Pass sanitaire dans les trains : les syndicats de la SNCF ont "l'impression que la direction navigue à vue"

Théoriquement, les voyageurs devront être munis de leur pass sanitaire à partir de début août pour effectuer de longs trajets. Mais la mise en œuvre de cette mesure gouvernementale suscite de nombreuses interrogations.

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Jour de grand départ à la gare de l'Est, à Paris, les passagers d'un TGV OUIGO font la queue pour passer un portique de sécurité avant d'embarquer, le 19 décembre 2020. (AMAURY CORNU / HANS LUCAS)

Comment contrôler le pass sanitaire de chaque voyageur avant d'embarquer dans un train ? C'est la question qui anime les discussions entre la SNCF et les syndicats depuis quelques jours. Lundi soir, le gouvernement a validé en Conseil des ministres l'extension de ce pass – une attestation de vaccination, un résultat négatif de dépistage ou un certificat de rétablissement du Covid-19 – dans les trains à partir du mois d'août.

Mais la date précise de la mise en place de ces contrôles n'est pas connue pour le moment. Reste que le pass sanitaire sera exigé pour les trajets longue distance, dans les trains Intercités et les TGV, mais pas dans les TER. Le projet de loi relatif à cette extension doit encore être débattu mercredi à l'Assemblée nationale. En attendant, la direction de la SNCF discute des conditions d'instauration avec le ministère des Transports, mais aussi avec les syndicats. Sud Rail, la CFDT-Cheminots et FO-Cheminots ont partagé leur inquiétude auprès de franceinfo.

Un souci d'habilitation pour certains employés

"Nous avons l'impression que l'entreprise navigue à vue", constate Bruno Poncet, le secrétaire général de Sud Rail. Bien que les quelque 3 000 agents de contrôle soient déjà rompus à cet exercice depuis le premier confinement avec les autorisations de déplacement, la mise en place imminente d'"un dispositif de contrôle physique du pass sanitaire" en gare ou à bord des trains n'emporte pas l'adhésion de Sud Rail.

"Nous nous opposons à ce que nos collègues, agents de contrôle et agents d'escales, soient des policiers sanitaires."

Bruno Poncet, secrétaire général de Sud Rail

à franceinfo

Aujourd'hui, seuls les agents de contrôle, ainsi que les membres de la sécurité ferroviaire, sont assermentés et habilités à vérifier l'identité des voyageurs, donc à vérifier la validité des pass sanitaires. Dans les grandes gares, les agents d'escale prêtent main forte en contrôlant eux aussi les billets. Sauf qu'eux ne sont pas habilités à vérifier les identités des voyageurs.

Or en période de grands départs estivaux, mobiliser les forces de l'odre paraît "extrêmement compliqué", pour le secrétaire général adjoint de la CFDT-Cheminots, Sébastien Mariani. "Ils sont déjà fortement occupés dans le cadre du plan Vigipirate et du côté de la sécurité ferroviaire, leurs prérogatives ont augmenté ces dernières années sans que leur effectif le soit", remarque le syndicaliste.

Du côté de la direction de la SNCF, la question des responsables des contrôles n'est pas encore tranchée entre les contrôleurs et le personnel de sécurité. "Mais l'objectif reste que ce soit le plus simple et le plus fluide possible", précise la compagnie ferroviaire à franceinfo.

Des débordements redoutés chez les passagers

Sans le concours des forces de l'ordre, les syndicats craignent des débordements de la part de voyageurs excédés par des délais d'embarquement rallongés par le contrôle de ces pass ou contraints d'annuler leur voyage alors que leur titre de transport est valide mais pas leur pass. , estime Bruno Poncet

"La tension peut vite monter et la situation dégénérer."

Bruno Poncet, secrétaire général de Sud Rail

à franceinfo

Et le syndicaliste de Sud Rail de mentionner aussi "les conséquences sur le trafic ferroviaire avec notamment des départs retardés." Il ne voit pas non plus comment demander aux voyageurs d'arriver une demi heure plus tôt sans engorger les gares et potentiellement créer des mouvements de foule.

Se pose également la question des outils pour contrôler ce fameux pass. Car si des développements techniques sont envisageables, ils ne seront jamais prêts début août selon le secrétaire général adjoint de FO-Cheminots, Daniel Ferte, contrôleur de métier.

"Quand on voit le temps de développement d'un outil de contrôle avec les dysfonctionnements que cela engendre pendant plusieurs mois, on y croit pas tellement à un outil rapidement opérationnel."

Daniel Ferte, secrétaire général adjoint de FO-Cheminots

à franceinfo

La SNCF a affirmé travailler sur la façon de lier l'achat des billets en ligne au pass sanitaire. "Le problème est que le pass sanitaire peut être un test de moins de 48 heures que vous avez fait après votre réservation de billet", soulève Sébastien Mariani. La direction, elle, a bien conscience que ce dispositif "complexe" ne sera opérationnel que dans plusieurs mois.

Un contrôle systématique jugé irréaliste

Quant à savoir si ces contrôles seront systématiques ou aléatoires, les syndicats semblent avoir tranché de leur côté. Pour eux, un contrôle systématique avant l'accès au train est "irréaliste en l'état" avec plus de "500 000 voyageurs par jour sur les grandes lignes", estime Daniel Ferte. "Cela demande beaucoup de changement dans nos pratiques en peu de temps avec des moyens techniques difficilement mobilisables", complète Sébastien Mariani.

Une fois à l'intérieur du train, la difficulté d'un contrôle systématique resterait la même. "En temps normal sur un Paris-Lille qui dure une heure vous pouvez à peine contrôler tous les billets, alors avec en plus le pass sanitaire, c'est ubuesque de penser qu'on y arrivera", souligne Daniel Ferte. Pour la SNCF, ces contrôles seraient "aléatoires et non systématiques". En attendant leur mise en place, Sébastien Mariani assure que les syndicats veilleront "à ce que les textes, loi et décrets, soient connectés à la réalité du terrain et à la réalité des moyens de l'entreprise". 

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