Covid-19 : les couvre-feux instaurés en octobre ont-ils montré leur efficacité pour freiner l'épidémie ?

Alors que toute la France est placée sous couvre-feu, de 20 heures à 6 heures, depuis le 15 décembre, des chercheurs de Santé publique France ont étudié l'impact des premières interdictions de sorties nocturnes, instaurées en octobre dans une dizaine de métropoles.

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Une rue vide à Paris, le 15 décembre 2020, au premier soir du couvre-feu national. (HAMID AZMOUN / HANS LUCAS / AFP)

A quelques jours des fêtes de fin d'année, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, s'est inquiété d'une "évolution préoccupante de l'épidémie". Quelque 15 674 nouveaux cas de Covid-19 ont ainsi été enregistrés vendredi 18 décembre, encore loin de l'objectif des 5 000 contaminations journalières que le gouvernement espérait atteindre à la mi-décembre. Alors pour tenter de contenir la circulation du virus, les autorités misent notamment sur le couvre-feu, qui a succédé au confinement depuis le 15 décembre. 

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Mais cette mesure est-elle réellement efficace face au Covid-19 ? Des chercheurs de Santé publique France ont tenté de répondre à cette question dans une étude publiée jeudi 17 décembre (en anglais). Les auteurs ont analysé l'évolution des indicateurs épidémiques dans 22 métropoles françaises, lors de l'instauration des premiers couvre-feux, en octobre. 

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Ces villes ont été réparties en trois groupes : les métropoles placées sous couvre-feu dès le 17 octobre (Grenoble, Lille, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Paris, Rouen, Saint-Etienne et Toulouse), celles où il a été appliqué à partir du 24 octobre (Clermont, Dijon, Nancy, Nice, Orléans, Rennes, Strasbourg, Toulon et Tours), et celles qui n'ont pas été soumises à un couvre-feu (Bordeaux, Brest, Metz, et Nantes). Franceinfo vous résume les grands enseignements de cette étude.

Un ralentissement "plus précoce" de l'épidémie dans les premières métropoles placées sous couvre-feu 

Les chercheurs se sont d'abord penchés sur l'évolution du taux d'incidence (le nombre de cas positifs au Covid-19 sur sept jours pour 100 000 habitants) dans ces métropoles. "On observe clairement un ralentissement plus précoce de l'augmentation du taux d'incidence dans les métropoles où le couvre-feu a débuté le 17 octobre", explique au Parisien (abonnés) l'épidémiologiste Patrick Rolland, l'un des auteurs de l'étude.

Dans ces zones, le pic des contaminations a été atteint le 27 octobre (courbe rose), soit dix jours après l'instauration du couvre-feu. Dans les métropoles où il n'a été mis en place qu'à compter du 24 octobre (courbe bleue), voire dans celles où aucun couvre-feu n'a été appliqué (courbe verte), ce pic est intervenu plus tardivement, entre le 2 et le 3 novembre. Une décrue est ensuite observable dans les trois groupes, mais a d'abord été "particulièrement marquée" dans les métropoles où le couvre-feu a été instauré dès le 17 octobre, ajoutent les chercheurs.

Evolution du taux d'incidence des cas confirmés dans les métropoles placées sous couvre-feu le 17 octobre (en rose), le 24 octobre (en bleu) et celles où le couvre-feu n'a pas été décrété (en vert). (GUILLAUME SPACCAFERRI / SOPHIE LARRIEU / JEROME POUEY / CLEMENTINE CALBA / ET AL.)

Concernant les nouvelles admissions à l'hôpital, un ralentissement est d'abord détectable dans les premières métropoles sous couvre-feu, lors de la dernière semaine d'octobre. Les nouvelles hospitalisations fléchissent ensuite à la fois dans les métropoles placées plus tardivement sous couvre-feu et dans celles où cette mesure n'est pas en vigueur. Toutefois, une fois le pic des hospitalisations atteint dans l'ensemble des métropoles placées sous couvre-feu, une nette baisse est observable. En revanche, dans les métropoles qui n'ont pas été soumises à cette mesure, le niveau des hospitalisations a stagné durant plusieurs semaines, formant un plateau entre fin octobre et la mi-novembre.

Evolution des nouvelles admissions à l'hôpital dans les métropoles placées sous couvre-feu le 17 octobre (en rose), le 24 octobre (en bleu) et celles où le couvre-feu n'a pas été décrété (en vert). (GUILLAUME SPACCAFERRI / SOPHIE LARRIEU / JEROME POUEY / CLEMENTINE CALBA / ET AL.)

"Très clairement, les données des tests et les données hospitalières sont en faveur d'un impact de ces premiers couvre-feux, résume Pierre Rolland. L'évolution des indicateurs a fortement ralenti et les courbes ont ensuite chuté." Dans un bulletin épidémiologique publié le 19 novembre, Santé publique France soulignait également la "diminution franche de tous les indicateurs, plus marquée dans les premières métropoles mises sous couvre-feu".

L'hypothèse d'un "effet de résonance" dans les métropoles non concernées par le couvre-feu

Si la situation semble s'être améliorée plus rapidement et plus nettement dans les métropoles placées sous couvre-feu, les courbes se sont tout de même infléchies dans les zones non concernées par cette mesure. Pour expliquer ce phénomène, les auteurs de l'étude émettent l'hypothèse d'un "effet de résonance"

"On peut raisonnablement penser que, quand il a été annoncé à l'ensemble des Français des mesures plus fortes et notamment un premier couvre-feu, il y a eu une prise de conscience et une évolution des comportements de l'ensemble de la population."

Patrick Rolland, épidémiologiste, coauteur de l'étude

au "Parisien"

Selon les chercheurs, "l'intense communication sur la gravité de l'épidémie dans tout le pays au moment des couvre-feux pourrait également avoir conduit à des changements de comportements à l'échelle nationale", écrivent-ils.

Un effet du couvre-feu difficile à isoler

Reste qu'il est toujours difficile d'isoler une seule cause lorsque l'épidémie recule. Selon les auteurs de l'étude, d'autres facteurs ont également pu participer à l'évolution positive de la dynamique épidémique. Ils citent notamment des décisions prises localement, comme la fermeture des bars et/ou des restaurants dans certaines métropoles, l'interdiction de vendre de l'alcool ou encore la limitation des rassemblements. Dans une note publiée le 26 octobre, le Conseil scientifique soulignait également que la "diversité des mesures prises" compliquait la mesure de l'efficacité du couvre-feu. 

Par ailleurs, les vacances scolaires de la Toussaint, "dont le début coïncidait avec l'annonce du premier couvre-feu, ont vraisemblablement conduit à une diminution des interactions sociales", suggèrent les chercheurs. Cependant, le ralentissement de l'épidémie observé après la reprise des cours, à partir du 2 novembre, et avant même que le deuxième confinement, instauré le 30 octobre, n'ait pu produire ses premiers effets, laisse tout de même à penser que le couvre-feu, couplé à d'autres mesures et à l'intensification de la communication autour de l'épidémie, "pourrait avoir joué un rôle considérable", selon les auteurs de l'étude.

Les chercheurs travaillent donc à l'élaboration d'un modèle qui permettra de prendre en compte et de mesurer l'impact de ces autres facteurs (comportement de la population, conditions météorologiques, vacances scolaires...). 

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