"Te regarder dans les yeux" : Olivier Marchais rend hommage à sa mère Liliane, morte du Covid-19, et à qui il n'a pas pu dire aurevoir

Après cette expérience, le fils de l'ancien dirigeant du PCF aimerait que les propos d'Emmanuel Macron, qui s'est dit favorable à des visites pour les personnes en fin de vie, se réalisent.

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Liliane Marchais, le 19 novembre 2012, au siège du PCF, à Paris. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Olivier Marchais, le fils de Georges Marchais (ancien président du Parti communiste français) publie une émouvante lettre intitulée "Te regarder dans les yeux" destinée à sa mère, Liliane Marchais, décédée jeudi 9 avril à l'âge de 84 ans des suites du Covid-19. Interrogé jeudi 16 avril sur franceinfo, il explique que "l'étape du deuil est très difficile" alors qu'il n'a pas pu rendre visite à sa mère pendant les cinq semaines précédant sa mort. Olivier Marchais dénonce également le manque de moyens dans les Ehpad, malgré le plan grand âge lancé en 2006.

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"L'étape du deuil est très difficile à faire puisque les conditions sanitaires imposées ne permettent pas aux familles d'avoir les temps nécessaires dans les funérariums, confie Olivier Marchais. Et puis pour les obsèques en elles-mêmes, on est obligé de sélectionner le nombre de participants, de se limiter à 20 personnes. J'avais l'ensemble de mes soeurs, je n'avais pas mes neveux, pas mes nièces, nos amis. On ne peut pas se prendre dans les bras. Ce sont des moments terribles où on a envie de s'étreindre les uns les autres. Je pense aux milliers de familles qui vivent ça, l'absence de pouvoir visiter. Moi, je n'ai pas pu me rendre auprès de ma mère pendant plus de cinq semaines. On n'a pas de nouvelles, c'est une situation très, très dur difficile à vivre", raconte Olivier Marchais.

Aller au delà des visioconférences

Après cette expérience, Olivier Marchais aimerait que les propos d'Emmanuel Macron, qui s'est dit favorable à des visites pour les personnes en fin de vie se réalisent. "Il faut qu'on le fasse d'une manière sécurisée pour ne pas faire rentrer encore plus le virus dans les Ehpad. On ne peut pas laisser ces personnes qui souffrent y compris psychiquement et les familles. On ne peut pas les laisser loin à ce point-là. Il faut qu'on trouve le moyen, au-delà des visioconférences, qu'effectivement les gens puissent rentrer."

Dans sa lettre, Olivier Marchais s'adresse à sa mère, militante communiste, en ces termes "Si tu savais comme les premiers de corvée ont remplacé les premiers de cordée, tu serais aussi en ce moment pleine d'espérance". Au micro de franceinfo, il explique qu'aujourd'hui "on voit bien que les métiers importants, les gens qui nous permettent de continuer de fonctionner sont tous ceux qu'on oublie. Je pense aux éboueurs, au personnel soignant, aux aides-soignantes."

Six agents pour 10 résidents d'Ehpad

"Travailler dans un Ehpad, c'est difficile", poursuit Olivier Marchais. Il estime que sa mère "a été accompagnée par des femmes remarquables, admirables, qui se battent, qui sont au plus près. Et il faut qu'on trouve vraiment les solutions pour être à la hauteur. Aujourd'hui, on a 2 millions de personnes âgées dépendantes. En 2050, on va avoir 4 millions de personnes âgées et âgées dépendantes. La France n'est pas au niveau, vraiment il faut y mettre les moyens."

Il rappelle que "le plan grand âge, qui a été conçu en 2006 et qui courait sur la période 2008-2012, préconisait 10 agents pour 10 résidents. Tous métiers confondus, on considère qu'il faut au moins qu'il y ait un agent pour un résident. Aujourd'hui, 12 ans après, on est toujours à 6 agents pour 10 résidents, argumente Olivier Marchais. Les pays du Nord qui ont pris vraiment ces problèmes à bras le corps depuis les années 60. Ils sont à des taux bien plus élevés en Suède et au Danemark, Vous êtes à 12 pour 10 résidents. On est en retard. On ne peut pas rester dans cette situation-là."

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