Rassemblement évangélique en Alsace : le pasteur dénonce "des menaces physiques" alors que la communauté compte déjà 17 morts liés au coronavirus

"L'Église est victime d'un virus qui était déjà en circulation", a déploré sur franceinfo Samuel Peterschmitt, dont l'église avait organisé un rassemblement à Mulhouse en février dernier, devenu l'un des plus importants foyers de propagation du virus en France.

Le pasteur Samuel Peterschmitt durant l\'inauguration de \"l\'église évangélique de la Porte ouverte chrétienne\" à Mulhouse (Haut-Rhin), le 9 mai 2015.
Le pasteur Samuel Peterschmitt durant l'inauguration de "l'église évangélique de la Porte ouverte chrétienne" à Mulhouse (Haut-Rhin), le 9 mai 2015. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Le pasteur Samuel Peterschmitt de "l'église évangélique de la Porte ouverte chrétienne" a dit mardi 24 mars à franceinfo que sa communauté était victime d’un "déchaînement sur les réseaux sociaux" et de "menaces physiques". Son église avait organisé un rassemblement à Mulhouse (Haut-Rhin) du 17 au 24 février. Des fidèles, venues de la France entière, ont été contaminées en nombre par le coronavirus.

>> Coronavirus : suivez l'évolution de l'épidémie de Covid-19 en France et dans le monde dans notre direct

Un rassemblement qui a été un des plus importants foyers de propagation du virus en France. "Nous avons déjà au sein de la communauté 17 décès. Nous avons des familles endeuillées, des personnes qui sont dans le coma" et "des personnes qui sont encore hospitalisées", a-t-il indiqué.

franceinfo : Dans quel état d'esprit est votre église plus d'un mois après votre rassemblement ?

Samuel Peterschmitt : Il y a une tension qui existe aujourd'hui avec bien sûr un déchaînement sur les réseaux sociaux allant jusqu'à des menaces physiques. Tout cela est né simplement d'une photo. Nous avons un parking de 450 places. Il y avait cinq voitures, tout simplement parce que nous avions une petite équipe de salariés qui, ce matin-là, dans le cadre de ce que la préfecture nous autorisait, faisait un enregistrement pour un culte en live. Cette petite photo a enflammé et embrasé le quartier qui pensait que nous nous réunissions. Ce qui évidemment, nous n’avions pas fait.

Combien de personnes ont été touchées parmi les personnes présentes au rassemblement ?

Il y a eu de nombreuses personnes touchées puisque nous avons déjà au sein de la communauté 17 décès. Donc, nous avons des familles endeuillées. Nous avons aussi des personnes qui sont dans le coma. Nous avons des personnes qui sont encore hospitalisées.

Est-ce qu’aujourd'hui, vous considérez que votre église a une responsabilité ?

Non, je ne peux pas dire que l'Église a une responsabilité. L'Église est victime d'un virus qui était déjà en circulation. Nous sommes victimes, comme aujourd'hui malheureusement, tout notre pays et d'autres pays comme l'Italie, et bien avant nous, la Chine. Mais responsable non ! Cela fait 25 ans que nous faisons ce rassemblement et jusque-là, prier ensemble et chanter ensemble n'a jamais été un délit.

Est-ce que vous avez été en mesure de fournir aux autorités tous les noms et toutes les coordonnées de toutes les personnes qui étaient au rassemblement ?

Non, puisque ce sont des rassemblements libres où les gens viennent sans s'inscrire. Immédiatement lorsque l'Agence régionale de la santé nous avait contactés, nous avons relayé le message de l'assemblée de l'Agence régionale pour la santé sur nos réseaux sociaux, invitant tous ceux qui étaient présents à contacter, soit le SAMU, soit l'Agence régionale pour la santé. Je sais qu'ils ont reçu des centaines de coups de fil.

Aujourd'hui, considérez-vous qu'à l'époque du rassemblement, vous n'aviez pas les informations nécessaires pour préserver vos fidèles ?

Il n'y avait pas de mesures barrières. Elles n'existaient pas. Nous ne pouvions rien mettre en œuvre. Monsieur le président Macron était à peu près 300, 400 mètres de chez nous le 18 février, c'est-à-dire le mardi. Manifestement, personne n'était au courant de ce qui se passait. Je suppose que s'il y avait eu le moindre doute, ce déplacement aurait été annulé. Personne ne nous avait informés et je pense qu'à ce moment-là, personne n'était conscient que la chaîne de contamination était déjà en route et qu'elle était probablement déjà active, même avant notre rassemblement.