Les Français aiment les infirmiers : "Nous sommes tellement méprisés par le gouvernement" et "les directions" que "cela nous fait chaud au cœur", réagit un syndicaliste

Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels infirmiers, espèrent que la popularité de la profession permettra d'améliorer les conditions de travail des infirmières.

\"On va partout au contact de la population et c\'est pour ça qu\'on est aussi reconnu.\", estime Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels infirmiers
"On va partout au contact de la population et c'est pour ça qu'on est aussi reconnu.", estime Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels infirmiers (THOMAS COEX / AFP)

Une immense majorité de Français (96%) ont une bonne opinion du personnel soignant en général et des infirmières en particulier, selon un sondage Odoxa-MNH (Mutuelle nationale des hospitaliers) pour franceinfo et le Figaro Santé. 70% ont même une très bonne opinion des infirmières et des infirmiers. "Cela nous fait chaud au cœur comme les manifestations de 20h après une journée difficile", a réagi sur franceinfo, vendred 17 avril, Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels infirmiers. Surtout que "nous sommes tellement méprisés par le gouvernement" et "les directions qui nous considèrent comme des pions", a-t-il regretté.

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franceinfo : Est-ce que ce chiffre vous met du baume au cœur ?

Thierry AmourouxCela nous fait chaud au cœur comme les manifestations de 20h après une journée difficile, ça remonte grandement le moral de voir qu’on est soutenu par la population. Ce qui est important dans le temps - il y a toujours eu un soutien de la population vers les professionnels infirmiers - c'est que de plus en plus, ils réalisent que l'infirmière n'agit pas simplement sur prescription médicale, mais avec ses propres compétences, une expertise, un savoir-faire. À la faveur de cette épidémie, un certain nombre de médecins spécialistes ou de chirurgiens se sont retrouvés sans activité du fait de l'arrêt de l'activité programmée et ont voulu participer à l'activité contre le Covid-19. Ils se sont ainsi retrouvés à faire fonction d'aide-soignants et ils ont découvert la complexité du travail infirmier. Du coup, eux  aussi ont un autre regard sur notre profession.

Quatre Français sur cinq jugent que vous n'êtes pas assez rémunérés. Est-ce que vous espérez que ça puisse faire changer les choses ?

Bien, on l'espère. Mais nous sommes tellement méprisés par le gouvernement. Nous venons encore d'en voir un exemple avec la fameuse prime accordée aux soignants qui sera de 500 euros pour à peu près 90% des hospitaliers. Une minorité devrait toucher 1500 euros, alors que les fonctionnaires de l'État ont 1000 euros. C'est, là encore, l’aspect "deuxième classe" de la vision des autorités de santé à l'égard de notre profession. Il faut savoir que le salaire infirmier est inférieur en France de 300 euros par rapport à la moyenne du salaire infirmier européen.

Le gouvernement ne vous respecte pas ?

Non, nous sommes méprisés. Nous sommes également méprisés par les directions qui nous considèrent comme des pions et nous affectent d'un poste à l'autre sans tenir compte de nos compétences. Pour l'instant, ça ne change pas. On espère que les choses vont évoluer sous la pression de la population qui a réalisé la force de la profession infirmière. Il faut savoir que nous sommes 600.000 infirmières en France, salariées, et il y a 136 000 infirmières libérales qui sont les dernières professionnelles à aller encore au domicile du patient, de manière régulière. C’est une grande force. Notre profession est disponible. On va partout au contact de la population et c'est pour ça qu'on est aussi reconnu.

Les infirmières sont en grande souffrance aujourd’hui au travail ?

Oui, parce qu'il faut bien comprendre que depuis dix ans, on a retiré plus de 11 milliards au budget des hôpitaux qui au total est de 84 milliards. Donc plus de 10%. Concrètement, la charge de travail a doublé depuis dix ans. Il y a tout un décalage entre ce que l'on est et ce que l'on nous demande de faire. Nous avons des directions d'hôpital qui veulent des techniciens spécialisés dans une usine à soin, ce qui fait qu'il y a beaucoup de jeunes professionnels qui sont rapidement dégoûtés et qui abandonnent la profession. 30% des jeunes diplômés quittent la profession dans les cinq ans qui suivent le diplôme. C'est vous dire les dégâts qui sont faits du fait de cette technostructure dont on espère bien qu’à l'issue de l'épidémie, on la remettra en cause.

Nous demandons la suppression des agences régionales de santé qui ont montré leur incapacité à agir. Nous engagerons des procédures devant les juridictions pénales contre le ministère qui était incapable de gérer la crise, que ce soit pour le manque de matériel, le manque de tests, les erreurs sur le confinement. Ils sont incapables de donner du matériel pour travailler, mais souvent ils nous empoisonnent la vie, comme ce convoi sanitaire qui a dû faire demi-tour entre Reims et Tours parce qu'ils n'avaient pas le bon tampon. Ce décalage de 15 jours entre les cliniques privées qui avaient libéré 5 000 lits et le moment où les ARS se sont décidées à commencer à leur envoyer des patients,  pour nous, c'est insupportable.