Dette de la France : "Attention à ne pas dire que la situation est catastrophique", alerte un économiste de l'OFCE

Pour Eric Heyer, le rapport de la Cour des comptes, qui s'inquiète du niveau d'endettement lié au Covid-19, n'insiste pas assez sur "ce qui a été sauvé" grâce aux aides publiques.

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Le ministère de l'Economie et du budget, à Bercy, dans le 12e arrondissement de Paris, en février 2020. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Eric Heyer, économiste et directeur du département analyse et prévision à l'OFCE, estime, mercredi 16 février sur franceinfo que la situation de la dette publique en France est "un peu inquiétante", après la publication du rapport de la Cour des comptes sur la gestion du budget de l'État durant la crise du Covid-19. Mais selon lui, il faut "mettre dans la balance ce qu'on a sauvé" avec les aides publiques et le principe du quoi qu'il en coûte

franceinfo : Le surendettement vous inquiète-t-il ?

Eric Heyer : C'est un peu inquiétant. La situation financière, elle est ce qu'elle est, il faut quand même rappeler qu'on était face à la plus grande crise qu'on ait jamais connue. Cette crise sanitaire a provoqué une récession gigantesque, moins 8% [de croissance] en 2020. Et pour sauver les faillites d'entreprises qui auraient eu lieu s'il n'y avait pas eu ces aides, pour sauver la hausse du chômage qui était inéluctable, on a décidé d'aider à la fois les entreprises et de subventionner. Ça a coûté très cher mais il faut mettre dans la balance ce qu'on a sauvé. On a sauvé le tissu productif et on n'a pas eu d'explosion du chômage. On a effectivement des finances publiques déséquilibrées.

Aurait-il mieux valu une situation financière meilleure mais une explosion du chômage et des défaillances d'entreprise ?

Eric Heyer, économiste

à franceinfo

La Cour des comptes devrait quand même un petit peu mettre en parallèle de cette dégradation des finances publiques, ce qu'on a sauvé. L'épargne des ménages est au-dessus du niveau d'avant-crise, le chômage se porte bien, les entreprises nous permettent d'avoir un fort rebond économique. Attention, du coup, à ne pas dire que la situation est catastrophique d'un point de vue des finances publiques, et qu'il faut donc aller très vite dans un remboursement de ces dépenses. Trois ans après la crise de 2008, on s'est lancé dans cet épisode-là et on a provoqué une récession. Là, on est trois ans après le début de la crise, en 2023, il ne va pas falloir répéter la même erreur.

La Cour des comptes estime qu'il n'y a pas eu assez de contrôle : vous êtes d'accord ?

C'est vrai, il y avait une sorte d'urgence. Et d'ailleurs, ce n'est pas des plans de relance qu'on a mis en place mais des plans d'urgence. On a voulu sauver au maximum, donc on a sans doute utilisé un Canadair et on a arrosé un peu partout parce que l'incendie était présent. Bien sûr que maintenant qu'on y voit un peu plus clair, on aurait dû utiliser un tuyau un peu plus précis, ça nous aurait sans doute évité ce gaspillage. Mais en période de crise, on a préféré arroser large. Maintenant, ce qu'il faut, c'est justement sortir de cet arrosage large et aller sur du sur-mesure, voir là où on a fait un peu trop d'aide, s'il y a un trop perçu, comment on peut le rectifier. Mais je pense que la stratégie initiale était la meilleure : mieux vaut faire trop que pas assez.

D'autres pays on réussi à contenir leur dette : ça peut jouer en notre défaveur ?

C'est vrai que ce qui est très gênant dans cette monnaie unique, c'est qu'on compare les dettes du Nord avec les dettes du Sud. Il ne faudrait pas qu'il y ait un trop gros écart entre ces deux ratios, sinon ça serait très ennuyeux d'un point de vue de la gouvernance. Ce n'est pas tellement la France qui pose problème, mais effectivement, la France a une dette publique au-dessus de l'Allemagne et des Pays-Bas. Pour autant, le taux d'intérêt auquel on lève est à peu près comparable.

On voit bien que le problème est plutôt pour l'Italie, qui a une dette supérieure et des taux d'intérêts supérieurs. On sait que, s'il y a une crise qui arrive, c'est sans doute du côté italien.

Eric Heyer

à franceinfo

La France, contrairement à ce que dit la Cour des comptes, n'est pas vraiment l'élève malade du point de vue des finances publiques. Mais il ne faudrait pas que des écarts de taux apparaissent parce qu'on a une dette qui est au-dessus, donc il va falloir une convergence. La question est : à quel rythme ?

Les candidats à la présidentielle n'en parlent pas...

C'est une absence. Pour l'instant, les intérêts sont extrêmement faibles par rapport à l'inflation et par rapport à la croissance économique, donc le coût de notre dette publique, même si cette dernière a fortement augmenté, est plus faible que les années précédentes. C'est un problème qui pour l'instant n'inquiète pas plus que cela, mais il va falloir effectivement se poser la question des nouvelles règles qu'on met au sein de l'Europe ? Est-ce qu'on a encore un objectif de revenir à 60 points de dette ? Parce que si c'est l'objectif, il va falloir se lancer dans une énorme austérité, bien plus forte que ce que préconise la Cour des comptes. Il va falloir renégocier tout cela, à la fois le rythme et le niveau qu'on souhaiterait atteindre au cours du quinquennat. Il faudrait que les candidats nous expliquent leur logique.

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