Covid-19 : après la polémique, le gouvernement publie les chiffres de la vaccination en France

Le ministère de la Santé a enfin transmis lundi soir le nombre précis de personnes ayant reçu une première dose de vaccin contre le Covid-19.

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Un nouveau centre de vaccination a ouvert à Nice (Alpes-Maritimes), dans le parc du théâtre de verdure, le 11 janvier 2021. (ARIE BOTBOL / HANS LUCAS / AFP)

Le chiffre était très attendu. Lundi 11 janvier, à 21 heures, un communiqué de la direction générale de la santé a enfin précisé les chiffres de la campagne de vaccination contre le Covid-19 "Depuis le début de la vaccination en France le 26 décembre 2020, 138 351 personnes ont ainsi été vaccinées". La communication rappelle celle qui est faite quotidiennement sur le nombre de contaminations, mais détonne avec celle des dernières semaines. 

Mardi, lors d'une audition à l'Assemblée nationale, Olivier Véran a annoncé avoir demandé à ce que ces chiffres soient publiés quotidiennement, "à 19h30 au plus tard". Dans le détail, seront communiqués le nombre de personnes ayant reçu une injection dans chaque région, le taux de la population régionale vaccinée, le nombre de doses disponibles par région et le pourcentage de ces doses ayant été utilisées.

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Les chiffres de la vaccination contre le Covid-19, d'abord accusés d'être ridiculement faibles, questionnaient depuis quelques jours sur leur opacité. Communiqué au compte-gouttes par le ministre de la Santé lui-même, comme le 7 janvier sur Twitter ou lors de conférences de presse, le nombre de personnes vaccinées en France demeure en effet aux abonnés absents du tableau de bord tenu par Santé publique France.

Avant la communication de la DGS ce lundi, les derniers chiffres connus provenaient du compte Covid-tracker, tenu bénévolement par Guillaume Rozier, expert en traitement de données : au 9 janvier, 93 000 personnes auraient été vaccinées en France. Ces données "non consolidées" proviennent du "ministère de la Santé", a précisé lundi 11 janvier l'ingénieur en informatique âgé de 24 ans sur son compte Twitter. Interrogé par franceinfo, il assure tenir ces chiffres, comme ceux précédemment divulgués, du cabinet d'Olivier Véran. Une communication "ni confirmée ni démentie par le ministère"rapporte Le Figaro

Une telle pratique posait question. "C'est assez problématique d'un point de vue démocratique", lâche Edouard Mathieu, responsable des données pour le site Our World in Data (en anglais), interrogé lundi 11 janvier par franceinfo, avant la diffusion des chiffres par la DGS. Il n'est pas le seul. Plusieurs journalistes et responsables politiques pointent en effet une communication opaque des chiffres de la vaccination. 

A chaque pays sa méthode

Avec le lancement de la campagne de vaccination contre le Covid-19, le 29 décembre, un système de suivi dédié devait être mis en place. Mais deux semaines plus tard, le dispositif n'est toujours pas complètement opérationnel. "Ça a été bazar, un peu partout, dans à peu près tous les pays", relativise Edouard Mathieu. Le tableau de bord de la vaccination proposé par Our World in Data présente ainsi des trous temporels dans les données. "II y a très peu de pays qui ont commencé à l'avance à organiser le système de remontée du nombre de vaccinés, donc il y a eu des couacs". 

"Il y a des pays qui le font relativement bien", explique ce spécialiste de l'open data. L'Italie en fait partie, mais d'autres pays ont opté pour des méthodes plus transitoires : "En Allemagne, on a un portail sur lequel on a des fichiers Excel, c'est un peu artisanal, mais cela nous suffit". Quant à Israël, les chiffres y "sont donnés par le ministre de la Santé, qui les publie directement sur Twitter". En somme, à chacun sa méthode de décompte et de publication, en partie dictée par les difficultés techniques. 

Une mise en place qui prend du temps

Comme au printemps lors de la mise en place de la remontée des données de contaminations au Covid-19, il faut en effet créer un réseau permettant aux données de remonter au niveau national. Ce qui prend du temps : "Je comprends tout à fait qu'il y ait des difficultés techniques, explique Edouard Mathieu, mais la France se démarque par le fait qu'il n'y ait pas de communication publique de ces chiffres. Il y a certains chiffres qui sont donnés de temps en temps et c'est tout", regrettait-il alors. 

Comment expliquer ce retard ? Interrogé par franceinfo sur la date de publication des données de vaccination, Santé publique France affirmait que le système de suivi de vaccination Si-Vac, qui consiste en la remontée de données anonymisées, a été mis en place le 4 janvier, mais qu'il faudrait encore attendre quelques jours avant d'accéder aux données consolidées : "Pour produire les indicateurs, nous avons besoin de la remontée effective de l'ensemble des données vers nos systèmes, ce qui est en cours et ce qui nous permettra, après consolidation et intégration dans nos modèles, de produire les indicateurs de suivi de la vaccination, qui seront également accessibles comme les données, en open data". 

Un manque de transparence qui posait question

Si ce "retard à l'allumage", comme le qualifie Guillaume Rozier, interrogé par franceinfo, peut se comprendre, le manque de transparence à ce propos interroge. Le jeune ingénieur explique avoir commencé à décompter par lui-même le nombre de vaccinations en épluchant les articles dans la presse régionale, avant d'être contacté par le ministère de la Santé : "Au bout de quelques jours, le ministère m'a contacté en me disant 'Vos chiffres ne sont pas à jour, mais si vous voulez on vous donne des chiffres qu'on a'. Evidemment j'ai dit oui et c'est à partir de là qu'ils m'ont donné ou que je leur ai demandé des chiffres tous les deux, trois jours." 

Le nombre de vaccinations publié ces dernières semaines était rond car il provenait d'une "estimation relativement bonne réalisée à partir de phoning", explique-t-il, autrement dit grâce à l'appel des différentes structures locales impliquées dans la campagne de vaccination. Toutefois, aucune preuve ne permet d'attester de la véracité de ces chiffres, "donnés en off", souligne Edouard Mathieu. C'est pour cette raison que le tableau de Our World in Data n'a pas intégré les données publiées par Guillaume Rozier le 9 janvier. "J'ai vu les chiffres de Guillaume, mais on reste à ceux qu'on avait. Notre ligne est de récupérer uniquement les chiffres officiels et de mettre le lien de nos sources et, dans cette situation, on ne peut pas le faire. Comme c'est du off, le gouvernement peut très bien changer son décompte demain et dire que ces chiffres n'étaient pas bons", explique-t-il. 

Ce canal privilégié et obscur avait été critiqué par l'équipe de modélisation de l'épidémiologie et de l'évolution des maladies infectieuses rattachée au CNRS, qui voyait là une affaire de "copinage".

Cette opacité a justement fini de convaincre Guillaume Rozier, heureux élu du ministère, de renoncer à cette communication privilégiée : "La raison principale, c'est que je milite pour l'open data. Je suis persuadé que ces données devraient être publiques", a-t-il expliqué à franceinfo. Le fondateur de Covid Tracker a annoncé sur son site, lundi 11 janvier, que son outil VaccinTracker ne serait "désormais mis à jour qu'à partir de données publiques officielles, dès que celles-ci seront disponibles". Il s'est défendu toutefois de vouloir ainsi mettre la pression sur les autorités sanitaires pour les obliger à accélérer la révélation de ces chiffres. Hasard du calendrier, la direction générale de la santé a publié pour la première fois, dans la soirée de lundi, les chiffres du nombre de personnes vaccinées par région, dans un communiqué. Une initiative saluée par Guillaume Rozier sur son compte.

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