Agnès Buzyn devant la CJR : l'association Cœur vide 19 souhaite que l'ex-ministre s'explique de la "cacophonie de la gestion de crise"

Julie Grasset, présidente de l'association "Coeur vide 19", attend "des réponses factuelles à des questions d'ordre factuel".

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Radio France
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Agnès Buzyn lors de son audition devant la commission d'enquête pour l'évaluation des politiques publiques, le 23 septembre 2020 à Paris. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)

Julie Grasset, présidente de l'association "Coeur vide 19", invitée de franceinfo jeudi 9 septembre, attend de la convocation d'Agnès Buzyn devant la Cour de justice républicaine vendredi "des réponses factuelles à des questions d'ordre factuel", car "il y a quand même eu toute une cacophonie dans cette gestion de crise". Alors qu'elle a perdu son père touché par le virus, elle espère que "la réponse de la justice servira" son "processus de deuil" et que des enseignements seront tirés "pour que l'humanité et la dignité reprennent leurs droits".

franceinfo : Cette convocation est-elle le signe pour vous que la justice avance ?

Julie Grasset : Oui. Aujourd'hui, pratiquement un an jour pour jour après notre audition, avoir cette information que l'un des responsables politiques à la tête du pays et en charge de la gestion de la pandémie est enfin entendu par la Cour de justice de la République, c'est un premier pas. Cela me redonne aussi confiance et un peu d'espoir dans le fait d'avoir des réponses à nos questions.

Quelles sont précisément vos questions ?

Comment, alors qu'une pandémie mondiale s'est dessinée avec des alertes de la part de l'OMS, nos voisins italiens qui souffraient de la première vague de la Covid-19, nos politiques français ont-ils pu prendre avec une telle légèreté cette pandémie et ne pas anticiper, ne pas prendre toutes les mesures pour nous prémunir d'un bilan aujourd'hui catastrophique ? Nous savions déjà très bien que notre système de santé était déjà à l'agonie. Malheureusement, cette crise l'a encore plus mis à mal et nous avons perdu aujourd'hui plus de 120 000 de nos concitoyens puisque je rappelle aujourd'hui que dans les chiffres, les morts à domicile, dont mon papa fait partie, ne sont pas comptabilisés. J'attends des réponses factuelles à des questions d'ordre factuel.

Que reprochez-vous concrètement à Agnès Buzyn ?

Dès lors qu'elle est, semble-t-il, informée, Agnès Buzyn nous explique assez ouvertement que le risque de propagation du virus au sein du pays est faible et que quand bien même le virus se propagerait, tout le système est prêt pour répondre. Or, nous savons tous aujourd'hui malheureusement, que cela n'était pas le cas. Il y a quand même eu toute une cacophonie dans cette gestion de crise : les masques inutiles, et puis finalement, les masques utiles, les tests pas utiles et les tests utiles. La gestion de crise a été parsemée d'injonctions contradictoires. Elles ont eu pour conséquence de créer la défiance de toute une population. En tant que citoyenne, en tant que républicaine et en tant que famille de victimes, je m'alarme, je m'alerte et j'ai besoin d'avoir des réponses de la part d'une ministre de la Santé qui, à cette époque, disposait d'un certain nombre d'informations qui lui permettaient de prendre des décisions. La question est simple : pourquoi ne les a-t-elle pas prises ? Parmi elles, il y a l'isolement des premiers clusters et les recommandations de port du masque qui, je le rappelle, étaient inscrits dans les recommandations de l'OMS dès fin 2019.

Le travail de la Cour de justice de la République vous permet-il de vous reconstruire, de faire votre deuil ?

En tant que présidente de l'association, je voudrais apporter tout mon soutien aux familles de victimes, à toutes les victimes aussi, entre les Covid longs et les gens qui continuent de souffrir de ce virus. J'ai porté plainte, évidemment pour avoir les réponses après le décès de mon papa. Je porte plainte aussi en tant que citoyenne, puisque je pense qu'il faut absolument qu'on tire des enseignements de cette crise, notamment sur les protocoles et la réponse aux crises sanitaires. Si jamais on devait revivre de telles choses, il faut qu'on en ait tiré les enseignements pour que l'humanité et la dignité reprennent leurs droits. Personnellement, la réponse de la justice servira, je l'espère, mon processus de deuil. Elle permettra d'enclencher pour moi le processus de réparation, pas au sens pécunier du terme puisque la vie de mon père n'a pas de prix, mais au sens d'avoir des réponses pour pouvoir se projeter dans un avenir. Ce qui est très difficile aussi pour les nombreuses familles de victimes aujourd'hui et depuis maintenant plus de 18 mois, c'est qu'on ne parle pas de nous. La France est l'un des seuls pays qui n'a toujours pas rendu un hommage national à ses victimes.

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