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La Fédération nationale de l'aviation marchande "imagine faire voler peut-être 10 à 30 % des avions" prévus en juillet et en août, selon son président

Alain Battisti, le président de la Fédération nationale de l'aviation marchande, estime que la reprise sera très progressive pour le secteur de l'aérien et appelle l'Etat à soutenir les compagnies. 

Un Airbus A380 en vol, août 2019.
Un Airbus A380 en vol, août 2019. (BENJAMIN FONTAINE / RADIOFRANCE)

Depuis le début du confinement, avec des avions cloués au sol et des liaisons réduites au minimum, le secteur aérien est sans doute l'un des plus touchés par la crise. La perte de chiffre d'affaires en 2020 sera supérieure à 300 milliards de dollars, selon l'Association internationale du transport aérien. En France, les compagnies en appellent-elles au soutien de l'état, car la reprise s'annonce "très progressive", selon Alain Battisti, le président de la Fédération nationale de l'aviation marchande, qui représente 95 % du transport aérien en France, invité de franceinfo le 23 avril. "On imagine peut-être faire voler 10 à 30 % des avions qui étaient prévus initialement pour le mois de juillet ou au mois d'août."

franceinfo : Vous envisagez une reprise extrêmement très progressive, cela veut dire que vous vous préparez à un retour à la normal qui prendra plusieurs mois, peut-être plus ?

Alain Battisti : On est à l'arrêt quasi-complet aujourd'hui. Les vols qui subsistent sont de deux natures. La première, ce sont des vols de rapatriement des derniers Français qui sont encore à l'étranger et qui ont besoin de rentrer en France ou simplement en métropole pour ceux qui sont dans les Dom-Tom, ce qui représente environ 240 000 personnes transportées pendant cette période de crise. Ces vols s'achèvent maintenant, même s'il reste encore quelques vols de rapatriement. Et puis, c'est surtout un pont aérien, qui, soit avec des avions cargo, soit avec des avions passagers que l'on a vidés des sièges, permet de transporter notamment des masques en provenance de Chine. On a trois à quatre avions tous les soirs depuis maintenant trois semaines, qui font un pont aérien entre la Chine et la France. C'est une activité qui est aujourd'hui liée à la crise. Lorsque le déconfinement sera prononcé, nous envisageons un redémarrage extrêmement lent, car cela ne dépend pas de nous. Cela dépend bien sûr des grands pays, au delà de l'Europe, je pense en particulier à l'Amérique du Nord, les Etats-Unis ou encore le Canada. C'est une reprise très progressive, on imagine peut-être faire voler 10 à 30 % des avions qui étaient prévus initialement pour le mois de juillet ou au mois d'août. Il nous faudra vraisemblablement entre 12 et 18 mois pour retrouver un trafic normal sur le domestique français. Au niveau de l'international, on pense qu'entre trois et cinq ans seront nécessaires pour retrouver le niveau de 2019.

Est-ce que cela veut dire qu'il y a des compagnies qui sont tout simplement menacées de disparition?

Au niveau mondial, l'Association internationale du transport aérien, il y a quelques jours, estimait que 70 % des compagnies aériennes du monde allait disparaître. C'est absolument considérable. Certaines très connues, comme Virgin Australia, ont disparu. Plus près de nous, en Angleterre, Flybe, Stibart, sont d'ores et déjà au tapis, ont disparu, ont fermé les portes avec très peu de chance de réouverture. Pour ce qui est de la France, évidemment, Air France, en gros les deux tiers du transport aérien français, a demandé très légitimement un soutien des pouvoirs publics. Il y a une négociation qui devrait être conclue assez rapidement. Les autres compagnies françaises, je pense bien évidemment à Corsair, à Air Caraïbes ou à Chalair, ont besoin aujourd'hui d'un soutien, que ce soit pour maintenir les dessertes vers les DOM-TOM, vers la Réunion, vers les Antilles et aussi les dessertes internationales, et puis également les dessertes de désenclavement à l'intérieur de la France.

Vous avez la garantie de ce soutien ?

On a aucune garantie aujourd'hui. Il y a une demande, il y a une écoute très forte. Il y a clairement une volonté d'éviter les dépôts de bilan, le chef de l'Etat s'est engagé d'une façon extrêmement claire et le premier ministre, ou encore le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, nous soutiennent et nous aident. Les financements aujourd'hui ne sont pas en place. Il y a bien évidemment un financement qui existe à travers le chômage partiel, cela fonctionne, cela concerne entre 80 et 95 % des salariés des compagnies aériennes. Par contre, le soutien financier direct, sous forme de prêts aux compagnies aériennes, est encore à l'étude et en discussion.