"On s’attend à une vague" : les associations de défense des femmes victimes de violences sont très inquiètes à l’approche du déconfinement

Alors que les violences conjugales sont en forte hausse, 30% en moyenne, depuis le début du confinement, les associations craignent une vague d’appels à l’aide à partir du 11 mai et avec des moyens insuffisants pour y répondre.

Un autocollant du collectif féministe #NousToutes dans le centre-ville de Nancy en Meurthe-et-Moselle, le 8 janvier 2020 (photo d\'illustration).
Un autocollant du collectif féministe #NousToutes dans le centre-ville de Nancy en Meurthe-et-Moselle, le 8 janvier 2020 (photo d'illustration). (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

En quinze ans de travail auprès des femmes victimes de violence, Julie Vella n’avait jamais vu connu une telle situation de crise. Depuis le début du confinement, elle travaille sans arrêt avec une seule inquiétude : être prête à accueillir les centaines de femmes qui vont appeler à l’aide à partir du 11 mai. "Il risque d’y avoir plus de femmes, plus en danger et plus traumatisées, s’alarme Julie Vella. On s’attend à une vague de femmes qui vont arriver dans nos associations et nous demander de l’aide pour partir."

"Notre plus grande crainte, c’est de ne pas avoir de réponse à leur donner, explique Julie Vella, parce qu’il n’y aura pas de place au 115 ou dans des centres d’hébergement. On ne sait pas ce qu’on va faire." Le gouvernement a annoncé le financement de 20 000 nuitées d’hôtel pour les femmes victimes de violences pendant le confinement.

Il nous faut quelque chose dans la durée pour pouvoir reconstruire les femmes, cela ne se fait pas en un claquement doigt.Julie Vella, membre d'une association d'aide aux femmes victimes de violences

Mais le problème, estime Julie Vella, c’est de gérer à plus long terme les conséquences de cette crise : "Le principe de la nuitée d’hôtel, c’est on va héberger et mettre en sécurité. Mais après, il y a tout un travail de reconstruction des femmes." Pour elle, "il faudra bien qu’à un moment donné qu'on ait un centre d’hébergement pour les recevoir. La moyenne dans ces centres est entre 12 et 15 mois." 

Inquiétude sur le suivi judiciaire

L’autre question qui se pose, c’est aussi celle du suivi judiciaire pour ces femmes. Les tribunaux vont devoir gérer l’afflux de dossiers à partir du 11 mai et il va falloir faire vite. "Toutes les femmes victimes de violence ne vont pas aller déposer plainte", s’inquiète Isabelle Steyer. Elle est avocate au barreau de Paris et spécialiste des violences conjugales. "Mais pour celles qui vont déposer plainte, qui vont demander des référés ou des ordonnances de protection, il faut que la justice soit en mesure de répondre rapidement, explique Isabelle Steyer. À défaut, c’est évidemment l’homme violent qui va encore une fois triompher. Il va venir une nouvelle fois démontrer à la femme qu’elle est incapable de se protéger ou de protéger l’enfant, et que c’est lui le grand vainqueur du confinement."

Une inquiétude partagée par les juges aux affaires familiales. Entre les audiences qu’il faut reprogrammer et les nouveaux dossiers qui vont arriver, il faudra dans certaines juridictions, selon une magistrate, au moins un an pour rattraper le retard.

Violences conjugales : écoutez le reportage de Margaux Stive
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