"Le Ségur de la Santé ne suffit pas", tacle le cardiologue Olivier Milleron

Membre du collectif Inter-hôpitaux, le cardiologue rappelle que "ça fait des mois et des mois qu'on alerte sur la situation de l'hôpital public."

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Des soignants manifestent à Paris le 16 juin 2020 (BRUNO COUTIER / BRUNO COUTIER)

"Le Ségur de la Santé ne suffit pas", réagit dimanche 11 octobre sur franceinfo le cardiologue Olivier Milleron, praticien à l’hôpital Bichat, membre du collectif Inter-hôpitaux, après la publication dans le Parisien d'un enquête menée par l'Ordre des infirmiers montrant qu'un tiers d'entre eux envisage de changer de métier.

franceinfo : L'ampleur de ce blues vous étonne-t-il ?

Olivier Milleron : "Malheureusement, il ne nous étonne pas. Nous, ça fait des mois et des mois qu'on alerte sur la situation de l'hôpital public et de la dégradation des possibilité de faire du travail de qualité et de bien soigner les patients. On n'a pas été écoutés. Il faut se rappeler qu'on a été le 14 novembre 2019 dans la rue avec un taux de grévistes qui n'avait jamais été atteint, qu'il y a des chefs de service qui ont démissionné pour dire qu'ils n'avaient plus les moyens de bien faire le soin pour les patients. Et puis, il y a eu les réponses d'Agnès Buzyn, qui était le mépris, en fait. Et puis là-dessus est arrivé le Covid et ça a été une période très particulière pour les soignants, où il y a eu beaucoup d'angoisse. Mais tout le monde s'est mobilisé. L'hôpital a montré qu'il était capable de s'organiser, que quand une situation normale entre guillemets d'organisation, c'est-à-dire l'administration qui se met au service des soignants pour en faire une structure la plus efficace possible, ça a plutôt très bien marché. Et il y a eu une parole politique avec le "quoi qu'il en coûte" d'Emmanuel Macron. On avait l'impression qu'il y avait une prise de conscience sur la santé qui doit sortir du marché, de reconnaître une certaine erreur sur la politique de santé depuis dix ans."

Le Ségur de la Santé ne suffit pas ?

"Le Ségur de la Santé ne suffit pas parce que, d'une part, sur les augmentations salariales, on est très loin du rattrapage par rapport au niveau des salaires de l'OCDE : on va avoir 180 euros en moyenne pour une infirmière, nous on en demandait 300. Et le différentiel, il est en gros de 500 euros par mois pour rattraper la moyenne, pas pour être au-dessus, pas pour être exigeant, juste pour rattraper la moyenne. Mais surtout, on revient à la situation anormale d'avant, c'est-à-dire que là, on est au bout ! Nous, on alertait sur 10 ans de loi HPST où c'est le directeur de l'hôpital qui décide sur des bases comptables et pas sur des bases de soins pour savoir comment on gère l'hôpital. Le financement et la tarification à l'activité a mis l'hôpital à genoux, et ça ne s'est pas remis en cause, et on nous explique pas du tout qu'on va changer le mode de financement de l'hôpital. La gouvernance de l'hôpital ne change pas, donc c'est le directeur qui décide de tout et de ce qui s'était passé pour notre Covid, c'est-à-dire des décisions qui partent des équipes de soins et qui sont mises en musique par l'administration. Tout ça a disparu, donc il y a une grande désespérance parce que ça faisait très longtemps que les gens voyaient une perte de sens dans leur façon de travailler à l'hôpital public, ils ont cru, au moment du Covid, que les sacrifices qu'ils ont fait allaient se traduire en actes politiques. Et là, il y a une très grande irresponsabilité du politique."

Si les personnels soignants s'en vont, est-ce que l'hôpital public est menacé ?

"Mais l'hopital public, il est déjà menacé depuis longtemps. C'est ça qu'il faut bien voir, c'est-à-dire que quand le Collectif Inter-Urgence s'est mobilisé il y a déjà plus d'un an et demi, c'est parce que des gens restaient des heures et des heures sur des brancards aux urgences, parce qu'il n'y a pas de lits pour les accueillir. C'est parce que si vous voulez avoir accès à une consultation à l'hôpital public aujourd'hui dans des délais raisonnables, ce n'est plus possible. C'est parce qu'il y a des services d'urgence qui sont fermés toutes les nuits en France, parce qu'il y a un quart des postes de médecins hospitaliers, un quart des postes qui sont vacants parce que les gens ne veulent plus venir travailler dans ces conditions-là, que quand vous entendez l'état de la psychiatrie en France, les gens qui prennent des gardes aux urgences psychiatriques vous disent qu'ils commencent des gardes sans qu'il y ait aucun lit. Ça fait très longtemps que l'hôpital est en danger, le Covid arrive là-dessus et déstabilise complètement la situation. Ça fait longtemps qu'on demande un gros plan d'attractivité pour l'hôpital public. Et cela, ça nécessite un peu plus qu'un plan de communication. Penser qu'on va régler le problème de l'hôpital public en quelques semaines avec le Ségur, c'était illusoire, mais surtout, il faut dire clairement qu'on va changer de logiciel, que l'on va redonner la parole aux équipes aux services, il faut sortir du gigantisme et il faut sortir de la maîtrise comptable de la santé, ce n'est plus possible, c'est un échec complet."

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