Filière musicale : le directeur général de la Sacem réclame "des mesures extrêmement fortes" pour éviter "une perte irréversible de créativité"

"La société perd un quart de son financement", a confié sur franceinfo Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem, à quelques jours de la Fête de la musique qui se déroulera dans des conditions strictes.

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Jean-Noël Tronc, le directeur général de la Sacem, le 29 août 2018 à Jouy-en-Josas (Yvelines). (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

"Il va falloir des mesures extrêmement fortes à la rentrée. Sinon, il y aura une perte irréversible de créativité, les gens vont arrêter de faire ce métier", a alerté Jean-Noël Tronc, directeur général de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de la musique (Sacem), jeudi 18 juin sur franceinfo. Une étude commandée par l'association Tous pour la musique fait état de 4,5 milliards d'euros de pertes de chiffre d'affaires dans la filière musicale, à cause de l'épidémie de coronavirus. "Ce qui se joue, en fait, c'est l'avenir des diversités culturelles de la filière musicale française", a résumé Jean-Noël Tronc. "Et la Fête de la musique, de ce point de vue-là, pour nous, pour les professionnels, va plutôt être cette année une non-Fête de la musique."

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franceinfo : l'ensemble de la filière lance un cri de détresse aujourd'hui après la publication de ces chiffres, à quelques jours de la Fête de la musique. Que craignez-vous ?

Jean-Noël Tronc : la Fête de la musique chaque année, c'est un énorme rendez-vous. C'est surtout la fête de toutes les pratiques musicales, et la musique c'est la première activité culturelle des Français. Mais en même temps, cette filière qui représente 257 000 emplois va être dévastée par la crise qui a été celle du confinement. La musique a été le premier secteur touché puisque, dès fin février, il y a eu des annulations de grands concerts. Et une partie de la filière ne va pas s'en sortir avant 2022. Je prends l'exemple des auteurs, des compositeurs ou des éditeurs de musique, dont la Sacem est la propriété. Les droits d'auteur sont souvent payés avec un petit décalage de quelques semaines ou de quelques mois par les gens qui diffusent la musique. Nous, nos membres, c'est en 2021 qu'ils vont voir leurs revenus s'écrouler.

Êtes-vous dans le rouge de façon inhabituelle à la Sacem ?

Oui, la société perd un quart de son financement. Elle est privée, à but non lucratif, il n'y a pas d'épargne, ni de trésor de guerre, toutes les sommes que la Sacem collecte, elle les verse à ses membres.

On va mettre des années à s'en remettre.

Jean-Noël Tronc

à franceinfo

Mais je voudrais ici avoir une pensée collective parce que cette filière représente des métiers incroyablement différents : du producteur de disques au manager, du producteur de spectacles à l'artiste, et l'auteur compositeur qui est le premier des artistes, tous sont frappés par cette crise et vont l'être très durablement.

Il y a eu des engagements pris par Emmanuel Macron, qui a annoncé un plan de relance. Où en est-on ?

Il y a eu des mesures fortes qui ont été annoncées, notamment le renflouement du tout nouvel établissement public de la musique qui s'appelle le Centre national de la musique. Et puis, il y a eu des mesures pour les intermittents, heureusement, elles étaient attendues et bienvenues. Mais je rappelle que beaucoup de gens ne seront pas concernés par ces mesures. Pour prendre l'exemple d'un auteur ou d'un compositeur, il n'est pas intermittent, il n'est pas salarié, son droit d'auteur, c'est son seul salaire. Et là, il y avait une annonce, qui n'a pas été mise en œuvre pour l'instant, de quatre mois sans charges pour les artistes-auteurs. Il faut absolument qu'elle se traduise concrètement. Et puis pour les entreprises elles-mêmes, il faudrait qu'on puisse prolonger d'au moins 18 mois le dispositif d'activité partielle. Ce qui se joue, en fait, c'est l'avenir des diversités culturelles de la filière musicale française. Et la Fête de la musique, de ce point de vue-là, pour nous, pour les professionnels, va plutôt être cette année une non-Fête de la musique. Il va falloir des mesures extrêmement fortes à la rentrée. Sinon, il y aura une perte irréversible de créativité, les gens vont arrêter de faire ce métier.

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