Covid-19 : sortis de quarantaine, des Français de Wuhan racontent la "liberté" et le "retour à la vraie vie"

La plupart des 200 rapatriés placés dans le centre d'accueil des Bouches-du-Rhône sont sortis de quarantaine. Trois d'entre eux se confient à franceinfo.

Des Français quittent le centre de quarantaine de Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhône, le 14 février 2020.
Des Français quittent le centre de quarantaine de Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhône, le 14 février 2020. (HECTOR RETAMAL / AFP)

"C'est le retour à la vie normale, le retour à la réalité", rigole Béatrice Raimbault. Derrière le téléphone, les cris de joie de ses petits-enfants se font entendre. Cette quinquagénaire, originaire de Fondettes (Indre-et-Loire), a été l'une des premières personnes à quitter le centre de quarantaine préventive de Carry-Le-Rouet (Bouches-du-Rhône), vendredi 14 février. Elle avait été rapatriée par avion de Wuhan, foyer de l'épidémie de Covid-2019, avec 180 autres Français, fin janvier.

Depuis son retour, Béatrice Raimbault ne cesse de ressasser ces semaines "particulières", dont elle va "se souvenir toute la vie". "Je ne suis pas encore revenue de mon expérience", souffle-t-elle à franceinfo, avant de marquer un silence. "Quand on sort, on est déboussolé", concède celle qui vit en Chine depuis plus de trois ans, après une semaine confiée à Wuhan et deux autres passées à Carry-le-Rouet. "J'avais perdu toute notion du temps", ajoute-t-elle.

"Ça fait du bien d'être libre de ses mouvements"

"On prend conscience qu'on a retrouvé la liberté, même si on ne sait pas vraiment où on en est", martèle Béatrice Raimbault. La liberté, c'est aussi ce sentiment qui a envahi Amélie Chapalain, 24 ans, depuis dimanche. L'étudiante en relations internationales à l'université de Wuhan avait pris le second vol de rapatriement, dimanche 2 février. Coupée du monde extérieur durant deux semaines, elle décrit une épreuve "fatigante moralement et physiquement". Amélie Chapalain a passé une dernière nuit de confinement particulièrement "éprouvante". "Les psychologues du centre pensaient que je n'allais pas bien et ont préféré me transférer dans un hôpital à Marseille", explique-t-elle. Sortie de l'établissement quelques heures plus tard, elle a retrouvé ses parents à la gare, le 16 février.

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Depuis, elle ne rate pas une occasion de sortir de la maison familiale, à Burey (Eure). "Ça fait du bien d'être libre de ses mouvements. Et puis, je suis chouchoutée par mes parents", lâche-t-elle, soulagée. Dans son entourage, tous font preuve de bienveillance à son égard. "Mes proches savent que j'ai fait plusieurs tests, tous négatifs. Mais j'ai quand même des blagues comme 'Ne m'approche pas ou mets un masque'", s'amuse-t-elle. De son côté, Béatrice Raimbault n'a pas encore franchi le pas de sa porte depuis son retour et préfère passer ses journées en famille, "dans sa bulle". "J'ai envie de sortir, mais j'ai aussi un peu d'appréhension", reconnaît-elle.

Retourner en Chine au plus vite

Après son départ de Carry-le-Rouet, Didier Hiéronimus a dû rapidement retrouver "le monde extérieur". Avec sa compagne et ses deux jeunes enfants, ce salarié de l'usine PSA à Wuhan, installé depuis de nombreuses années en Chine, a rejoint la commune de ses parents, en Moselle, dimanche soir. "On est heureux de revenir à la vraie vie", se réjouit le père de famille. "Ma fille de 5 ans était si contente de revoir ses grands-parents", poursuit-il. Ce retour imprévu a aussi été l'occasion de présenter son fils de six mois à sa famille. Dès lundi, Didier Hiéronimus était attendu sur le site du constructeur automobile de Sochaux. "Je ne pouvais pas poser de congés", détaille-t-il à franceinfo. Au sein de l'entreprise, "tout se passe bien".

Mes collègues savent d'où je viens, mais personne n'a refusé de me serrer la main. Ils le prennent avec humour.Didier Hiéronimusà franceinfo

La famille espère pouvoir retourner à Wuhan rapidement. C'est une "situation temporaire", assure Didier Hiéronimus. En attendant, sa femme, de nationalité chinoise, communique régulièrement par Skype avec ses parents, restés confinés dans le berceau de l'épidémie. Béatrice Raimbault, elle, téléphone "tous les matins" à son mari : il est resté dans la province de Hubei, pour son travail. Elle aimerait pouvoir le rejoindre "dès avril", même si "tout est incertain pour le moment". Installée à Wuhan depuis cinq ans, Amélie Chapalain ne cache pas non plus son enthousiasme à l'idée de regagner la ville. "Le plus tôt possible", sourit-elle.