir été exposés, c'est ce qu'on appelle la prévention post-exposition quand ils ont été en contact avec quelqu'un et aussi en prévention. On le fait tous les mois. C'est tout à fait efficace, avec une prévention qui fonctionne. Les limites du produit, c'est sa complexité à l'administrer.

L'idée c'est d'éviter une hospitalisation éventuelle de ces patients à risque ?

Que ce soit les antiviraux directs en comprimés ou les anticorps monoclonaux, l'approche est la même, c'est d'éviter, en prenant un stade précoce, le passage à l'hospitalisation, aux formes graves, à la réanimation chez les personnes qui ont le plus de risques d'y aller. Mais on a peu d'informations sur l'utilisation de ces molécules, que ce soit les comprimés ou les anticorps monoclonaux chez les gens qui sont déjà vaccinés. Et comme c'est la majorité, on attend aussi ces informations. Cela ne remplacera de toute façon jamais le vaccin et cela ne remplacera pas les gestes barrières et cela ne remplacera pas le dépistage qu'il faut intensifier. C'est un message important.

Vous faites référence à ces pilules annoncées ces dernières semaines par Merck et Pfizer. Les laboratoires disent qu'elles sont efficaces. Peut-on faire confiance à de simples communiqués de presse sans avoir de recul sur ces traitements ?

Ce sont de très bonnes nouvelles. Il faut le dire quand même. Évidemment, dans le Covid-19, les bonnes nouvelles, on les consomme avec modération. On est avec une forme "comprimé". On est dans une autre dimension et surtout ce sont des médicaments qui sont des antiviraux directs comme on en a pour le VIH ou pour l'hépatite C. Peut-être qu'il y aura une place pour chacun de tous ces traitements en fonction des tableaux et du moment de l'infection. Le président de la République a dit qu'ils étaient "réellement efficaces" parce que cela diminue les décès et les hospitalisations de 50% pour la molécule de Merck et 89% pour la molécule de Pfizer.

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