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Singapour maîtrise la pandémie de coronavirus en surveillant drastiquement ses citoyens

La pandémie est globalement maîtrisée sur cette ville Etat d'Asie du Sud Est, grâce à une organisation très précise de traque des personnes contaminées.  

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Dans le Mass Rapid Transit train de Singapour, des habitants consultent leur téléphone portable pendant l\'épidémie de coronavirus.
Dans le Mass Rapid Transit train de Singapour, des habitants consultent leur téléphone portable pendant l'épidémie de coronavirus. (CATHERINE LAI / AFP)

Sur le papier, Singapour avait tout pour devenir un foyer majeur de la maladie : c’est une plaque tournante aéroportuaire, proche de la Chine, avec une très forte densité de population : six millions d’habitants sur un espace de seulement 700 km2, sur cette île-Etat, entre Malaisie et Indonésie. Et le premier cas est apparu dès le mois de janvier.  Mais plus de deux mois plus tard, Singapour ne compte que 2 morts, pour 357 cas de contamination, et 150 personnes rétablies.

Un minitieux travail de détective

Alors quel est le secret ? Il y en a plusieurs. Le premier, c’est un travail méticuleux et ultra rapide de détective : au moindre soupçon, la personne concernée fait immédiatement l’objet d’un test et surtout d’une identification de tous ses contacts dans les dernières heures. On lui demande donc de donner les noms de tous ses proches (parents et amis) de dire où elle est allée, en particulier dans quels lieux publics. On retrace tous ses achats, toute sa traçabilité numérique et on contacte alors toutes les personnes susceptibles de l’avoir croisée, le tout en l’espace d’une demi-journée. Et c’est comme cela que Singapour a identifié deux églises et une salle de gymnastique comme points de départ de l’infection. Quant aux malades, ils sont placés dans des cliniques spécialisées, à l’isolement total : le contact avec les soignants est réduit au strict indispensable, la nourriture leur est livrée par un sas.  

Peu de victimes et pas de confinement

Au bout du compte, deux mois plus tard, il n’y a toujours pas de confinement général. Le port du masque n’est pas obligatoire. Les écoles sont toujours ouvertes. Les transports fonctionnent. En revanche, toutes les personnes qui ont eu un contact avec un malade avéré, sont placées en quarantaine. Et là cela ne rigole pas. Trois fois par jour, par vidéo, la police vérifie que ces personnes sont bien chez elles. Si elles n’y sont pas, poursuite pénale. Et bracelet électronique. Les mesures se sont également durcies aux frontières : depuis quelques jours, tous les étrangers étaient placés en quarantaine à leur arrivée. À partir de ce lundi 23 mars à minuit, Singapour sera totalement fermée aux étrangers, sauf à posséder un permis de travail dans la santé ou les transports. Enfin le contrôle de la température est systématique dans les centres commerciaux, le gel hydroalcoolique est disponible partout, et le pays peut conduire 2 000 tests chaque jour.  

Obéissance sociale et transparence politique

La clé, c'est évidemment une obéissance sociale très forte à toutes ces consignes. Quelques rares voix s’élèvent pour dénoncer une surveillance généralisée. Mais globalement, cette traque numérique est perçue comme un bienfait pour la collectivité. D’autant que le gouvernement a beau être autoritaire, il est aussi très transparent dans sa gestion de la crise, c’est une autre clé. Par exemple, une carte interactive permet de savoir en permanence dans quelle zone de la ville se trouvent les malades. Toute cette organisation est une particularité de Singapour. Dans les autres grandes villes d’Asie du Sud-Est, Bangkok, Kuala Lumpur, Manille ou Djakarta, c’est très différent. Et la pandémie pourrait faire des ravages.    

Dans le Mass Rapid Transit train de Singapour, des habitants consultent leur téléphone portable pendant l\'épidémie de coronavirus.
Dans le Mass Rapid Transit train de Singapour, des habitants consultent leur téléphone portable pendant l'épidémie de coronavirus. (CATHERINE LAI / AFP)