Les avocats inquiets des restrictions de visites imposées dans les prisons : "On navigue à vue"

Alors que le ministère de la Justice a annoncé mardi la suppression de toutes les visites extérieures dans les prisons, les avocats, qui ne sont pas explicitement cités dans la note de la Chancellerie, craignent d’être, eux-aussi, interdits de parloir.

Un écriteau indique la direction du parloir à la prison de Fleury Mérogis.
Un écriteau indique la direction du parloir à la prison de Fleury Mérogis. (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

Pour éviter la propagation du coronavirus dans les prisons, le ministère de la Justice a annoncé mardi la suppression de toutes les visites extérieures dans les prisons et donc la suspension des parloirs pour les détenus et leurs familles. Qu’en-est-il des avocats ? Si la note envoyée par la Chancellerie cible explicitement  les familles, les formateurs et les animateurs d’activités culturelles, la situation est plus floue pour les avocats, absents du document.

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"Comme tous mes confrères, je navigue à vue", déplore Amélie Morineau, avocate au barreau de Paris et présidente de l’association pour la défense des droits des détenus. Je me dis que puisqu'on interdit l’accès à tous les intervenants extérieurs, je ne vois pas pourquoi il serait maintenu pour les avocats…"

Les visites maintenues en cas d’urgence

Du coté de l’administration pénitentiaire, on explique que les visites des avocats peuvent être maintenues en cas d’urgence. Cela pose cependant des questions, vu la situation sanitaire dans les prisons. "En tant que porteur sain, indique Me Morineau, je ne peux pas me permettre d’aller faire un parloir-avocat avec un de mes clients qui est par ailleurs incarcéré au milieu de gens qui présentent des profils fragiles : cela me semble déraisonnable. Mais cela me semble complètement déraisonnable aussi d’aller à certaines audiences qui sont maintenues sans avoir pu les préparer avec mon client."

L’association de défense des droits des détenus demande donc, outre la libération des détenus en fin de peine et la fin des détentions provisoires, à ce que leurs clients puissent avoir accès gratuitement aux téléphones de la prison pour pouvoir parler à leurs avocats, à défaut de les rencontrer.