Covid-19 : pourquoi les appels à la vaccination contre la grippe saisonnière se multiplient

Des collectifs de médecins ainsi que des députés de la majorité appellent à une vaccination plus importante que les autres années contre la grippe, pour éviter d'engorger les cabinets médicaux et les hôpitaux cet hiver dans le contexte d'épidémie de coronavirus.

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Un homme achète un vaccin contre la grippe, le 6 octobre 2017 à Ajaccio (Corse-du-Sud). (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Se faire vacciner contre la grippe, un "acte citoyen" ? C'est ce qu'estiment 75 députés de La République en marche, dans une tribune publiée dans le Journal du dimanche du 20 septembre. Car il faut, selon eux, éviter que cette maladie ne s'ajoute à la pandémie de Covid-19 dans une "cohabitation épidémique" qui pourrait être délétère. Précisions sur cette recommandation en trois questions.

Qui appelle à élargir la vaccination et quelles sont les populations visées ?

Avant même les 75 députés de la majorité et leur texte publié dans Le Journal du dimanche, les appels à étendre la couverture vaccinale anti-grippe au-delà des plus de 65 ans traditionnellement ciblés (et pour qui le vaccin est gratuit) se sont multipliés ces dernières semaines. 

A la fin de l'été, c'était aux associations de pédiatres de demander un élargissement des vaccinations habituelles, dans une lettre ouverte (PDF) rendue publique le 20 août. Elles appelaient ainsi à "renforcer la vaccination contre la grippe", en particulier chez les enfants à risque, c'est-à-dire "les anciens prématurés, les asthmatiques et ceux qui ont un déficit immunitaire", avait détaillé à franceinfo le pédiatre François Vié Le Sage.

Le 19 septembre, l'Académie nationale de médecine recommandait de "rendre obligatoire la vaccination contre la grippe pour l'ensemble du personnel soignant exerçant dans le secteur public ou libéral, dans les établissements de santé et dans les Ehpad, ainsi que pour les auxiliaires de vie pour personnes âgées". Elle soulignait au passage avoir déjà émis cette recommandation en janvier et en mai.

Pour quelles raisons ? 

Plusieurs institutions ou collectifs soulignent que cette vaccination contre la grippe allégerait la pression sur les médecins et les hôpitaux qui avaient été submergés, au printemps 2020, par l'épidémie de coronavirus. Autant éviter que des malades supplémentaires ne se mêlent aux personnes contaminées par le Covid-19.

S'il n'existe pas encore de vaccin contre le Covid-19, ce n'est pas le cas pour la grippe. Et pour cette dernière maladie, la couverture vaccinale des populations à risque est jugée insuffisante. En juin, la Haute autorité de santé (HAS) soulignait déjà, chiffres à l'appui, "l'importance d'augmenter la couverture vaccinale dans les populations cibles", et notamment chez les personnes de plus de 65 ans. Car la grippe tue : "Au cours des trois dernières saisons, entre 8 000 et 14 500 personnes par an ont succombé des suites de cette infection virale", souligne l'institution.

Or, poursuit la HAS, "malgré les campagnes de vaccination annuelles, la couverture vaccinale [des populations à risque : personnes âgées, femmes enceintes ...] reste très insuffisante, bien en-deçà de l'objectif de 75% fixé par l’Organisation mondiale de la santé. Pour la saison 2019-2020, seules 45% d'entre elles s'étaient fait vacciner, dont à peine plus de la moitié des plus de 65 ans (52%), et moins d'un tiers des moins de 65 ans souffrant d'une affection longue durée (31%)"

Les personnels soignants sont également trop peu vaccinés, dénonce de son côté l'Académie nationale de médecine. "Lors de la saison 2018-2019, écrit-elle, la couverture vaccinale était estimée à 35% dans les établissements de santé (67% pour les médecins, 48% pour les sages-femmes, 36% pour les infirmiers et 21% pour les aides-soignants) et à 32% dans les Ehpad (75% pour les médecins, 43% pour les infirmiers, 27% pour les aides-soignants et 34% pour les autres paramédicaux". 

Y aura-t-il assez de doses de vaccin disponibles ?

Sur le papier, oui. Les fabricants mondiaux de vaccins contre la grippe ont produit un nombre record de doses pour la saison 2020-2021, les autorités espérant soulager les hôpitaux en malades de la grippe alors qu'un rebond de la pandémie de Covid-19 est attendu. En France, le ministre de la Santé Olivier a déclaré lundi 21 septembre que 30% de doses supplémentaires de vaccin contre la grippe saisonnière avaient été commandées, et que la vaccination commencerait, comme d'habitude, mi-octobre.

Mais dans Le Parisien, Carine Wolf-Thal, présidente de l'Ordre des pharmaciens, met en garde contre une incitation trop étendue à la vaccination. "Attention tout de même. Le risque d'une incitation trop large est de ne pas avoir assez de doses pour vacciner les plus fragiles", avertit-elle.

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