Cet article date de plus de trois ans.

Crise du coronavirus : "Vous croyez que la France ou l'Allemagne seules peuvent faire face ? C'est à 27 qu'on va y arriver !", lance Nathalie Loiseau

L'ancienne ministre des Affaires étrangères rappelle l'urgence de voir les chefs d'État européens adopter le plan de relance

Article rédigé par franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
Nathalie Loiseau, sur France Inter, le 16 septembre 2019. (FRANCE INTER / RADIOFRANCE)

Invitée de France Inter mercredi 8 juillet, la marcheuse Nathalie Loiseau, eurodéputée (Renew Europe) et ancienne ministre des Affaires étrangères a rappelé l'urgence de voir les chefs d'État européens adopter le plan de relance du Vieux Continent après la crise sanitaire du coronavirus. Alors que l'Allemagne préside l'Union européenne depuis le 1er juillet, Angela Merkel vient s'exprimer mercredi devant le parlement européen, réuni à Bruxelles.

franceinfo : Angela Merkel veut convaincre du nécessaire rassemblement, mais va-t-elle réussir à faire passer le plan de relance ?

Nathalie Loiseau : D'abord, ce plan de relance, il est né du Parlement européen. Les premiers qui avons conçu un plan de relance massif avec une mutualisation des efforts, c'est ici au parlement européen, c'est notre groupe politique et c'est même notre délégation. Et là-dessus on a réussi à avoir une très large majorité, ça a donné un signal, qui a été repris la balle au bond par Emmanuel Macron qui en a convaincu Angela Merkel.

Le moteur franco-allemand tourne à plein régime, il est nécessaire, mais il n'est pas suffisant.

Nathalie Loiseau, eurodéputée Renew Europe

à franceinfo

Aujourd'hui, il faut qu'Emmanuel Macron, Angela Merkel et la Commission européenne convainquent tous les États européens. Ce que nous avons pu faire à 700 au parlement européen, à 27 au conseil des chefs d'État et de gouvernement nous leur demandons de le faire, de le faire vite, si possible la semaine prochaine, en tout cas à temps pour cette relance qui doit absolument être prête d'ici la fin de l'année.

Le couple franco-allemand va-t-il réussir à décrocher le feu vert des pays frugaux (les Pays-Bas, la Suède, l'Autriche, le Danemark), qui rechignent à accepter l'idée d'une mutualisation partielle des dettes ?

On appelle frugaux des pays qui veulent mener la bataille d'aujourd'hui avec les armes d'hier. Et on sait que c'est toujours le meilleur moyen de perdre. Ces pays doivent beaucoup à l'Union européenne, au fait qu'ils peuvent exporter dans l'UE, qu'ils ont des fournisseurs dans l'UE. Et quand vous écoutez les entreprises, les syndicats et même parfois les banques centrales de ces pays, tous disent : "On est prêts pour la reprise, si ce n'est qu'on a pas de clients ni de fournisseurs à l'extérieur", et ils plaident auprès de leur gouvernement pour dire "dépêchez-vous, comprenez que face à une crise aussi massive que celle dans laquelle nous sommes entrés, il faut y aller". C'est notre travail à tous, aux parlementaires, aux membres du gouvernement, à Angela Merkel, à Emmanuel Macron, ils sont pleinement investis. Et n'oublions pas que pour Angela Merkel, c'est sa dernière présidence du conseil de l'Union européenne et que je pense qu'elle veut sortir sur un succès.

Est-ce un virage intellectuel pour l'Allemagne, qu'on a connu beaucoup plus intransigeante, avec la Grèce notamment, ou bien les Allemands font-ils juste le minimum pour éviter l'explosion de la zone euro ?

Je ne sais pas si vous avez lu l'interview de Wolfgang Schäuble, qui aujourd'hui préside le Bundestag allemand mais qui était en charge des finances de l'Allemagne, notamment pendant la crise grecque. Il a tiré les leçons de cette crise, il a énormément évolué, il dit aujourd'hui que l'Union européenne n'aurait pas dû faire ce qu'elle a fait, qu'elle a été trop lente, trop parcimonieuse. Il dit aussi que pour financer cette relance dont on a absolument besoin, il ne s'agit pas de prendre l'argent dans la poche des contribuables européens, mais d'aller le chercher là où il est : chez les géants du numérique ou bien dans les entreprises non européennes qui sont des gros pollueurs de la planète. Donc c'est une grosse évolution, bien sûr. Angela Merkel l'a dit : "Il n'y a pas d'Allemagne forte sans Europe forte". Vous croyez que la France seule ou l'Allemagne seule peuvent faire face à des transformations de ce type ? C'est à 27 qu'on va y arriver !

Regardez ce pauvre Royaume-Uni en ce moment, il est en train de refrapper à notre porte !

Nathalie Loiseau

à franceinfo

Boris Johnson a appelé Angela Merkel hier en demandant s'il pouvait bénéficier de l'initiative européenne sur les vaccins, au moment même où il est sorti de l'Union européenne... Quel aveu !

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.