Coronavirus : pourquoi la reprise épidémique actuelle peut difficilement être comparée à la crise de mars

Si le nombre de cas positifs a augmenté considérablement ces dernières semaines, celui des hospitalisations et des entrées en réanimation pour des formes graves de Covid-19 reste stable.

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Une campagne de dépistage au Covid-19 est réalisée à proximité de la gare d'Arcachon (Gironde), le 24 juillet 2020. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Il y a une "progression incontestable" de l'épidémie, a affirmé samedi 25 juillet auprès de franceinfo Jérôme Marty, médecin généraliste et président du syndicat de l'Union française pour une médecine libre. Si la reprise de l'épidémie de Covid-19 s'observe dans les chiffres des cas de contamination qui continuent d'augmenter, en dépit de la stabilisation du nombre de tests effectués, le médecin a souligné que cette recrudescence de la maladie ne se traduisait pas pour l'instant par une hausse du nombre de personnes en réanimation.

Est-ce lié au décalage observé entre l'apparition des symptômes et l'aggravation du tableau clinique des patients ? Doit-on s'attendre à voir les chiffres des hospitalisations grimper en flèche, à l'image de ce qui s'était produit en mars ? S'il est impossible de savoir comment va évoluer l'épidémie, des éléments appellent à considérer avec prudence la comparaison avec l'évolution connue au printemps.

Parce que les "personnes vulnérables" sont informées

"Il n'y a pas plus d'hospitalisations ni plus de cas en réanimation", observait samedi 25 juillet 2020 Jérôme Marty. Depuis la levée du confinement, le 11 mai, les services de soins soufflent quelque peu avec moins de patients présentant des formes grave du Covid-19. L'ensemble des services français a ainsi vu passer le nombre de patients en réanimation de 1 163 le 4 juin à 410 le 24 juillet 2020, bien loin des 7 148 cas graves enregistrés le 8 avril.

Dans son dernier rapport hebdomadaire, Santé publique France note toutefois un "arrêt de la diminution des entrées en réanimation". Le nombre de nouvelles admissions a augmenté de 5 personnes (de 78 à 83) entre les deux premières semaines de juillet.

Ces entrées restent très faibles, rassure Jean-Michel Constantin, chef du service de réanimation de l'hôpital la Pitié Salpêtrière à Paris et secrétaire général adjoint de la Société française d'anesthésie et de réanimation. "Il y a peu de patients." 

Pour Jean-Michel Constantin, cette diminution ne s'explique pas par le décalage entre les symptômes et l'aggravation des cas, mais par un changement de profil des malades. Il s'agit de "cas plus jeunes que lors de la première vague" et de "cas importés de l'étranger" qui sont à présent identifiés, détaille-t-il. "Ils présentent des formes plus asymptomatiques", et sont donc peu nombreux à être hospitalisés.

Les personnes présentant des vulnérabilités du fait de maladies, de leur âge ou d'un surpoids se protègent davantage. Elles constituent un public particulièrement fragile, le plus sujet aux hospitalisations, rappelle Jean-Michel Constantin. "Elles ont entendu le message, elles se protègent bien", assure le réanimateur. Une observation partagée par Jérôme Marty. 

Parce qu'on ne peut pas comparer les données de mars et juillet

Plus on teste, plus on a de cas positifs. L'axiome reste pertinent même si "le nombre de personnes contaminées augmente plus vite que la progression des tests" actuellement, souligne Jérôme Marty.

La politique de dépistage a énormément évolué depuis mars, passant de moins de 5 000 tests réalisés par jour en mars (soit 30 000 tests hebdomadaire à raison de 6 jours par semaine) à environ 400 000 tests par semaine en juillet. En raison du très faible nombre de tests réalisés au printemps, on peut imaginer que le nombre réel de cas positifs était nettement supérieur à celui enregistré, sans pouvoir le mesurer précisément. Il est ainsi impossible de comparer les chiffres des cas positifs en mars et en juillet.

Parce que les mesures de précaution ont été appliquées

Certes, des photos et vidéos circulent, montrant des vacanciers qui s'adonnent à des embrassades ou à des fêtes sans respecter les règles sanitaires. Néanmoins, les mesures de précaution ont évolué dans le bon sens depuis mars. Résultat : "Dans les lieux clos ou les transports en commun, les masques sont portés", relève Jérôme Marty. Le port obligatoire du masque, décrété à partir du lundi 20 juillet, dans les lieux clos accueillant du public va dans ce sens.

Quoi qu'il en soit, la prudence reste de mise. "Ça peut redémarrer vite", a estimé Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris au micro de France Inter, jeudi 23 juillet.

Voilà pourquoi les autorités sanitaires et les scientifiques appellent au respect des règles en vigueur. Il faut "porter le masque, par exemple, pour protéger son entourage. Si chacun le met, on protège tout le monde. Je crois qu'on est dans une lutte, il faut le comprendre", explique Jérôme Marty.

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