Promesses d'Emmanuel Macron à la Pitié-Salpêtrière : "Cette crise a prouvé que l'État nous est redevable et va devoir le prouver", prévient une infirmière

"On espère surtout que ce ne sont pas des paroles en l'air ni des effets d'annonce", a expliqué Juliette Richard, infimière dans un hôpital parisien et membre du collectif Inter-Urgences.

Des infirmières au sein des urgences de l\'hôpital Lariboisière à Paris, le 27 avril 2020 (photo d\'illustration).
Des infirmières au sein des urgences de l'hôpital Lariboisière à Paris, le 27 avril 2020 (photo d'illustration). (JOEL SAGET / AFP)

"Cette crise a prouvé que l'État nous est redevable et va devoir le prouver", avertit  samedi 16 mai sur franceinfo, Juliette Richard, infirmière aux urgences pédiatriques de l'hôpital Robert Debré à Paris, après les propos tenus par le président de la République en visite vendredi 15 mai à la Pitié-Salpêtrière à Paris. Emmanuel Macron a dit vouloir "mettre fin" à la "paupérisation" des personnels soignants, promettant que l'État "sera au rendez-vous".

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"On espère surtout que ce ne sont pas des paroles en l'air ni des effets d'annonce (…) si rien n'est fait, la colère va augmenter alors qu'elle est déjà assez élevée", prévient Juliette Richard qui est aussi membre du collectif Inter-Urgences.

franceinfo : Les déclarations d'Emmanuel Macron ont-elles suscité de l'espoir chez vous ?

Juliette Richard : De l'espoir oui, car il a dit à plusieurs reprises qu'il comprenait notre situation. Nous, on espère surtout que ce ne sont pas des paroles en l'air ni des effets d'annonce. Le personnel hospitalier a vraiment perdu confiance dans le gouvernement. Il y a beaucoup de gens qui sont démotivés. On a besoin d'être rassurés.

Pour l'instant on est méfiants, on a peur que ce soit juste de la com'.Juliette Richard, infirmièreà franceinfo

On est vraiment en attente de mesures fortes et immédiates notamment sur le personnel, les salaires et le matériel. Ce sont nos revendications depuis un an. Cette crise a prouvé que l'État nous est redevable et va devoir le prouver. Si rien n'est fait, la colère va augmenter alors qu'elle est déjà assez élevée. Il y a des manifestations qui ont repris dans mon hôpital à Robert Debré chaque semaine. On va perdre des vocations et on aura des difficultés de recrutement.

Il y a déjà un acte concret, même s'il est ponctuel, avec cette prime de 500 à 1 500 euros pour les personnels soignants mobilisés pendant la crise. C'est un premier pas satisfaisant ?

C'est un premier pas et c'est une prime qui fait plaisir, mais on ne comprend pas pourquoi il y a 1 500 euros pour les soignants dans les zones touchées et 500 euros dans les zones moins touchées, or dans les Ehpad l'écart c'est de 1 500 à 1 000 euros. Concernant les revendications salariales, cela fait un an qu'on demande 300 euros d'augmentation par mois. Ce qui est complètement raisonnable au vu du statut européen que l'on a.

Cette prime, est ponctuelle, or nos efforts ne sont pas ponctuels, ils sont quotidiens, ils sont mensuels, ils sont annuels.Juliette Richard, infirmièreà franceinfo

Qu'est-ce qui a changé dans le management des hôpitaux au plus fort de l'épidémie ?

Lors de cette crise on s'est rendu compte que les directions avaient lâché du lest au niveau de la gestion. Le personnel médical et paramédical a su prouver qu'il était capable de gérer cette situation d'urgence. C'est pour ça que l'on souhaite une gouvernance mixte et pas seulement des technocrates de bureaux qui prennent des décisions. On attend de leur part une collaboration avec le personnel de terrain afin de remettre l'humain au cœur du soin. On a besoin que le patient soit au cœur du soin. C'est pour ça qu'on a choisi ce métier car on est en contact avec des humains.