Covid-19 : "On en a pour huit à douze semaines avec une activité très intense dans les hôpitaux"

Stéphane Gaudry, professeur au service réanimation de l'hôpital Avicenne de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, s'inquiète pour ses équipes de soignants "à bout de forces", qui ne ressentent plus le même soutien qu'il y a un an.

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Radio France
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Une soignante prodigue des soins à un patient atteint du coronavirus Covid-19 et placé en soins intensifs. (BERTRAND GUAY / AFP)

"On en a pour huit à douze semaines avec une activité très, très intense dans les hôpitaux", prévoit Stéphane Gaudry, professeur au service réanimation de l'hôpital Avicenne de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Interrogé mardi 23 mars sur franceinfo, il indique que la réanimation de son hôpital a déjà un taux d'occupation de 150%, alors que le pic des admissions liées au coronavirus Covid-19 devrait intervenir dans "15 jours à trois semaines". Le Pr Gaudry s'inquiète pour ses équipes de soignants "à bout de forces", qui ne ressentent plus le même soutien qu'il y a un an.

franceinfo : Avez-vous une impression d'accélération de l'épidémie ces jours derniers ?

Stéphane Gaudry : Cela fait une dizaine de jours qu'il y a une nette accélération avec une situation qui est de plus en plus préoccupante. Nous sommes à plus de 150% de taux d'occupation globale, puisque les patients non-Covid n'ont pas disparu et chargent le système de soins et de réanimation. Nous sommes donc dans l'incapacité totale de prendre en charge les malades en réanimation qui viennent de l'extérieur de l'hôpital. Nous sommes juste capables de prendre en charge les malades qui sont dans les secteurs d'hospitalisation conventionnelle lorsqu'ils se dégradent. Et encore, il y a un certain nombre de malades qui étaient déjà dans notre hôpital et qui ont dû être transférés dans d'autres hôpitaux de l'Assistance publique en Ile-de-France, pour être pris en charge dans des réanimations parce que nous n'avions plus de place.

Diriez-vous que vous approchez le stade ultime où il faudrait malheureusement "trier" les patients ?

Disons que c'est ça qui nous fait peur, ca n'est pas du tout quelque chose qu'on souhaite faire. Mais s'il n'y a pas d'arrêt de contamination et d'arrêt de l'afflux qui est maintenant très important à l'hôpital, à un moment on devra se poser cette question-là. Nous n'y sommes pas encore et nous faisons le maximum actuellement pour ne pas l'être en tirant au maximum sur les capacités des équipes médicales et paramédicales. Mais vous savez, on n'est plus dans le système de l'année dernière. La reconnaissance n'est plus là et donc c'est vrai que c'est plus difficile de passer à 80 ou 100 heures de travail par semaine lorsque la reconnaissance n'est pas là. L'année dernière, on avait un soutien phénoménal de nos concitoyens avec énormément de reconnaissance. Je peux vous dire que ça a donné de l'énergie à toutes les équipes pour faire des exploits. Et puis il y a également le soutien financier, c'est-à-dire que les heures supplémentaires que faisaient les infirmiers, les infirmières notamment, étaient payées plus. Là, c'est plus difficile d'avoir un soutien financier pour cet effort majeur fait par des équipes qui sont à bout de forces. Le sentiment qu'on a quand on discute avec les équipes, c'est vraiment le ras le bol. On se retrouve avec des équipes qui sont en grande fatigue et parfois même certains en grande souffrance psychologique.

Compte tenu des mesures sanitaires prises récemment, à quel moment pensez-vous qu'il aura un pic d'activité suivi d'un reflux de patients ?

Il y a actuellement une explosion des cas en ville depuis une dizaine de jours, c'est tout à fait visible sur le site CovidTracker. Donc dans les 15 prochains jours les choses vont s'aggraver en réanimation. Et comme les choses sont déjà très graves, quand est-ce qu'on va atteindre le pic ? Malheureusement en l'absence de mesures de restriction franches, nous n'avons pas de visibilité sur une baisse. Quand ça commencera à baisser en ville, il faudra attendre dix jours pour que ça commence à baisser en termes d'admissions en réanimation. L'horizon du pic, c'est au minimum dans quinze jours-trois semaines. Par contre derrière, les patients pouvant rester entre un et deux mois, on en a pour huit semaines à 12 semaines avec une activité très, très intense dans les hôpitaux.

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