Covid-19 : "Si ça dure très longtemps, des compagnies aériennes vont aller au tapis", prédit un économiste

Pour ne pas perdre leurs créneaux, les compagnies font voler leurs avions presque à vide.

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Un passager bien solitaire dans un avion (photo d'illustration, 1er février 2020). (ADAM TANJUNG / AFP)

"Les compagnies aériennes, pour pouvoir voler, demandent des autorisations de créneaux. Seulement, ces slots [créneaux] c’est une ressource rare et donc il faut l’utiliser. Si vous ne l’utilisez pas, cela veut dire que vous n’avez pas d’activité et donc il vaut mieux que ce soit quelqu’un d’autre avec plus d’activité qui l’utilise", explique Marc Ivaldi, économiste et directeur d’études à l’EHESS mardi 10 mars au micro de franceinfo. Depuis le début de l'épidéme de coronavirus, de nombreuses compagnies aériennes font tourner leurs avions presque vides pour pouvoir conserver leurs "slots" dans les aéroports. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire a demandé lundi à la Commission européenne d'intervenir.

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franceinfo : Si une compagnie n’utilise pas au moins 80% de son créneau, elle le perd, c’est bien ça ?

Marc Ivaldi : La règle change un peu d’un pays à l’autre mais globalement c’est ça. Les compagnies aériennes, pour pouvoir voler, demandent des autorisations de créneaux. Seulement, ces slots [créneaux] c’est une ressource rare et donc il faut l’utiliser. Si vous ne l’utilisez pas, cela veut dire que vous n’avez pas d’activité et donc il vaut mieux que ce soit quelqu’un d’autre avec plus d’activité qui l’utilise. Pour une compagnie aérienne un peu grande qui a beaucoup de slots, elle peut jouer en utilisant une fois un slot, une fois un autre et elle maintient l’activité sur l’ensemble de ses slots. Mais pour une petite compagnie qui en a très peu, si elle n’a plus personne dans ses avions c’est difficile de tenir, parce que c’est un coût fixe. Et quand vous n’avez pas de revenu, c’est difficile de couvrir les coûts fixes et donc vous avez un risque de banqueroute.

Cela paraît aberrant par les temps qui courent que des avions brûlent du carburant pour rien ?

Oui, c’est un peu compliqué, mais c’est la règle. Le problème essentiel est de savoir si ça va durer très longtemps. Si ça dure très longtemps, ce qu’on va voir, ce sont des compagnies aériennes qui vont aller au tapis. La bonne nouvelle, si je peux parler d’une bonne nouvelle, c’est que le prix du pétrole est en train de baisser fortement et donc ça va aider les compagnies aériennes à tenir, mais c’est vrai que, à une époque où on pense à l’environnement, voir des avions vides obligés d’utiliser des slots… On pourrait imaginer que le régulateur dise : "On gèle un peu tout, n’utilisez que ce dont vous avez besoin". Et il n’est pas impossible que la Direction de l’aviation civile dise cela à un certain nombre de compagnies.

L'addition va être lourde ?

C’est certain que l’addition va être lourde. En tout cas, il y aura un mauvais moment à passer. Ce qui se passe en Chine est plutôt rassurant : le nombre de gens contaminés est en train de baisser fortement, il semble qu’ils aient rappelé tous les employés de l’aéroport de Wuhan à venir travailler à partir de jeudi, ce qui est une bonne nouvelle. Cela veut dire que, finalement, à peu près en deux mois, la Chine a réussi à résoudre le problème. Donc on peut avoir espoir que ça se passe bien en Europe si les bonnes mesures sont prises. Mais il n'est pas impossible que les très petites compagnies souffrent très fortement.

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