Covid-19 : "Il est très difficile d’identifier les auteurs" de fausses informations circulant sur les réseaux sociaux, explique un expert en cybersécurité

Les réseaux sociaux pullulent de messages remettant en cause l'efficacité des vaccins. Il est difficile de trouver les auteurs de ces messages, et impossible d'incriminer des pays en particulier, tels que la Chine ou la Russie, selon cet expert.

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Radio France
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La diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux peut se faire "avec quelques personnes", sans avoir besoin d'engager des ressources humaines conséquentes, d'où la difficulté d'attribuer avec certitude une origine à ces messages, explique l'enseignant en cybersécurité Nicolas Arpagian. (PAOLO AGUILAR / EFE VIA MAXPPP)

Des messages remettant en cause l’efficacité des vaccins contre le Covid-19 circulent massivement sur les réseaux sociaux depuis plusieurs mois. La plupart viendraient de Chine et de Russie, mais il reste "difficile" de leur "attribuer des origines précises", insiste Nicolas Arpagian, enseignant à l’école de guerre économique. Egalement auteur d’un Que sais-je ? sur la cybersécurité, il détaille ce samedi 31 juillet sur franceinfo le fonctionnement de la toute nouvelle entité dont vient de se doter la France, placée sous l'autorité du Premier ministre, chargée notamment "d’analyser ces campagnes de désinformation".

franceinfo : Pour quelles raisons la plupart des messages relayant de fausses informations sur les réseaux sociaux viendraient de Chine et de Russie ?

Nicolas Arpagian : C’est toujours difficile d’attribuer des origines précises, parce qu’on s’aperçoit que ce sont des messages qui ne coûtent pas forcément très cher à élaborer et qui, surtout, vont s’autonourrir de l’énergie des destinataires à les relayer, à les amplifier, à leur donner de la crédibilité et de l’importance. Ils partent de documents qui parfois ont l’apparence de la rigueur scientifique, et les destinataires n’ayant pas toujours l’expertise pour en apprécier les faiblesses voire les erreurs, vont se satisfaire de cette information. Il est très difficile d’en identifier les auteurs, les concepteurs originels.

L’Agence européenne du médicament n’a pas validé les vaccins chinois et russe, même si certains pays européens les utilisent, comme la Hongrie. Est-ce qu’attiser l’opposition aux vaccins sur les réseaux sociaux serait pour Moscou et pour Pékin une façon de protester contre cela ?

C’est difficile à savoir parce qu’on n’est pas là dans des moyens qui exigent l’engagement de ressources conséquentes, de forces armées établies, expérimentées. C’est quelque chose qui va pouvoir se faire de manière diffuse, avec quelques personnes, qui peuvent être localisées sur des territoires extrêmement diversifiées. D’habitude, les forces armées ont un équipement, une langue, un état-major, se déplacent et donc peuvent faire l’objet d’une traçabilité de leurs actions lorsqu’elles interviennent sur un théâtre d’opérations. Dans le domaine du cyberespace et du numérique, dès lors que le terrain informationnel a été choisi, il vient accompagner des actions politiques ou diplomatiques. Donc la difficulté va être d’attribuer avec certitude une origine, en sachant qu’on a déjà des ressortissants français qui vont eux-mêmes diffuser et dupliquer ces messages et eux-mêmes ignoreraient l’éventuelle origine étrangère de ces messages.

Avons-nous les moyens de savoir d’où viennent ces messages ?

La France et l’Europe ont décidé d’investir ce champ. Avant, elles étaient dans une culture de la presse, fondée sur l’esprit de la loi de 1881 en ce qui concerne la France, c’est-à-dire : "Vous êtes libres de vous exprimer, mais votre responsabilité en tant qu’éditeur est engagée dès la première seconde de la mise en ondes de l’information." C’est pourquoi la France s’est dotée il y a quelques jours d’une entité, chargée justement d’analyser ces campagnes de désinformation. Il s’agit, au sein de cette entité placée sous l’autorité du Premier ministre, d’avoir une capacité d’analyse des phénomènes de manipulation de l’information. [Un décret du 13 juillet 2021 attribue au SGDSN, le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, qui dépend du Premier ministre, une compétence en matière de lutte contre la diffusion de fausses informations et la création d'un service dédié, appelé "service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères".] L’Europe a également investi ce champ-là. C’est un champ qui est compliqué parce qu’on peut parfois avoir l’impression d’être en train de vider l’océan avec une petite cuillère. Parce que, dès lors que des comptes seraient considérés comme suspects, ils peuvent cesser d’émettre ou être remplacés par d’autres, créés tout aussi insidieusement.

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