Covid-19 : usés par la crise sanitaire, des internes délaissent les services de réanimation

À cause du manque de postulants, certains services hospitaliers ont toujours des postes vacants alors que 30 000 internes viennent tout juste de débuter leur stage de six mois. Les jeunes médecins estiment subir une pression trop forte.

Article rédigé par
Erwan Chassin - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Une soignante enfile ses protections avant de s'occuper de patients infectés par le Covid-19 dans un service de réanimation à Vanves. Phto d'illustration. (LOIC VENANCE / AFP)

En pleine épidémie de Covid-19, les hôpitaux peinent à trouver de nouveaux volontaires pour intégrer les services de réanimation. En Île-de-France, une cinquantaine de postes restent pour l’instant vacants, faute de candidats.

30 000 internes en médecine de France viennent tout juste de débuter un nouveau stage de six mois. Mais ces jeunes médecins sont lessivés par la crise sanitaire. Des critiques permanentes venues des titulaires, parfois même des insultes ,des tensions exacerbées par la crise sanitaire et des semaines de 70 heures voire 90 heures… Laurène se souviendra de son stage de six mois en réanimation dans un hôpital de la région parisienne : "C’était extrêmement éprouvant surtout quand on a un quotidien où tous les jours on est confronté à la mort et à des situations dramatiques, que ce soit avec les patients ou avec leur famille."

Une main-d'œuvre essentielle pour les hôpitaux

Depuis le début de l’année, cinq internes se sont donné la mort en France. Un geste que Laurène comprend au vu de ce qu’elle a elle-même subi. "Alors que je n’avais jamais été sujette à ces problèmes de dépression et de burn-out, je me suis retrouvé confrontée à ce sentiment d’épuisement professionnel. Je comprends très bien que certains de mes collègues puissent être complètement désespérés dans cette situation."

Les internes sont une main-d'œuvre devenue essentielle pour les différents centres hospitaliers, explique Gaëtan Casanova, président de l’intersyndical national des internes (Isni) : "Les internes représentent 40% du personnel des CHU. Aujourd’hui les réanimations tiennent en très bonne partie grâce aux internes, c’est une évidence." Si les services de réanimation ne trouvent plus cette main-d'œuvre alors que ces services étaient relativement plébiscités par les étudiants de sixième année avant le Covid, c’est aussi à cause des discours tenus par Emmanuel Macron durant la crise, estime le président de l'Isni. 

"Lorsque le président de la République a eu ce discours où il a dit qu’il va falloir en demander plus, cela a déclenché un vent de panique qui a fait dire aux internes : 'Il faut que j’essaie de m’extirper de ce stage, de ces réanimations parce que moi-même je finis par être en danger'."

Gaëtan Casanova, Isni

à franceinfo

Même si les services de réanimation accueillent moins de malades, il faudra quand même combler les postes vacants. Les jeunes médecins réfractaires pourraient être réquisitionnés. Un moment que redoute Gaetan Casanova : "Si on les oblige à y aller cela veut dire qu’on prend et qu’on assume ce risque d’avoir des internes qui pourraient aller mal, voire très mal, ou finir par considérer qu’il est préférable de s’ôter la vie que de continuer à travailler."

L'Isni estime qu’un suicide survient tous les 18 jours chez ces jeunes médecins.

Covid-19 : les internes en souffrance - Reportage d'Erwann Chassin
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