Covid-19 : "La remise à la rue des personnes sans-abri au 31 mars serait une catastrophe sanitaire"

Les acteurs de la solidarité alertent non seulement sur le risque de la propagation du virus à travers des personnes difficiles à confiner mais aussi sur la nécessité de protéger une population fragile.

Florent Guéguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FNARS), le 5 décembre 2012 à Paris.
Florent Guéguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FNARS), le 5 décembre 2012 à Paris. (© MARLENE AWAAD / MAXPPP)

"Nous demandons une mesure d’urgence qui est la prolongation du plan d’hébergement hivernal", a déclaré Florent Guéguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FNARS) mardi 10 mars sur franceinfo. Il estime que "la population sans-abri fait partie des populations les plus exposées au [corona]virus"  Covid-19 et que la fin du plan d'hébergement hivernal prévu le 31 mars, "serait une catastrophe sanitaire".

franceinfo : Y a-t-il à ce jour des mesures particulières pour protéger les sans-abri ?

Florent Guéguen : Un grand nombre de mesures décidées par le gouvernement ne s’appliquent pas pour les personnes sans-abri. Elles n’accèdent pas aux mesures d’hygiène de base, de type se laver les mains, du fait de l’absence d’accès à l’eau et d’absence de points d’eau, notamment dans les campements. Les mesures de confinement sont très difficiles à mettre en œuvre : d’abord il manque beaucoup de places d’hébergement, ensuite les centres sont collectifs avec plusieurs personnes par chambre et il est très difficile pour les associations d’isoler une personne qui présente les symptômes du virus. S’ajoute à cela le fait qu’une majorité de centres ne disposent pas de personnel médical et que donc l’accès au 15 qui est aujourd’hui très sollicité et très saturé, est également très difficile. Et ça nous inquiète beaucoup car la population sans-abri fait partie des populations les plus exposées au virus : nous avons beaucoup de personnes malades, souvent avec des maladies chroniques, souvent aussi des personnes vieillissantes qui sont donc les plus vulnérables quant aux conséquences de la maladie. Mais nous, nous demandons une mesure d’urgence qui est la prolongation du plan d’hébergement hivernal.

Justement il doit prendre fin dans trois semaines, qu’est-ce que ça implique ?

Comme chaque année les places d‘hébergement hivernales ferment, ce qui veut dire remise à la rue des personnes au printemps. Or cette situation elle est déjà inacceptable en temps normal. Mais là, la remise à la rue des personnes au 31 mars serait une catastrophe sanitaire si le gouvernement ne décide pas à prolonger les places d’hébergement ouvertes pour l’hiver depuis le premier novembre. Pour l’instant il y a des discussions avec le ministre du Logement, avec la direction générale de la cohésion sociale, il y a une réunion avec le ministre et les associations vendredi après-midi. Nous attendons une annonce rapide parce que c’est dans 15 jours la fermeture de ces places. Et il faut impérativement protéger cette population.

Protéger les sans-abri c’est aussi protéger l’ensemble de la population compte-tenu de la rapidité de propagation de ce virus au sein de la population française.Florent Guéguen, directeur de la FNARSà franceinfo

On ne peut pas accepter que des personnes soient remises à la rue, ou ne soient pas protégées dans des centres d’hébergement au vu du risque sanitaire.


Et les bénévoles, les salariés, ils sont protégés ?

C’est très difficile pour les salariés et les bénévoles pour les raisons que j’ai indiquées, c’est-à-dire que, quand il y a des cas détectés dans les structures, souvent nous n’avons pas les espaces privatifs pour isoler les personnes. L’accès à l’hôpital est très difficile du fait de la surcharge des urgences et des prises en charge en campements, donc il y a une vraie crainte de développement du virus dans les structures d’hébergement. 

Nous demandons encore une fois que, comme cela est fait dans les EHPAD pour les personnes âgées, les personnes sans-abri soient considérées par le gouvernement comme prioritaires à protéger et à accompagner compte-tenu de leur état de santé général, qui est souvent critique.Florent Guéguen