Surplus d'épargne de 157 milliards : "Les trois confinements ont contraint les Français à renoncer à la consommation"

Ce surplus d'épargne des Français a été estimé par la Banque de France. Il "n'est pas inutile pour l'économie", explique Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne.

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Les confinements, et notamment le premier, ont créé un phénomène d'épargne contrainte pour les ménages des classes moyennes à aisées. (Photo d'illustration) (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS)

Le niveau d'épargne "exceptionnel" constaté depuis le début de la crise du Covid est de "l'épargne contrainte" par le confinement mais il est aussi lié à la "peur" d'une perte de revenus, a expliqué Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, mercredi 8 septembre sur franceinfo. Le surplus d'épargne des Français provoqué par la pandémie est chiffré à 157 milliards d'euros, d'après une estimation de la Banque de France dévoilée mardi 7 septembre. Cette épargne ne doit pas être "pointée du doigt" car elle "sert à financer l'économie à travers des prêts", assure Philippe Crevel.

franceinfo : Comment expliquer cette épargne, s'agit-il de sommes qui n'ont pas été dépensées pour des loisirs ?

Oui les trois confinements et surtout le premier ont contraint les Français à renoncer à la consommation, ce qui est d'ailleurs la définition de l'épargne. Les Français ont réduit leur consommation parce qu'ils ne pouvaient pas sortir, aller au cinéma ou au restaurant et donc ça a gonflé l'épargne, c'est de l'épargne contrainte, forcée. Il y a aussi eu un mouvement de peur, d'anxiété liée à la crainte de perdre son emploi, de voir ses revenus baisser, même si les pouvoirs publics ont rapidement dit qu'il compenserait les effets de la crise. Cela a généré une épargne exceptionnelle, comme l'a souligné la Banque de France.

Cet argent se trouve-t-il en grande partie sur les livrets ?

Il se trouve essentiellement sur les comptes courants qui ont été le premier poste de réception de cette épargne. C'est de l'argent mis en attente d'un usage. Aujourd'hui sur les comptes courants, il y a 500 milliards d'euros. C'est une somme fabuleuse. Cela fait 17 000 euros par ménage. Et aux cotés des comptes courants, il y a également le livret A, le livret développement durable qui ont recueilli une partie de cet argent dit "Covid".

Cet argent est-il utile ou sont-ce des sommes dormante, qu'il faudrait inciter les Français à dépenser ?

Il faut cesser évidemment de pointer du doigt l'épargne en disant que ce serait inutile. L'épargne est utile déjà pour soi. C'est grâce à l'épargne qu'on va pouvoir se projeter, faire des investissements, acheter un appartement ou une voiture. Et puis, ce n'est pas inutile pour l'économie. L'épargne dans les banques sert à quelque chose, à financer justement l'économie à travers des prêts. Les banques vont pouvoir prêter aux entreprises et aux particuliers parce qu'il y a de l'argent dans les comptes. Cette épargne permet de financer l'ensemble de l'économie, que ce soit les acteurs privés ou l'Etat qui a besoin d'argent pour financer le "quoi qu'il en coûte". Il va se servir d'une partie de ce qu'on laisse dans les banques. Les banques ne sont pas un coffre-fort, l'argent circule et est reprêté. Evidemment il vaut mieux que cet argent soit investi dans des placements à long terme, car cela coute moins cher pour refaire du financement pour l'économie réelle.

On remarque d'importantes disparités. Ce phénomène est plus marqué chez les plus aisés ...

Les Français les plus riches ont dépensé le moins, car ce sont eux qui ont le budget loisirs le plus important, qui partent en week-end. Logiquement, ils ont un potentiel d'épargne supérieur à ceux qui gagnent le Smic, qui ont des dépenses obligatoires importantes et peu de marges pour faire de l'épargne. Cela retraduit le système de l'épargne en dehors des crises, où les 20% les plus aisés font "l'effort" le plus important en termes d'épargne.

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