Manifestations contre le pass sanitaire : "Ce n'est pas parce qu'un mouvement est minoritaire qu'il est sans risque pour le gouvernement", prévient un politologue

D'après Jean Petaux, "la pandémie a changé l'agenda des manifestations". Alors que des dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi dans toute la France contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale, le politologue a jugé sur franceinfo que "la société française est extrêmement tendue".

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Radio France
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Des manifestants contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale, à Annecy, samedi 24 juillet. (SOPHIE RODRIGUEZ / AFP)

"Ce n'est pas parce qu'un mouvement est minoritaire qu'il est sans risque pour le gouvernement", a prévenu samedi 24 juillet sur franceinfo le politologue Jean Petaux alors que des dizaines de milliers de personnes ont manifesté partout en France pour protester contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale des soignants. Selon lui, "la pandémie [de Covid-19] a changé l'agenda des manifestations" qui traduisent l'état de la société "prête à s'embraser à partir d'éléments déclencheurs comme le pass sanitaire".

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franceinfo : Que retenez-vous de ce nouveau samedi de manifestations ?

Jean Petaux : Il y a plusieurs choses intéressantes à noter. C'est d'abord assez peu commun d'avoir des manifestations qui occupent des centres-villes pendant la dernière semaine de juillet. Ça prouve bien que, d'une certaine façon, la pandémie n'a pas fait que bouleverser les agendas culturels, politiques ou même sociaux et sanitaires : elle a aussi changé l'agenda des manifestations. Je pense que ça explique aussi la prudence assez marquée du gouvernement à l'égard de ces manifestations. Ça traduit, je crois, l'état de la société française qui est quand même extrêmement tendue et extrêmement fragile, prête à s'embraser à partir d'éléments déclencheurs comme cette histoire de pass sanitaire.

Le gouvernement essaie-t-il de marginaliser les manifestants en dénonçant l'égoïsme d'une minorité ?

Nous sommes dans de la politique, les arguments se répondent donc. Il n'y a pas d'un côté une violence étatique face à de gentils manifestants qui seraient, eux, représentants de la liberté. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. La minorité est attestée. Quand vous avez à peu près 100 000 manifestants comme le 17 juillet et peut-être 150 000 ce samedi, c'est très minoritaire à l'échelle du territoire. Le 17 juillet, on opposait à raison les 900 000 personnes qui se sont fait vacciner entre le 14 et le 17 juillet, en même temps que les 100 000 personnes qui ont manifesté. Mais ce n'est pas parce qu'il est minoritaire qu'il est marginal et, surtout, sans effets de risque pour le gouvernement.

Le gouvernement muscle-t-il son discours par rapport au mouvement des "gilets jaunes" en 2018 et 2019 ?

C'est effectivement un parallèle qui mérite d'être retenu en termes d'analyse, tout simplement parce que le gouvernement tire les leçons de cette mauvaise appréciation antérieure. Mais on sent qu'il y a l'intention de faire en sorte que la rentrée de septembre ne soit pas occupée par ces mouvements qui s'apparentent davantage à une forme de courant libertarien, comme on trouve aux Etats-Unis, avec cette volonté de mettre en avant la liberté individuelle et le libertarisme par rapport aux obligations sociales.

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