Relocaliser en France la production de médicaments, c'est possible : "On est compétitifs, y compris face à l'Asie"

Jusqu'à maintenant, l'État français a sélectionné 87 projets de relocalisation de principes actifs pharmaceutiques et investi 100 millions d'euros.

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Le laboratoire de l'entreprise Axyntis le 22 juin 2021. (SOLÈNNE LE HEN / FRANCE-INFO)

Tous les ans, des centaines de médicaments sont en rupture d'approvisionnement dans les pharmacies de France, avec un record l'an dernier : plus de 2 000 ruptures signalées. Un phénomène que la crise sanitaire a mis en lumière. Il avait ainsi failli se produire une catastrophe en 2020 lors de la première vague de Covid-19, quand des médicaments nécessaires aux services de réanimation des hôpitaux ont commencé à manquer.

La grande majorité des principes actifs étaient en effet fabriqués en Inde et en Chine. Le gouvernement avait donc promis de reconquérir une partie de la souveraineté pharmaceutique de la France en relocalisant la fabrication de ces principes actifs essentiels aux services de réanimation en France.

Où en est-on aujourd'hui ? Des projets commencent à voir le jour. C'est le cas dans l'usine du groupe Axyntis à Pithiviers, dans le Loiret. C'est juste à côté de l'usine, dans un petit laboratoire rempli de flacons et pipettes, que les chercheurs tentent de trouver la composition de molécules pures. "Avant d'arriver à la molécule qu'on va pouvoir fabriquer à l'échelle industrielle, on fait de très nombreux essais", explique David Simonnet, le PDG du groupe Axyntis.

L'usine fabriquera notamment du propofol, utilisé en réanimation

L'entreprise produira d'ici un an de l'adrénaline, de la noradrénaline et du propofol aussi, utilisé en réanimation et anesthésie. La France a frisé la pénurie l'an dernier lors de la première vague de Covid-19 et le monde entier en réclamait à la Chine, principal producteur, débordée par la demande. "On l'a découvert à l'occasion de la crise, mais en réalité cette situation a pris racine il y a plus de 20 ans, quasiment 30 ans, dans la banalisation du médicament. Ce qui a incité les gouvernements successifs et les donneurs d'ordre dans la pharmacie à privilégier la délocalisation pour des raisons de coût."

Pour fabriquer ces molécules disparues des usines françaises, Axyntis va embaucher une quarantaine de salariés et investir six millions d'euros, financés à 60 % par l'État. Grâce à cette aide, l'entreprise vendra ses principes actifs au même prix que les Chinois, voire moins cher. "Lorsqu'on fait des projections sur l'adrénaline ou la noradrénaline, on est absolument compétitif, y compris face à l'Asie", se félicite David Simonnet.

Plus de 100 millions d'euros investis par l'État

L'État a sélectionné 87 projets de relocalisation de principes actifs pharmaceutiques comme celui-ci, et investi plus de 100 millions d'euros. Pourtant, selon David Simonnet, les malades français resteront dépendants de la Chine et de l'Inde. "Il est illusoire de tout relocaliser parce qu'il faudrait quatre fois plus de capacités de fabrication en Europe pour relocaliser ce qu'on a délocalisé en Chine", estime-t-il, "La question c'est à quel niveau se situe la dépendance. Est-ce qu'elle se trouve sur des médicaments considérés comme critiques, donc d'intérêt thérapeutique majeur ou est-ce qu'on est sur des médicaments plutôt basiques ? Il faut qu'on opère une relocalisation sélective."

"Il faudrait disposer d'une liste de médicaments d'intérêt thérapeutique majeur, qu'on analyse si, oui ou non, il y a encore des producteurs en Europe et que les autorités décident d'inciter à la relocalisation de ces molécules."

David Simonnet, PDG du groupe Axyntis

franceinfo

Le made in France, c'est donc possible pour les médicaments stratégiques. Mais, selon David Simonnet, pour que la production française perdure il faudra que l'État continue d'aider la filière encore pendant des années. 

Quelle relocalisation pour l'industrie pharmaceutique ? Reportage de Solenne Le Hen
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