Hôpital : on vous explique pourquoi les soignants restent mobilisés après le Ségur de la santé

Plusieurs syndicats et collectifs appellent à la grève jeudi pour réclamer des embauches "massives" et une revalorisation "significative" des salaires malgré les promesses du gouvernement.

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Des infirmières dans une unité Covid-19 au CHU de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), le 24 septembre 2020. (LARA BALAIS / AFP)

Alors que la France est confrontée à une deuxième vague dans l'épidémie de Covid-19, les personnels hospitaliers retournent battre le pavé jeudi 15 octobre. Plusieurs syndicats et collectifs appellent à la grève pour réclamer des "embauches massives immédiates" et une "revalorisation significative" des salaires, malgré les annonces – jugées insuffisantes – du Ségur de la santé. "Sans signal fort, la deuxième vague de Covid-19 risque de faire s'écrouler notre système de santé et d'action sociale", préviennent notamment la CGT, SUD, le collectif Inter-Urgences et l'Association des médecins urgentistes de France. Franceinfo répond à quatre questions sur cette nouvelle mobilisation.

Que prévoit le Ségur de la santé ? 

Trente-trois mesures ont été annoncées par le ministre de la Santé, Olivier Véran, le 21 juillet, à l'issue d'une concertation de six semaines. Parmi ces mesures figurent 15 000 recrutements à l'hôpital, une revalorisation des salaires et une enveloppe de 50 millions d'euros pour réouvrir, en fonction des besoins, 4 000 lits d'hôpital. Selon les derniers chiffres officiels, quelque 4 200 lits d'hospitalisation ont été supprimés en 2018 en France. 

Le Ségur de la santé prévoit également un investissement de 6 milliards d'euros, "sur cinq ans", pour rénover les Ehpad et accélérer "les projets hospitaliers prioritaires", avec un accent sur le numérique. Cette enveloppe s'ajoute à la reprise de la dette hospitalière à hauteur de 13 milliards d'euros, aux 8,1 milliards prévus pour les salaires et les revalorisations de métiers et aux 15 000 embauches promises à l'hôpital.

Olivier Véran a également promis 2 000 places supplémentaires dans les Instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) et de "multiplier par deux les entrées en formation d'aide-soignante d'ici à 2025". Il est aussi prévu de développer les téléconsultations et de mettre fin aux "abus" de l'intérim médical.

Qu'est-ce qui a déjà été mis en place ? 

Début septembre, le ministre a conclu avec les organisations signataires de l'accord un avenant sur les premières mesures de revalorisation salariale. Les personnels des hôpitaux (hors médecins) et des Ehpad ont perçu dès le 1er octobre, au lieu du 1er janvier 2021, 90 euros d'augmentation, avec effet rétroactif au 1er septembre.

Il leur faudra attendre mars 2021 pour la deuxième partie de l'augmentation (d'un montant de 93 euros). D'autres revalorisations suivront au printemps, ce "qui permettra aux personnels non médicaux, qu'ils soient soignants, brancardiers, ambulanciers, de percevoir au minimum 220 euros net de plus", a souligné Olivier Véran.

A la demande des hôpitaux, les autorités ont aussi décidé de débloquer dès décembre "et avant s'il le faut" les 50 millions d'euros supplémentaires pour permettre l'ouverture de 4 000 lits. "Il y a urgence pour être capable de faire baisser la pression dans les hôpitaux et de créer de la place là où il y en a", a souligné le ministre de la Santé. Et Olivier Véran de promettre : "Les suppressions de lits, les réductions d'effectifs, les économies, c'est terminé."

Comment ces mesures ont été accueillies ? 

Les augmentations salariales sont jugées insuffisantes. "On est très loin du rattrapage par rapport au niveau des salaires de l'OCDE : on va avoir 180 euros en moyenne pour une infirmière, nous on en demandait 300. Et le différentiel, il est en gros de 500 euros par mois pour rattraper la moyenne, pas pour être au-dessus, pas pour être exigeant, juste pour rattraper la moyenne", a estimé sur franceinfo le cardiologue Olivier Milleron, membre du collectif Inter-Hôpitaux. Et certaines aides-soignantes et infirmières se demandent si elles ne vont pas perdre, avec cette hausse de salaire, la prime d’activité quand elles y sont éligibles, comme le relève Le Figaro.

D'autres estiment avoir été exclus des augmentations de salaire. Des salariés de structures d'accueil extérieures aux hôpitaux, comme les Maisons d'accueil spécialisées, des Centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) ou des Services d'éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad) se sont ainsi mis en grève à Rennes (Ille-et-Vilaine), à Evreux (Eure) ou encore à Novillars (Doubs).

Les hôpitaux souffrent par ailleurs toujours d'un manque de lits et de sous-effectifs chroniques, notamment en réanimation. Depuis le printemps, aucune ouverture pérenne n'a par exemple été décidée en Ile-de-France, où le taux d'occupation des 1 200 lits de réanimation par les patients atteints de Covid-19 atteignait 42% lundi 11 octobre. Selon l'Agence régionale de santé, les services de réanimation disposent de 100 lits de plus qu'avant la crise sanitaire mais il s'agit de lits empruntés à d'autres services pendant la première vague et non rendus.

"On se sent trahi. Le gouvernement reste sourd aux besoins. Pour 1 000 habitants, la France a 5,9 lits de réanimation, l'Allemagne en a 8. Pour 1 000 habitants, la France a 10 infirmières, l'Allemagne 13..." s'indigne Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers. Certains lits "restent fermés faute de personnel dans les hôpitaux, voire dans des services accueillant des patients atteints de Covid", alerte le collectif Inter-Hôpitaux. Si la France a, sur le papier, environ 5 000 lits de réanimation, d'après les informations du Figaro, 500 à 600 sont en permanence fermés par manque de personnel.

Que réclament les professionnels de santé ? 

Des "embauches massives immédiates" et une "revalorisation significative" des salaires. "Pour recruter, il faut revaloriser les salaires, de meilleures conditions de travail et des effectifs adaptés à la charge de travail. Le Ségur de la santé répond en partie au premier point, très peu au deuxième et au troisième", écrit ainsi Rémi Salomon, président de la commission médicale de l'AP-HP, sur Twitter.

La Fédération hospitalière de France (FHF) estime qu'il manque "a minima" 500 millions d'euros cette année et 700 millions en 2021 dans le projet de budget prévu pour les hôpitaux. Selon elle, une fois déduits la facture du Covid et le coût du Ségur de la santé (les hausses de rémunération), le budget de l'hôpital n'augmenterait pas autant que prévu avant l'épidémie dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

Au-delà du budget, c'est tout le mode de financement de l'hôpital qui doit être remis à plat, selon les professionnels de santé. "Le financement et la tarification à l'activité a mis l'hôpital à genoux, et ça n'est pas remis en cause. On ne nous explique pas du tout qu'on va changer le mode de financement de l'hôpital", souligne Olivier Milleron, du collectif Inter-Hôpitaux. Pour lui, les soignants "ont cru, au moment du Covid, que les sacrifices qu'ils ont fait allaient se traduire en actes politiques. Et là, il y a une très grande irresponsabilité du politique".

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