Prime pour les personnels des Ehpad : "On veut une reconnaissance du métier, on ne veut pas une reconnaissance financière", réagit une aide-soignante

Florence Braud, aide-soignante dans un Ehpad en Bretagne et membre de la FNAAS, dresse un état des lieux des attentes de la profession : une revalorisation des métiers et des effectifs.

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Une soignante aide une pensionnaire d'un Ehpad du Doux à traverser le couloir, 16 avril 2020 (photo d'illustration). (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Le ministre de la Santé a annoncé le versement d'une prime pour les personnels travaillant dans les Ehpad, lors de la conférence de presse du gouvernement sur le déconfinement jeudi 7 mai. Elle sera de 1 500 euros dans les 33 départements les plus touchés par l'épidémie, de 1 000 euros dans les autres.

"Evidemment qu'on l'accepte et qu'on en est ravis", a réagi Florence Braud, aide-soignante dans un Ehpad en Bretagne, membre de la Fédération nationale des associations d'aides-soignants (FNAAS). Mais "on veut une reconnaissance du métier, on ne veut pas une reconnaissance financière", a -t-elle ajouté.

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franceinfo : Êtes vous satisfaite ?

Florence Braud : Je suis un petit peu mitigée. On nous a promis une prime grand âge il y a quelques mois et certains personnels ne l'ont toujours pas touchée. Donc on nous a promis environ 100,08 euros brut par mois et depuis le mois de janvier, il y en a qui l'attendent encore. Depuis quelques années, nous avons eu le rapport Iborra, le rapport Libault, le rapport El Khomri qui nous promettent tous trois des revalorisations de nos professions liées au grand âge et des revalorisations de salaires. On attend une loi autonomie qui tarde à venir. On l'attend depuis des années. Donc là, on nous promet une prime, évidemment qu'on l'accepte et qu'on en est ravis. Mais à la base, ce n'est pas ce qu'on demandait. On demandait une revalorisation de nos métiers, on demandait des effectifs en plus et on continuera à les demander parce que c'est vraiment nécessaire. Et là, surtout en temps de crise, on s'en rend compte c'est devenu indispensable. Ensuite, ce qui me chagrine un peu, c'est qu'on parle des Ehpad, on parle encore très peu des services d'aide à domicile qui ont été, avec nous, les soignants des institutions. Ils se sont aussi engagés dans l'aide auprès des personnes âgées. On a peu parlé des aidants aussi et pourtant, il y en a eu beaucoup qui ont fourni double masse de travail. Et on parle peu aussi de la position des femmes dans tous ces métiers du soin. Vous n'êtes pas sans savoir que les femmes, c'est 97% auxiliaires de vie, 91% des aides soignantes et 87% des infirmières. Or, ce sont les femmes qui ont été les plus dans l'accompagnement. Dans ces professions du soin, on a tendance à considérer que ce sont encore des professions liées à des vocations, liées à la sollicitude, à l'empathie, à la tendresse. C'est tout ça qu'il faut revaloriser. Ce ne sont pas que des professions. C'est encore trop restrictif. On veut une reconnaissance du métier, on ne veut pas une reconnaissance financière.

Évidemment qu'on ne crachera pas dessus, mais on veut une vraie réflexion autour des métiers du prendre soin. 

Florence Braud, aide-soignante dans un EHPAD en Bretagne, membre de la FNAAS

à franceinfo

On veut des états généraux de la séniorisation. On demande tout ça depuis des années et, on nous offre une prime. Alors oui, évidemment, c'est bien parce que ça a été compliqué pour nous ces derniers mois. Mais on veut maintenant un travail plus approfondi.

Que pensez vous de la décision de laisser les portes des Ehpad encore fermées ?

C'est hélas, nécessaire. Maintenant, les règles se sont quand même assouplies, les visites des familles ont repris avec certaines précautions et conditions d'usage. Ce n'est pas totalement fermé, et c'est aussi nécessaire pour protéger les personnes qui vivent en institution.

On n'a pas trouvé mieux. Dans mon établissement situé près d'un cluster, on n'a pas eu de cas, parce qu'on a pris des précautions très tôt, les visites ont été interdites très tôt.

Florence Braud

L'envers du décor, c'est que ça a engendré un sous-effectif pour éviter les va-et-vient de différents soignants. On a vraiment restreint tout ce qui venait de l'extérieur. Donc, si on n'a pas eu de cas de coronavirus, on a par contre travaillé dans des conditions un peu dégradées, mais comme dans beaucoup d'institutions. Hélas, il fallait éviter aussi le chassé-croisé. Donc ça a porté ses fruits, puisqu'on n'a pas eu de cas, mai les équipes sont fatiguées.

Est-ce que vous avez tout le matériel de protection qu'il vous faut aujourd'hui pour travailler en sécurité ?

On a des masques, du gel hydroalcoolique dont une partie fabriquée par l'hôpital où je suis. On a eu des dons de matériels de diverses entreprises. On a des tablettes pour la visio, on a eu des dons de gâteaux aussi, ça fait du bien. Donc on a le matériel qu'il nous faut. Maintenant, c'est plus au niveau des effectifs qu'il faut que ça suive aussi. Il y avait de très belles idées dans le rapport de Jérôme Guedj, et on attend beaucoup de la loi autonomie aussi, qui va après la crise, venir aplanir un peu tout ça.

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