Covid-19 : peut-on être infecté plusieurs fois par le nouveau coronavirus ?

Au Japon et en Chine, plusieurs patients considérés comme guéris du nouveau coronavirus ont été à nouveau porteurs du Covid-19 à l'occasion de tests ultérieurs. Mais cela ne suffit pas pour assurer que la maladie peut s'attraper plusieurs fois. 

Des passants japonais, dans une rue de Tokyo, mercredi 26 février 2020. 
Des passants japonais, dans une rue de Tokyo, mercredi 26 février 2020.  (KAZUKI WAKASUGI / YOMIURI / AFP)

La mauvaise nouvelle est tombée jeudi 27 février. Au Japon, une femme d'une quarantaine d'années travaillant à bord d'un bus touristique a été diagnostiquée positive au coronavirus Covid-19 pour la deuxième fois, a annoncé le gouvernement de la préfecture d'Osaka. Cette annonce, qui intervient alors que le nombre de cas de contaminations confirmées au Japon a grimpé à 186, contre 170 la veille, présage des difficultés à venir pour combattre l'épidémie.

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Bien qu'il s'agisse d'une première au Japon, des cas de second diagnostic positif au coronavirus ont été rapportés en Chine, où l'épidémie est apparue en décembre dernier et a contaminé, depuis, plus de 78 000 personnes. Le site du média local Caixin (article en anglais) a ainsi rapporté, le 26 février, que 14% des patients sortis des hôpitaux de la ville de Guangdong, dans le sud du pays, avaient été testés positifs au coronavirus à l'occasion de nouveaux examens. Faut-il en déduire que le virus peut s'attraper plusieurs fois ? Alors que des experts sanitaires étudient ce qu'implique un test positif après une guérison initiale, il est encore trop tôt pour répondre avec certitude à cette question. 

A nouveau malade 19 jours après sa sortie de l'hôpital 

Dans un communiqué, le gouvernement de la préfecture d'Osaka a indiqué que la patiente japonaise avait été diagnostiquée porteuse du virus à la fin du mois de janvier, après avoir été en contact avec des touristes chinois venus de Wuhan, la ville présentée comme le foyer de l'épidémie. Le 1er février, guérie, elle a été autorisée à quitter l'hôpital et a été déclarée officiellement non porteuse du virus le 6 février, à la suite d'examens, rapporte la télévision japonaise NHK (article en anglais)

Mais le 19 février, la guide touristique s'est plainte de maux de gorge et de douleurs dans la poitrine. Après plusieurs allers-retours chez le médecin, elle a finalement été à nouveau testée pour le coronavirus Covid-19, poursuit le média local. Un test qui s'est avéré positif et dont les résultats ont été connus mercredi. 

NHK précise qu'après sa première sortie de l'hôpital, la patiente avait appliqué toutes les précautions nécessaires : elle ne s'est pas rendue au travail et est restée à son domicile. Elle a porté un masque et n'a pas été en contact proche avec d'autres personnes.  

Quelle période d'immunité après l'infection ? 

D'ordinaire, les personnes infectées par un virus développent des anticorps leur permettant d'éviter une nouvelle infection. Mais la durée de cette immunité peut être plus ou moins longue. Dans le cas du coronavirus, elle demeure une inconnue. Ainsi, selon The Atlantic (article en anglais), "le consensus qui émerge parmi les épidémiologistes est un scénario dans lequel cette épidémie va devenir une nouvelle maladie saisonnière – un cinquième coronavirus endémique"

Il existe en effet quatre coronavirus humains circulant de manière endémique toute l'année en France, lesquels "donnent des rhumes bénins alors que le nouveau coronavirus est l'équivalent d'une grosse grippe", expliquait le 9 février, dans Le Parisien, Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. "Avec ces quatre autres [coronavirus], les gens ne développent pas d'immunité à long terme", poursuit The Atlantic, imaginant un futur dans lequel "la saison des rhumes et de la grippe" deviendrait "la saison des rhumes, de la grippe et du Covid-19". 

Des tests "faiblement positifs"

Interrogé le 19 février par USA Today (article en anglais) au sujet de la possibilité d'être "réinfecté", le directeur du centre de prévention et de traitement de la pneumonie dans un hôpital de Pékin, Li QinGyuan, évoque lui aussi le rôle joué par les anticorps développés par les patients. "Pour certaines personnes, ils ne sont pas efficaces longtemps. Pour beaucoup de patients désormais guéris, il existe une chance de rechute."  Et le spécialiste de recommander aux patients en rémission de rester vigilant, notamment au niveau de l'hygiène des mains. 

Toute conclusion est prématurée. Nous avons besoin de davantage d'études.Eng Eong Ooi, spécialiste des maladies infectieusesà "USA Today"

Citées par NHK, les autorités de la préfecture d'Osaka émettent deux hypothèses pour expliquer le cas de la quadragénaire japonaise. Soit des traces du virus, restées dans l'organisme de la patiente, se sont multipliées. Soit elle a été ré-infectée. Car pour Philip Tierno Jr., professeur en microbiologie et pathologie à l'école de médecine de l'université de New York, cité par Reuters, "une fois que vous avez été infecté, le virus pourrait rester en sommeil et avec des symptômes minimes, et vous pouvez ensuite avoir une aggravation s'il parvient jusqu'aux poumons." 

Dans ces conditions, quand est-il prudent de considérer qu'une personne est guérie ? Selon les instructions de la Commission nationale de la santé chinoise, rapportées par le site Caixin, on estime là-bas que les patients peuvent quitter l'hôpital dès lors que les prélèvements réalisés dans la gorge et le nez du malade donnent des résultats négatifs lors de deux tests consécutifs, qu'un scanner des poumons ne révèle plus aucune lésion et que le malade ne présente aucun symptôme (telle que de la fièvre, par exemple). 

Toutefois, en dépit de ces précautions, "les résultats de certains patients se sont avérés positifs lors des examens qui ont suivi [la fin de la prise en charge]", a indiqué Li Yueping, directeur de l'unité de soins intensifs de l'hôpital numéro 8 de la ville de Guangzhou. Dans cet établissement, 13 patients sortis de l'établissement sont concernés. Cependant, aucun d'entre eux n'a manifesté de nouveaux symptômes, contrairement au cas de la patiente japonaise. Aussi, les tests réalisés sur leurs proches se sont révélés négatifs. Cai Weiping, directeur de la division des maladies infectieuses de ce même hôpital, cité par Caixin, ajoute par ailleurs que ces résultats "faiblement positifs", ont été obtenus via des analyses de selles, "une méthode rarement utilisée dans d'autres parties du pays", et qu'ils ne permettent pas de savoir si le virus est encore actif ou non chez ces patients.  

Des patients à surveiller 

Les consignes délivrées en Chine, mentionnées par le média local, suggèrent que les patients en rémission doivent être attentifs à l'évolution de leur santé, doivent limiter un maximum les activités en extérieur pendant les deux semaines qui suivent leur sortie de l'hôpital et effectuer des analyses dans les semaines suivantes.

Au Japon, le ministre de la Santé, Katsunobu Kato, a pour sa part déclaré devant le Parlement que le gouvernement central à Tokyo devait examiner la liste des patients et garder trace de l'état de santé de ceux ayant quitté les hôpitaux. Une initiative qui, à défaut de pouvoir avec certitude enrayer l'épidémie, devrait a minima permettre de mieux la connaître.