Décès liés au coronavirus : les "carrés musulmans sont saturés", selon un ancien président du Conseil français du culte musulman

L'augmentation des décès en France, liée à l'épidémie de coronavirus, entraîne un problème de place dans les cimetières, explique Anouar Kbibech, ancien président Conseil français du culte musulman.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Une tombe du carré musulman du cimetière de Montfavet à Avignon (illustration). (PHILIPPE PAUPERT / RADIOFRANCE)

Les "carrés musulmans sont saturés et l'augmentation du nombre de décès fait que nous sommes en situation de pénurie totale", affirme Anouar Kbibech, ancien président Conseil français du culte musulman. Plus largement, la pratique du culte, comme pour toutes les religions, est bouleversée, alors que le Ramadan s'ouvre bientôt.

franceinfo : D'abord sur ce problème de place et de manque de carré musulman, un rendez-vous est-il prévu avec le ministre de l'Intérieur ?

Anouar Kbibech : Les contacts sont permanents avec les autorités compétentes au niveau du ministère de l'Intérieur ou même au niveau de la présidence de la République. Nous sommes régulièrement alertés par des familles qui sont en détresse, par des responsables de mosquées qui sont interpellés par les fidèles qui dénoncent cette pénurie de places dans les carrés musulmans. On dénombre aujourd'hui à peu près 200 carrés musulmans à travers toute la France, avec une capacité de l'ordre de 100 tombes par carré musulman. Donc cela fait déjà une capacité limitée. Aujourd'hui, on constate malheureusement que ces carrés musulmans sont saturés et l'augmentation du nombre de décès suite à cette crise fait que nous sommes en situation de pénurie totale et nous avons interpellé les pouvoirs publics au plus haut niveau pour qu'il y ait une action d'envergure. Nous avons interpellé également les maires de l'ensemble des communes, soit pour qu'ils fassent des extensions de carrés déjà existants, soit pour qu'ils ouvrent de nouveaux carrés musulmans pour permettre aux familles d'enterrer leurs défunts dans les meilleures conditions possibles.

Vous venez de parler des fidèles qui vous interpellent autour des mosquées. Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en ce moment ? Le ramadan s'approche, comment tout cela va s'organiser ?

Il y a effectivement une grande frustration au sein de la communauté musulmane de France dans la mesure où il y a une fermeture de l'ensemble des lieux de culte. Les cinq prières quotidiennes ne peuvent plus être pratiquées dans les mosquées, la prière du vendredi est suspendue depuis mi-mars pratiquement et nous sommes aux portes du mois sacré du ramadan qui arrive. Traditionnellement, il y a des prières collectives qui ont lieu tous les jours après la 5ème prière canonique, elles faisaient l'objet d'une affluence très importante de la part des fidèles et malheureusement cette année, même pendant le mois du ramadan, les mosquées resteront fermés, il n'y aura pas possibilité de célébrer ces prières. Ceci étant dit, il y a une grande prise de conscience, qu'il faut effectivement respecter tous les gestes barrières pour pouvoir endiguer cette pandémie. Les musulmans de France sont partie prenante de la nation. Ils respectent les mêmes consignes de confinement.

Est-ce qu'il y a quand même des choses de prévues, par internet, à l'occasion du Ramadan ?

Puisque la prière du vendredi ne peut plus se pratiquer à la mosquée avec un prêche de l'imam, il y a beaucoup d'imams qui ont substitué à ce prêche du vendredi des causeries religieuses qu'ils publient sur les réseaux sociaux et qui sont d'ailleurs très suivies, parfois en direct. Il y a effectivement des conférences via des webcams qui sont effectuées. Pendant le mois du Ramadan, il y a également une tradition d'organiser des repas pour les plus démunis, pour ceux qui sont seuls, pour les étudiants qui n'ont pas forcément de famille. Parfois, ça pouvait aller de 300 jusqu'à 3 000 personnes qui venaient tous les jours faire la rupture du jeûne. Aujourd'hui, il y a des associations, des mosquées qui s'organisent pour pouvoir distribuer des repas gratuits, dans le respect de la distanciation sociale, mais pour permettre à ces personnes démunies ou seules de récupérer leur repas et en bénéficier chez elles. Il faut aussi rappeler que le mois de ramadan, c'est un mois de convivialité. Il y a beaucoup de ruptures du jeûne en famille qui se pratiquent ou qui se faisaient dans chaque mosquée, parfois en invitant les représentants des autorités politiques mais également des représentants des différents cultes. Malheureusement, elles ne pourront pas avoir lieu pendant le mois sacré du ramadan. Mais ce n'est que partie remise et dès que la pandémie sera passée, il y aura des moments de convivialité qui seront organisés pour compenser ce manque.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.