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Covid-19 : "Très important de laisser le vent passer pour disperser" les aérosols en terrasse, insiste le professeur Andreotti

Le chercheur propose notamment d'utiliser des ventilateurs en extérieur s'il n'y pas de vent, et d'installer des capteurs de CO2 en intérieur pour "ajuster la ventilation et limiter le niveau de risque".

Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Des personnes en terrasse à Marseille, le 19 mai 2021. (NICOLAS TUCAT / AFP)

"On peut contracter le Covid-19 sur une courte distance" en extérieur, même si "le risque est beaucoup plus faible qu'en intérieur", a expliqué dimanche 23 mai sur franceinfo Bruno Andreotti, professeur à l'Université de Paris, chercheur à l’École normale supérieure. Il a supervisé une étude sur l'aérosolisation du virus.

franceinfo : Vos travaux ont servi notamment à définir des protocoles de réouverture des terrasses. Est-ce que le fait d'être en extérieur annule le risque de transmission du Covid-19 ?

Bruno Andreotti : Non, le risque est beaucoup plus faible en extérieur qu'en intérieur, mais il reste un risque à courte portée, lié au fait que toute personne contaminée émet des particules virales en aérosol. On peut se le figurer comme une fumée de cigarette : tout le monde a déjà fait cette expérience sur une terrasse d'être incommodé par une fumée de cigarette dans son sillage. Pour les mêmes raisons, la dispersion du virus aérosolisé conduit à un risque dans le sillage, c'est-à-dire dans le vent, sur une courte distance de contracter le virus.

Que pensez-vous des terrasses presque fermées, proches de vérandas, qu'on peut observer dans certains endroits ?

Le fait d'utiliser des vérandas, ça fait comme en intérieur un stockage des particules virales, qui ajoute au risque de courte distance un risque à longue portée, parce qu'on coupe l'effet du vent. C'est très important de laisser le vent passer pour disperser sur les terrasses, et de limiter au maximum les alignements de tables et chaises dans la direction du vent pour laisser les particules virales se disperser.

Est-ce que ça aurait du sens de mettre des ventilateurs pour créer un courant d'air sur les terrasses ou dans les files d'attente ?

Absolument. On dispose de toute une batterie de techniques de réduction de risque par aérosol. En extérieur, comme il n'y a pas de stockage des particules, il suffit de les disperser, c'est-à-dire que le jour où il n'y a pas assez de vent, on peut ajouter des gros ventilateurs de chantier, en faisant des essais soit avec une vapoteuse ou n'importe quelle source de fumée, pour vérifier qu'on envoie la fumée en dehors des têtes des gens. Ce n'est pas cher, c'est très simple, très fonctionnel. L'information est en train de progresser graduellement, donc j'espère que d'ici quelques semaines, ça aura diffusé et que ça sera mis en œuvre à grande échelle. Il y a même l'idée de distribuer des labels de niveau de risque bas selon les mesures qui sont prises dans un lieu.

Vous prônez aussi l'installation de capteurs de CO2 dans les endroits clos, ce serait un indicateur du recyclage de l'air ?

oui, le CO2 n'est pas dangereux en soi, ça n'a rien à voir avec le Covid a priori, si ce n'est que ça marque la dilution des aérosols qui sont très concentrés à la sortie du nez quand on respire, ou de la bouche quand on parle. Donc ça permet de dire si une situation aussi bien en intérieur qu'en extérieur est risquée ou pas. Installer des capteurs dans les lieux dont on pense que ce sont les lieux de contagion les plus importants, en particulier tous les lieux de restauration collective, les cantines et bientôt les restaurants, ça permet d'ajuster les conditions de ventilation et de pouvoir limiter le niveau de risque.

Vous avez aussi évalué l'utilité des parois en plexiglas qu'on voit par exemple dans des cantines ou sur les petites terrasses. Quelle utilité ont-elles ?

Sur l'usage des parois en plexiglas, il faut bien distinguer deux situations. Il y a la situation dans laquelle chaque compartiment qui crée un petit milieu clos serait bien ventilé individuellement, cette situation est rare. Et il y a des situations dans lesquelles on compte soit sur le vent en extérieur soit sur la ventilation en intérieur pour remplacer l'air vicié par de l'air frais et disperser les aérosols. Dans cette situation qui est la plus probable, c'est non seulement une mauvaise idée, mais on a pu montrer dans le cas des parois en plexiglas installées dans les écoles sur les pupitres en Amérique du Nord que c'était néfaste, parce que ça stocke les aérosols entre les deux parois de plexiglas et ça empêche la ventilation de se faire. Concernant les plexiglas à la caisse des magasins, pour un commerçant qui aurait des ventilations bien séparées entre l'intérieur du magasin et la zone, oui ça peut être utile. Mais la part de la contamination par les postillons est probablement assez faible, au moins pour les personnes asymptomatiques qui ne toussent pas. Et puis dans un magasin, on est masqué et le masque arrête les postillons. Donc ça peut être néfaste là aussi.

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