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En Hongrie, pas de confinement mais pas de rituel de Pâques non plus, au grand dam des jeunes

Si les Hongrois restent libres de se déplacer, les jeunes ont toutefois été privés d’une tradition de Pâques qu’ils adorent : l’arrosage des filles.

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L\'arrosage des filles en Hongrie, un rituel traditionnel à Pâques (illustration du 24 mars 2016 à Mezőkövesd, une commune située à quelque 130 km à l\'est de Budapest).
L'arrosage des filles en Hongrie, un rituel traditionnel à Pâques (illustration du 24 mars 2016 à Mezőkövesd, une commune située à quelque 130 km à l'est de Budapest). (ATTILA KISBENEDEK / AFP)

En Hongrie, où l’on compte 99 morts et 1 400 personnes contaminées par le coronavirus, il n’y a pas de confinement généralisé. Les Hongrois sont libres de se déplacer, tout en limitant leurs sorties et en respectant certaines règles : si tous les magasins sont ouverts jusqu’à 15 heures, le matin est réservé aux plus de 65 ans.

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Mais en cette période de Pâques,  ils ont dû tout de même renoncer à une coutume qu’ils adorent, un rituel sacré là-bas. Tous les lundis de Pâques, les garçons arrosent les filles.

Une coutume païenne vieille de plus de 2 000 ans

Les adolescents et les étudiants se baladent dans la rue et dans les parcs. Ils guettent les jeunes filles, les femmes et même les grand-mères et les aspergent d’eau à l’aide d’une bouteille ou d’un vaporisateur. Le lundi de Pâques, est le jour de la "locsolkodás" en hongrois, ce qui veut dire arrosage ou aspersion. C’est une coutume païenne qui remonterait à plus de 2 000 ans. Comme beaucoup de rites païens, elle a été adoptée par les chrétiens. L’eau symbolise la vie, la fertilité. On arrose les femmes pour qu’elles se transforment en belles fleurs le lundi de Pâques, et qu’elles ne se fanent pas.

Dans certains villages, c’est vraiment une grande fête, ponctuée de danses folkloriques et de chansons. La jeune fille qui reçoit de l’eau offre à son arroseur des œufs de Pâques colorés qu’elle a peints à la main. Mais le rituel est aussi très populaire dans les grandes villes. Au moment de Pâques, on trouve dans toutes les épiceries des petits flacons de parfum. En fait, c’est de l’eau parfumée au muguet ou à la lavande. Ça ne coûte pas cher et ça permet aux garçons d’asperger tout ce qui porte jupon. Au début des vacances de Pâques, les garçons ne souhaitent pas aux filles "Bonnes vacances", ils leur disent "Je te souhaite beaucoup d’arroseurs".

Une joyeuse tradition sacrifiée sur l’autel du coronavirus

Mais en ces temps d’épidémie, pas question de s’approcher les uns les autres. De nombreux responsables, le Premier ministre Viktor Orban en tête, ont prié les Hongrois de s’abstenir du rituel de l’arrosage, ou alors de le pratiquer en famille, dans le jardin ou sur le balcon. Les maires ont carte blanche pour mettre en place des mesures strictes dans leur commune. Le maire de Budapest a décidé de fermer les grands parcs de la capitale pendant tout le week-end. Ils ne rouvriront que mardi.

Les villages pittoresques, où la fête de l’arrosage est une attraction touristique, font tout ce qu’ils peuvent pour décourager les visiteurs. Ils ferment les routes d’accès et les parkings. Sur internet, on trouve des conseils pour respecter la tradition tout en restant à la maison. Plutôt que de lancer de l’eau sur les filles, pourquoi ne pas les arroser… de poésie ? On conseille aux garçons d’écrire des poèmes et de les diffuser sur la toile.

L\'arrosage des filles en Hongrie, un rituel traditionnel à Pâques (illustration du 24 mars 2016 à Mezőkövesd, une commune située à quelque 130 km à l\'est de Budapest).
L'arrosage des filles en Hongrie, un rituel traditionnel à Pâques (illustration du 24 mars 2016 à Mezőkövesd, une commune située à quelque 130 km à l'est de Budapest). (ATTILA KISBENEDEK / AFP)