Covid-19 : pourquoi le gouvernement a finalement choisi de fermer les écoles

Pour tenter de juguler la troisième vague de l'épidémie, Emmanuel Macron a annoncé mercredi soir la fermeture des établissements scolaires pour trois semaines.

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L'école Hippolyte Maindron dans le 14e arrondissement de Paris, le 19 septembre 2020. (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS / AFP)

Il a cédé. Emmanuel Macron a annoncé, mercredi 31 mars, la fermeture des crèches, des écoles, des collèges et des lycées pour trois semaines, afin de freiner l'épidémie de Covid-19. Les vacances scolaires du printemps vont par conséquent être unifiées sur tout le territoire métropolitain, à partir du 12 avril.

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Le président de la République et le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, disaient pourtant depuis des semaines que la fermeture des écoles n'interviendrait qu'en dernier recours. Le gouvernement a été contraint de changer de stratégie devant la force de la troisième vague qui commence à submerger certains départements. Explications.

Parce que les premières mesures ne suffisent plus

A l'heure du premier bilan sur les mesures de freinage, Emmanuel Macron a été contraint de se rendre à l'évidence, face à la remontée des courbes. Deux semaines après l'application des mesures de freinage dans 16 départements au départ, les mesures de restrictions annoncées par Jean Castex le 18 mars peinent à montrer leur efficacité. Pour les trois nouveaux départements concernés par les mesures depuis jeudi dernier (l'Aube, la Nièvre et le Rhône), le recul semble insuffisant.

En revanche, pour les autres, il est possible de dresser un premier bilan. Dans la région Ile-de-France, où les courbes des contaminations ont grimpé en flèche tout au long du mois de mars, des ralentissements commencent à se dessiner, mais les plateaux restent trop élevés. Dans les Hauts-de-France, la situation continue de se dégrader. Enfin, dans les Alpes-Maritimes, les contaminations sont reparties à la hausse.

Surtout, le gouvernement a décidé de prendre des mesures nationales, car de plus en plus de départements se retrouvent dans le rouge. Pas moins de 61 départements affichent désormais un taux d'incidence supérieur au seuil d'alerte, fixé à 250 par les autorités, alors qu'ils n'étaient que 20 le 1er mars.

Parce que de plus en plus de voix le réclamaient

Dès mercredi matin, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a réclamé la fermeture des écoles de la capitale, au regard de la situation sanitaire "très grave" et de la "désorganisation très grande" dans les établissements scolaires. L'élue socialiste a rejoint ainsi d'autres responsables politiques, comme Jean-Christophe Lagarde, député UDI de Seine-Saint-Denis, qui a réclamé dès lundi "la fermeture immédiate des écoles, collèges et lycées" dans son département.

"L'accélération des fermetures de classes est galopante, les écoles s'autoferment par endroits et on constate que rien n'a été fait en amont pour la stopper et enrayer la circulation du virus dans les établissements", a également déploré mercredi Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU (premier syndicat du primaire). "La question de la fermeture se pose évidemment pour les zones sous tension, on ne voit pas vraiment d'autres solutions."

Parce que les fermetures de classe se sont multipliées

D'après les derniers chiffres publiés par l'Education nationale, le nombre de classes fermées a bondi d'une semaine à l'autre. Le ministère en dénombrait 3 256, vendredi 26 mars, soit 1 238 de plus qu'une semaine avant, ce qui représente une hausse de plus de 60%.

Selon le Snes-FSU (premier syndicat du secondaire) qui recense les retours de quelques académies, l'académie de Créteil (dont dépendent les départements de Seine-Saint-Denis, de Seine-et-Marne et du Val-de-Marne) comptait mercredi 659 classes fermées, contre 267 la veille. Celle de Versailles est passée de 82 à 313 classes fermées en 24 heures. A Paris, "environ 20 000 élèves" n'étaient mercredi "pas en classe soit parce qu'ils sont malades, soit parce que les classes sont fermées", selon Anne Hidalgo. Le nombre de classes fermées s'élève à 850 contre 246 dimanche soir, a précisé la maire de Paris.

Parce que les écoles sont pointées du doigt par certains experts

Depuis un an, la question de la contagiosité des enfants continue par ailleurs d'agiter les débats entre les experts scientifiques. Pour Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale de l'université de Genève, les écoles sont un "des lieux majeurs de la contamination" au Covid-19. Selon cet épidémiologiste, "pour toutes les maladies virales respiratoires", les enfants "jouent un rôle très important". "Il y a beaucoup de promiscuité, ils sont dans des salles pas très ventilées, les gestes barrières sont plus compliqués pour eux à mettre en œuvre", a-t-il détaillé.

"Je constate au quotidien que dans un nombre de cas non négligeable la contamination des parents s'est faite par les enfants. Et les enfants se sont contaminés à l'école", affirme également Djillali Annane, médecin chef du service de réanimation de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). "Sur les deux dernières semaines, le nombre de nouveaux cas de Covid-19 a doublé chez les enfants de moins de 9 ans. Je rappelle que depuis une dizaine de semaines, le taux d'incidence de la tranche d'âge 10-19 ans est supérieur à la moyenne nationale."

A l'inverse, Robert Cohen, président du Conseil national professionnel de la pédiatrie, estime que les écoles sont un lieu mineur de contamination des enfants. Sur la base des données de l'étude Vigil, dont il est l'auteur principal, le médecin affirme que la fermeture des écoles sans un confinement strict dans le même temps ne présente qu'un intérêt "très relatif", car les contaminations des enfants se font "très majoritairement" en milieu extrascolaire. "Les transmissions d'enfant à enfant sont très rares et celles d'enfant à adulte sont rares aussi", souligne Robert Cohen.

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